Le monde est un Lab. #SocialGoodWeek2016

 

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À l’occasion de la #Social Good Week 2016, la revue de décembre du Cube, création numérique à Paris foisonne d’articles intéressants qui donnent des pistes et des clés pour agir. Je vous invite à la lire entièrement, plus de 40 contributeurs qui apportent des éclairages différents et complémentaires. Des perspectives qui aident à voir les choses telles qu’elles sont, tout en donnant espoir sur ce que nous pourrions changer.

Pour ma part, je reste sur mes thèmes de prédilection: Intelligence collective et Créativité. Ce petit clou fragile qu’il faut enfoncer encore et encore.

Bonne lecture.

Humour et créativité: Deux alliés

 

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Dessin : Pierre Guité. Humour et créativité par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif, Les Cahiers de l’imaginaire.

 

Des études menées auprès d’étudiants universitaires au Pakistan tendraient à le démontrer. Mais qu’est-ce que l’humour ? Une performance gestuelle ou verbale qui peut être considérée comme amusante et qui suscite le rire chez autrui. Il s’agit d’un processus cognitif qui nécessite de la créativité et une connaissance des stimuli capables de provoquer des réactions émotionnelles d’amusement et de plaisir.

Plusieurs paramètres sont en jeu : la diversité, la mise en relation d’éléments à première vue disparates, la perception visuelle et le sens du symbole, la mise en scène d’éléments non conventionnels ou au contraire d’éléments connus mais tributaires d’un sens nouveau, l’extraversion. Les performances humoristiques ne sont hélas pas toujours réussies. Il n’est pas donné à tous d’avoir le sens de l’humour, cela requiert un certain talent et beaucoup d’effort. On peut faire preuve de plusieurs types d’humour : humour à la britannique ‘pince-sans-rire’, humour noir, humour sarcastique, humour subtil ou gras…

L’étude des chercheurs pakistanais menée auprès de 300 étudiants universitaires démontre que le sens de l’humour serait effectivement un très bon indicateur de notre niveau de créativité. L’effet peut aussi être inversé. On peut améliorer notre score en créativité en participant à des activités réalisées dans un climat social enjoué ou lorsque nous sommes témoins d’un film ou d’un spectacle humoristique.

Les neurosciences s’intéressent à l’humour et le cerveau depuis un certain temps déjà. Deux chercheurs de l’université de Southern California ont fait une recherche sur La genèse neuronale d’une blague. En étudiant les cerveaux d’une vingtaine de comédiens spécialisés dans l’improvisation, Irving Biederman et Ori Amir auraient déterminé les zones qui s’activent dans le cerveau au moment de faire une blague. Pour réussir une blague, un humoriste cherche des liens entre des idées opposées ou distinctes. La zone du cerveau qui s’y rapporte verrait ainsi son activité s’intensifier. Une autre région cérébrale, le striatum ventral, s’activerait aussi, c’est la zone associée aux récompenses. Et plus les sujets pensent que leurs blagues sont drôles, plus cette zone s’échauffe, semble-t-il. (2)

Nous savions que rire et sourire tous les jours étaient excellents pour notre santé. Les études publiées au cours des dernières années démontrent que l’humour permet de réduire le stress et de stimuler la mémoire à court terme chez les personnes âgées. Une étude menée à l’Université Loma Linda en Californie du Sud avec des personnes âgées qui ont regardé une vidéo drôle pendant 20 minutes sans distraction, tandis qu’un autre groupe témoin était assis calmement sans vidéo. Ils ont ensuite effectué des tests de mémoire et analysé des échantillons de salive pour les hormones de stress. Ceux qui ont ri en regardant la vidéo ont obtenu de meilleures notes aux tests de mémoire à court terme. « La capacité d’apprentissage et de rappel différé devient plus difficile en vieillissant », a déclaré l’auteur de l’étude, le Dr Gurinder S. Bains. « Rire avec des amis ou même regarder 20 minutes d’humour à la télévision ou sur Internet aiderait à faire face aux facteurs de stress quotidiens. »

Si l’humour réduit les hormones de stress, abaisse la pression artérielle, et améliore notre humeur comme l’affirme le Dr Lee Berk, un co-auteur de l’étude et professeur associé d’Allied Heath. « L’acte de rire —ou tout simplement profiter de l’humour— augmente les endorphines qui envoie de la dopamine au cerveau, procurant un sentiment de plaisir et de récompense, qui, à son tour, stimule le système humanitaire. (3)

Plus étonnant encore, même un sourire forcé permettrait de réduire le stress. Deux chercheuses en psychologie, Tara Kraft et Sarah Pressman, de l’université du Kansas, ont demandé à 169 étudiants de se mettre des baguettes dans la bouche afin de simuler une expression faciale. Pour ne pas fausser les résultats, les participants ignoraient le but véritable de l’expérience. Les chercheuses ont mesuré les rythmes cardiaques tout au long de l’expérience et ont découvert que les sujets au sourire forcé avaient un rythme cardiaque plus lent que ceux qui avaient une expression neutre. Voilà qui devrait nous encourager à sourire même si on ne se sent pas particulièrement heureux, notre humeur suivra le sourire au lieu de le précéder ! (4)

Selon le Dr Michael Lewis, psychologue à l’Université de Cardiff : « Le cerveau évalue l’humeur selon les muscles faciaux » Charles Darwin a été l’un des premiers à proposer l’hypothèse que nos expressions pouvaient intensifier nos sentiments. Cette théorie est connue comme la «boucle de rétroaction ». Des études distinctes démontrent aussi que des personnes souffrant de paralysie faciale, n’ayant pas la capacité de sourire, souffrent davantage de dépressions. (5)

Vous souhaitez réduire votre niveau de stress et accroître votre créativité ? Pensez à sourire!


SOURCES

(1) Ghayas, S. Et all. Sense of Humor as Predictor of Creativity Level in University Undergraduates. Journal of Behavioural Sciences, Vol. 23, No. 2, 2013.
(2) https://www.theguardian.com/science/2014/nov/14/brain-joke-funny-comedians
(3) http://abcnews.go.com/Health/laughing-makes-brain-work-study-finds/story?id=23393053
(4) http://www.psychologicalscience.org/index.php/news/releases/smiling-facilitates-stress-recovery.html
(5) http://www.netdoctor.co.uk/healthy-living/wellbeing/a10633/benefits-of-smiling/

Les histoires arrivent à ceux qui savent les raconter.

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Photo : Pierre Guité. Les histoires arrivent à ceux qui savent les raconter. Par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif, Les Cahiers de l’imaginaire.

D’entrée de jeu, Jerome Bruner cite Henry James : « Stories happen to people who know how to tell them. » En d’autres mots, à ceux qui savent les raconter, les bonnes histoires prennent corps dans la réalité.

Si l’on applique cette formule à notre propre existence : raconter sa vie, c’est la construire.

À première vue, cette hypothèse peut sembler irrationnelle, mais elle met de l’avant une propriété très importante de l’intellect humain : sa propension à constamment construire et inventer des mondes. Ainsi, le récit de soi, l’autobiographie véritable serait non pas la somme ou le registre de ce que nous avons vécu, mais l’interprétation et la réinterprétation constantes de ce que nous sommes en train de vivre. Le récit de soi deviendrait ainsi un exercice permanent visant à consolider et à donner un sens à tout ce que nous sommes en train de vivre.

La vie —et le récit qu’on en fait— donneraient lieu à un échange permanent en vertu duquel la vie s’inspirerait du récit, et le récit s’inspirerait à son tour de la vie.

De fait, lorsque quelqu’un vous raconte sa vie, il s’agit toujours d’une construction mentale, d’une histoire, et non d’un compte rendu clair, précis et objectif d’un ensemble d’événements passés. L’autobiographie n’est jamais objective, elle est toujours truffée d’erreurs, pleine de tentatives de justifications.

Plus encore, le récit de notre vie, qu’il soit raconté ou gardé secret, structure et « construit » notre existence. Les processus que nous utilisons consciemment ou inconsciemment, que ces processus soient cognitifs ou linguistiques (selon qu »il s’agit d’un récit oral ou écrit), ont le pouvoir de structurer nos expériences perceptuelles, d’organiser notre mémoire, ainsi que de planifier et de faire se produire les événements de notre vie quotidienne. Ultimement nous finissons par devenir ce que nous racontons que nous sommes.


1. SOURCE

Bruner, Jerome. Life as Narrative. Social Research, Vol 71, No 3, Fall 2004, p. 691.+

 

 

 

 

L’avenir des jeux vidéos avec l’intelligence artificielle.

static1-squarespaceUn des principaux objectifs que visent les systèmes d’intelligence artificielle incorporés dans la programmation de jeux vidéos est de rendre plus réaliste le rendu et le comportement des personnages non joueurs.

En pratique cela signifie que, de plus en plus, les personnages non-joueurs réagissent, planifient, donnent l’impression de faire preuve d’esprit d’initiative, tels des humains.

Pour l’instant, les comportements des personnages non-joueurs sont plutôt stéréotypés et demeurent peu convaincants. Ces comportements sont le produit d’outils de programmation relativement simples (arbres de décision pré-déterminés) comportant un nombre limité de variables.

Mais dans un avenir rapproché, les systèmes d’IA actuellement en cours de développement, tels les réseaux neuronaux et l’apprentissage profond seront probablement incorporés à des puces dédiées et permettront aux personnages non-joueurs de raisonner de manière abstraite et de se comporter de façon imprévue. De plus, l’apprentissage profond permettra aux jeux de s’améliorer en incorporant automatiquement l’expérience et les connaissances des participants.

Des jeux vidéos intelligents pourraient, à partir d’une série d’images, extraire le contenu sémantique des scènes qui sont en train de se dérouler, décrire l’action en cours, déterminer de nouveaux objectifs, planifier une série d’actions pour atteindre ces objectifs, et discuter cette planification avec les joueurs humains.

De telles avancées permettraient d’élargir et d’ouvrir encore plus le champ d’application des jeux vidéos : l’apprentissage et la création (scénarios).

Par exemple, Versu est une plateforme interactive de storytelling qui met l’accent sur les personnages et leurs interactions. L’histoire se construit au fur et à mesure du déroulement du jeu, à partir des personnages. Comment les personnages réagissent-ils ? Entre eux et avec les joueurs ? Que disent-ils ? Et ainsi, au fur et à mesure de la construction du jeu, le paysage social et l’intrigue se modifient constamment.

Versu utilise un engin d’intelligence artificielle développé par Richard Evans, le designer en chef de SIMS 3. Cet engin permet à chaque personnage soit d’évoluer de manière autonome, soit d’être incarné par un joueur.


Pour informations complémentaires, lire les billets dans Conversation sur l’Art :

Donner du corps au récit numérique

Les histoires multisensorielles : un champ des possibles s’ouvre aux créateurs de contenus.


Retour sur Startupfest-2016

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Pour faire le plein d’idées, Startupfest 2016 avec Sylvie Gendreau, Les marathons créatifs—Les Cahiers de l’imaginaire

Vous vous intéressez à l’entrepreunariat et à la créativité ? Vous connaissez certainement l’événement incontournable organisé par l’équipe de Philippe Telio, Startupfest. Si vous ne le connaissez pas encore, découvrez  l’entrepreneur dynamique : Philippe Telio, un homme de passion et d’action.

Si vous êtes preneurs  pour quelques bons conseils pour la Visualisation des données ou sur la passion… vous apprécierez les conseils de l’expert Noah Illinsky  et de l’entrepreneur en série, Jonathan Bixby dans le billet : S’entraider pour Entreprendre Vous découvrirez aussi les grands gagnants du Startupfest 2016.

Et finalement, si vous êtes amateurs d’innovations rapides ou de hackathon, découvrez l’esprit du Hackerfest… pour faire le plein d’idées.

Suivez les événements les plus créatifs de Montréal, sur le blog Marathons créatifs des Cahiers de l’imaginaire.

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Sylvie dirige les Cahiers de l’imaginaire et enseigne la créativité et l’innovation aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

 

 

 

 

Des fauteurs de troubles agréables !

Nous voulons tous changer certaines choses en nous. Nous connaissons les mauvaises habitudes dont nous aimerions nous débarrasser. Mais la plupart d’entre nous éprouvent beaucoup de difficulté à modifier concrètement et durablement ses comportements.

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Intervator, un fauteur de troubles agréables de Matthias Laschke par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif

Deux aspects de notre personnalité entrent alors en conflit. Imaginez-vous devant une tablette de chocolat. Vous êtes face à deux exigences contraires et simultanées : (1) un objectif à court terme : votre envie de la manger. Devant la perspective d’éprouver un plaisir instantané, il s’agit d’une pulsion qui se manifeste immédiatement, même si vous savez fort bien que cette pulsion se résorbera par la suite ; (2) un objectif à plus long terme, dicté par la raison, qui a du mal à se faire entendre : perdre du poids et être en santé.

Quelle stratégie adopter ? Stopper ! Prendre une grande respiration et réfléchir. Prendre le temps de se convaincre de ce que l’on sait déjà : Ne pas manger la tablette de chocolat ou la remplacer par un aliment plus sain. Malheureusement, pour la plupart d’entre nous, ce mode opératoire fonctionne rarement. À moins que ce soit au prix d’efforts considérables.

Heureusement, il existe une autre solution : Inversons le problème. D’abord modifions notre comportement. Agissons immédiatement, sans avoir recours au préalable à un précepte moral. En d’autres mots, agir avant de réfléchir.

Pour cela nous devons faire appel aux objets. Notre relation avec notre environnement est presque toujours médiatisée par des objets. Les objets ont le pourvoir de changer directement notre comportement, de manière quasi automatique, sans que nous ayons à réfléchir. L’idée est de choisir des objets qui créent, pour nous, une friction bénéfique et constante. Une friction qui modifie nos comportements en fonction des changements que nous aimerions opérer dans notre vie. Des objets qui nous forcent à poser certains gestes ; des gestes qui à force d’être répétés provoquent, petit à petit, des changements durables.

Évidemment tout réside dans le design de ces objets. Des objets frictionnels et si possible rigolos qui nous assistent dans la réalisation de notre stratégie de changement. La fabrication d’objets frictionnels doit suivre certaines étapes :

1. Définir nos objectifs à long terme (objectifs de santé, éthiques, sociaux).

2. Identifier les activités, les comportements qui pourraient contrevenir à la réalisation de ces objectifs (la fameuse tablette de chocolat quotidienne).

3. Repérer des comportements qui nous permettraient de réaliser plus efficacement nos objectifs.

4. Trouver ou concevoir des objets frictionnels qui nous aideront concrètement à changer nos comportements. Songez à des objets qui matérialiseront » nos intentions. Des objets qui auront le pouvoir de restructurer nos actions.

Depuis quelques années déjà, il existe sur le marché des produits qui pourraient nous assister dans notre stratégie de changement. Fitbit, par exemple, se charge de monitorer nos activités physiques et même notre sommeil. Mais il s’agit avant tout de technologies persuasives. Elles s’adressent à notre cerveau rationnel. Elles ne concernent que certaines sphères d’activités. Elles sont peu efficaces auprès de ceux qui, dans le cas de Fitbit, sont récalcitrants à l’idée de faire du sport.

Matthias Laschke, un jeune chercheur allemand (www.pleasurabletroublemakers.com), conçoit des objets frictionnnels spécifiques à différents types de changement de comportement. L’intitulé de ses objets résume bien leur mode opératoire : pleasurable troublemakers (des fauteurs de troubles agréables).

Voici quelques exemples  de fauteurs de troubles agréables :

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Forget me not, un  fauteur de troubles agréable de Matthias Laschke par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif. 

 

Forget me not

Un luminaire de lecture dont l’abat-jour se ferme lentement à l’instar des pétales d’une fleur. Si l’on touche un pétale, l’abat-jour s’ouvre à nouveau et l’intensité lumineuse augmente. L’usager est ainsi en constante interaction avec le luminaire. Il ne l’utilise qu’en cas de besoin, et à chaque fois le comportement du luminaire lui rappelle que l’électricité est une ressource limitée.

Intervator

Le manque d’exercices physiques est à la source de nombreux problèmes de santé. Comment faire un peu plus d’activités physiques dans notre vie quotidienne ? L’intervator est un objet parasite placé sur le panneau de contrôle d’un ascenseur. En pressant sur le bouton d’un étage, l’ascenseur stoppe à l’étage en dessous pour nous inciter à prendre l’escalier pour nous rendre au dernier étage ou  presser le bouton de l’étage au-dessus pour nous rendre directement à destination.

L’exercice de la semaine… fabriquez votre objet trouble-fête pour chasser une mauvaise habitude.


SOURCES

Hassenzahl, M., Eckoldt, K., Diefenbach, S., Lenz, E., Laschke, M., & Kim, J. Designing Moments of Meaning and Pleasure. Experience Design and Happiness. International Journal of Design, (2013), 7(3), 21–31.

Hassenzahl, M., & Laschke, M. Pleasurable Troublemakers. In S. Walz & S. Deterding (Eds.), The Gameful World. (2014), Cambridge, MA: MIT Press. 167-195.

Laschke, M., Diefenbach, S., & Hassenzahl, M (2015). “Annoying, but in a nice way”: An inquiry into the experience of frictional feedback. International Journal of Design, 9(2), 129-140.


Logo carre tumblr (5)Sylvie dirige les Cahiers de l’imaginaire et enseigne la créativité et l’innovation aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

Les objets rituels

Une vente aux enchères de centaines d’artefacts amérindiens s’est tenue à Paris le 30 mai 2016 organisée par la société EVE.

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Les objets rituels par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif

Parmi les artefacts en vente, une veste de guerrier sioux. Le catalogue la décrit comme suit:

Belle veste en peau naturelle frangée probablement de chefferie, et anciennement recouverte de pigments bleu vert.

Les matériaux constitutifs sont spécifiés :

Peau, perles de verre, cheveux humains, fibres végétales, tendon, pigments, feutre et piquants de porc-épic.

Le texte de présentation se termine par une description fonctionnelle :

Les vestes ornées de mèches de scalps avaient le caractère particulier de transmettre une protection spécifique, voire surnaturelle à celui qui les portait. Le scalp était un trophée de courage et la preuve d’un combat rapproché. La partie du corps du vaincu, restant ainsi avec son adversaire, empêchait son esprit de reposer en paix.

Aux États-Unis, une douzaine de tribus se sont opposées à cette vente. Elle se sont réunies à Washington et ont demandé à la France d’intervenir. Elles invoquent le fait qu’il s’agit d’artefacts sacrés dont le rôle est déterminant en tant qu’identifiants culturels et religieux. Ces artefacts, toujours selon elles, doivent être considérés comme des objets de culte vivants. De plus, ces artéfacts n’ont jamais été la propriété d’un individu seul, mais de la communauté. Ils ne doivent pas être perçus comme des objets d’art ou des objets commerciaux. Ils ont une fonction culturelle essentielle.

Cette demande est d’autant plus compréhensible que les fondements culturels des sociétés autochtones partout sur la planète, qu’ils s’agissent de leurs traditions cultuelles et orales ou des écosystèmes naturels dans lesquels elles ont évolué —et qui sont intimement liés à leur mythologie —ont été presque entièrement décimés au cours des siècles.

La requête des tribus est demeurée lettre morte. Les recours juridiques, sur la scène internationale, n’ont habituellement aucun résultat. Les communautés autochtones en sont réduites à organiser des campagnes de relations publiques internationales visant spécifiquement les commissaires-priseurs. Mais là encore, l’impact est négligeable, tout particulièrement en France qui considère qu’une restitution, quelle qu’elle soit, constituerait un précédent qui signifierait à toute fin pratique l’effondrement du marché de l’art religieux ou de l’art rituel

Les communautés autochtones s’en remettent donc aux aléas des mécènes. Pour la grande majorité d’entre eux, les artefacts autochtones sont des objets d’art prisés pour leur beauté intrinsèque, leur valeur historique ou plus prosaïquement pour leurs valeurs sur le marché de l’art. Pourtant certains acceptent de les acquérir au nom des tribus concernées et les restituent ensuite.

Cette anecdote nous interpelle sur le rôle des objets. Après tout, dans notre quotidien, nous avons recours à une multitude d’artefacts de tout acabit — du simple stylo à l’automobile, en passant par la peluche et le téléphone intelligent — ces objets agissent comme médiateurs entre nous et notre environnement. Ces artéfacts colorent notre rapport au monde et modulent nos relations avec lui. Souvent ils nous prennent presque en otage, exerçant leur pouvoir sur nos vies. Une panne d’électricité ou de réseau pendant quelques heures suffit à nous faire ressentir un sentiment de panique…

Il n’est sans doute pas aussi anachronique qu’il n’y paraît de conférer des pouvoirs aux objets. Il s’agit d’or et déjà d’un état de fait. Si nous prenons appui sur nos racines ancestrales les plus lointaines, et reconnaissons notre propension à nous projeter tout naturellement dans les objets qui nous entourent, on constatera, qu’à notre façon contemporaine, on leur donne encore des fonctions rituelles.

Vus sous un certain angle, les objets d’art exercent des fonctions passives (assouvissement esthétique ; sens du beau ; possession). Alors que les objets rituels exercent des fonctions actives (symbolisation de pouvoirs ; supports à des rites individuels ou collectifs).

On pourrait ainsi imaginer une réactualisation dans nos sociétés modernes d’objets rituels divers :

• Les « Objets trouble-fête », dont nous avons parlé dans le blog : des objets « rappels » qui ont été spécifiquement conçus pour modifier un comportement.

• Les objets fétiches qui existent déjà et dont l’usage pourrait être répandu : la plume de l’écrivain, par exemple, sans laquelle la rédaction d’un manuscrit serait impensable.

• Les totems : une construction collective qui symbolise et atteste la solidarité et les croyances d’un groupe.

• Les espaces sacrés : les lieux, artificiels ou naturels, qui favorisent la réflexion ou le ressourcement et qui, par conséquent, font l’objet de visites régulières.


Référence

Phippen, J.W. The Auction of Native American Artifacts. The Atlantic. May 27, 2016.

Le jeu des possibles

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Dessins : Pierre Guité Le jeu des possibles par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

En tant qu’humains, nous sommes un produit de la sélection naturelle, c’est-à-dire, comme le résume le Prix Nobel français de médecine, François Jacob, une mixture de hasard et de compétition. Nous sommes aussi le résultat d’une très longue histoire.

Dans un processus de sélection naturelle, le temps est une composante essentielle. La nature doit disposer de beaucoup de temps pour parvenir à ses fins. La nature est plus patiente que nous.

Nous sommes des objets complexes, constitués d’un très grand nombre de composantes. En tant qu’objets complexes, le processus évolutif de structuration des êtres vivants est soumis à deux règles : (1) à chaque niveau d’organisation des composantes, des contraintes déterminent les règles du jeu et délimitent ce qui est possible de ce qui ne l’est pas ; (2) des circonstances établissent le cours des événements ainsi que les interactions entre les systèmes.

Dans ce jeu des possibles, souligne François Jacob, « avec l’accroissement de la complexité grandit l’influence de l’histoire. » Compte tenu de la complexité des systèmes vivants, l’histoire joue un rôle très important en biologie.

Face à un système biologique, deux questions se posent : Quel en est le fonctionnement ? Quelle en est l’histoire ?

Lorsqu’on retrace l’évolution d’une espèce donnée, on est frappé par le fait que la nature procède tel un bricoleur. Elle dispose de beaucoup de temps et semble en profiter pour explorer de façon exhaustive toutes les options possibles. Elle ne cherche pas la perfection à tout prix. Elle utilise tout ce qui lui tombe sous la main. Tout dépend des circonstances. À force d’expérimenter, elle finit par produire d’étonnants résultats. Bref, la nature bricole.

Le processus créatif du bricoleur s’apparente à celui de la nature. « D’une vieille roue de voiture, il fait un ventilateur ; d’une table cassée, un parasol », précise François Jacob. Si on donne du temps au bricoleur, il produira de grandes choses. Il aura aussi mis au rancart bon nombre de ses composantes (tout comme la nature qui procède par extinction de certaines espèces). En récupérant bon nombres de composantes des systèmes mis au rancart, il peut les utiliser de manière différente. Le bricoleur est un grand récupérateur

La nature ne « jette » pas grand-chose. Notre cerveau en est un exemple. Pour produire le cerveau de l’Homo sapiens, elle n’a pas tout remis à plat. Elle a fait preuve de bricolage, en juxtaposant le néocortex sur le cerveau des mammifères primitifs. Le néocortex commande l’activité intellectuelle et cognitive. La plus ancienne, venue du rhinencéphale, gouverne les activités viscérales et émotives. Le néocortex s’est développé à une vitesse étonnante et l’intégration de ces deux structures ne s’est pas faite de façon aussi harmonieuse que l’on croît. Et elle n’est pas encore terminée !

Les deux approches, celles du bricoleur et celle de l’ingénieur s’appliquent très bien à la créativité et sont, de ce point de vue, complémentaires. L’approche du bricoleur, axée sur l’exploration tous azimuts et la recherche de toutes les combinaisons possibles constituent le versant« divergeant » qui caractérise, par exemple, les séances de brainstorming. L’approche de l’ingénieur se rapproche de l’effort de « convergence » requis lorsqu’après avoir exploré et évalué une multitude de possibilités vient le temps d’optimiser la solution retenue.

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Sylvie dirige les Cahiers de l’imaginaire et enseigne la créativité et l’innovation aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

SOURCE
Jacob, François. Le Jeu des possibles. Fayard. 1981.

 

Marcher pour être plus créatif

L’être humain est fait pour marcher dit-on.

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Photo Pierre Guité, Marcher pour être plus créatif par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif

Marcher est l’exercice le plus naturel qui soit.

De grands philosophes et scientifiques ont pratiqué la marche dans le but spécifique de générer de nouvelles idées, de nouveaux concepts. Rousseau, Nietzsche, Einstein. Il est dit aussi que marcher stimule la créativité. Mais cela est-il prouvé ?

Des recherches menées à Stanford tendent à le confirmer. Les chercheurs ont réalisé plusieurs expériences. Elles démontrent toutes que marcher a pour effet de développer de nouveaux concepts, et ce durant la marche comme telle, et ensuite au repos, lorsque le marcheur s’adonne à ses activités créatives.

Les résultats sont spectaculaires. Selon les différents types d’expériences, de 81% à 100% des participants furent plus créatifs en marchant qu’en demeurant assis. Au point où ils recommandent même d’inclure systématiquement des sessions de marche sur les lieux de travail.

Dans la première étude, les chercheurs ont demandé aux participants de compléter deux tests de créativité : le premier lorsqu’ils sont assis ; le deuxième en marchant. Le test en question est le test de Guilford. Il consiste à demander à un participant d’identifier tous les autres usages possibles d’un objet (une brique, par exemple). Le test est minuté et les résultats sont évalués en fonction de l’originalité, du nombre d’usages, de l’étendue des différents types d’usage, et du degré de détails fournis lors de la description de l’usage. En moyenne, les participants sont 60% plus créatifs en marchant qu’en demeurant assis.

L’objectif de la deuxième étude était de comparer les résultats des binômes suivants : (1) être assis et marcher ;  (2) être assis et demeurer assis ; (3) marcher et ensuite s’asseoir. Le test de Guildford a de nouveau été utilisé. Une fois de plus, les marcheurs ont réalisé un meilleur score que ceux qui sont restés assis. Un élément nouveau a toutefois été mis en évidence : le fait de marcher a un impact résiduel sur la créativité lorsqu’ensuite on assied. En préparation d’une session de brainstorming par exemple il est donc vivement recommandé de s’adonner préalablement à une session de marche.

Pour la troisième étude, les chercheurs ont tenté de déterminer si le fait de marcher à l’intérieur d’un bâtiment, ou à l’extérieur, a un impact différent sur le degré de créativité. Il est généralement admis qu’une marche dans la nature a un effet calmant. Elle permet au système cognitif et émotionnel de se régénérer et renouvelle notre capacité à se concentrer en vue d’une tâche exigeante.

Alors, faut-il marcher à l’intérieur ou à l’extérieur. Afin d’élucider cette question, les chercheurs ont comparé les résultats d’une marche à l’extérieur et d’une marche à l’intérieur face à un mur blanc. Il n’y a pas de différence.

Comment expliquer les effets bénéfiques de la marche ? Trop tôt pour le dire. D’autres projets de recherche devront être menés. Mais les résultats eux, sont là. N’attendons plus… marchons !


Références :

Atchley et all. Creativity in the Wild: Improving Creative Reasoning through Immersion in Natural Settings. PLOS ONE | http://www.plosone.org. December 2012 | Volume 7 | Issue 12 | e51474.

Oppezzo, M. and all. Give Your Ideas Some Legs: The Positive Effect of Walking on Creative Thinking. Journal of Experimental Psychology. Learning, Memory, and Cognition. 2014, Vol. 40, No. 4, 1142–1152

Aimez-vous jouer ?

scan158-2 (1)Qui sommes-nous exactement ? En tant qu’êtres humains ? Les réponses seront évidemment multiples. Nous savons fabriquer toutes sortes d’objets. Nous savons compter et connaissons le prix des choses, ou du moins c’est ce que nous prétendons. Nous nous targuons de connaître une multitude de choses. Pour toutes ces qualités distinctives qui font de nous une espèce à part, nous avons apposé des labels en latin, une étiquette qui met en évidence une habileté à l’exclusion des autres. Homo faber. Homo economicus. Homo sapiens. Ce sont les appellations les plus connues. Mais il ne faudrait pas en négliger une autre :Homo ludens, l’homme qui joue.

De tout temps les êtres humains ont accordé une grande importance au jeu. Le jeu est au coeur des mythes et des rituels les plus anciens. Il continue d’être, consciemment ou non, une composante essentielle de notre quotidien. Mais que veut dire jouer ? Qu’est-ce qu’un jeu ? S’il est très difficile de risquer une définition, il est tout de même possible d’identifier les principales composantes de n’importe quel jeu, quels que soient l’époque ou le lieu. Le jeu, toujours ou la plupart du temps :

1. Mobilise le corps.
2. Fait appel à une part d’imitation.
3. Prépare à autre chose que lui-même. Il entraîne le joueur à l’action véritable.
4. Exige des joueurs une dialectique de l’opposition.
5. Suppose une complémentarité des joueurs entre eux, et, dans une proportion variable selon le type de jeu, avec une part de non-humain ou de supra-humain.
6. Inclut une dimension de représentation et de mise en scène.
7. Provoque une activation des émotions qui peuvent être modulées entre la joie et la tristesse, entre la croyance ou l’incrédulité.
8. Se rapporte à l’aléatoire, à la chance, au destin.
9. Suppose une part de stratégie ou de ruse.
10. Sous-tend une logique de la reconnaissance ou de la hiérarchisation, réversible ou irréversible.
11. Comprend une dimension sexuelle en mettant souvent en scène une dissymétrie temporaire et, par conséquent réversible, ou permanente des sexes.
12. Inclus une marge, une part d’indéterminé qui crée une distance entre le jeu et la réalité.
13. Possède une dimension métaphorique.
14. Produit un résultat.

Va pour le jeu dans son sens le plus large. Mais de manière plus pragmatique qu’est-ce qu’un jeu ? Pour répondre à cette question, il est important de distinguer entre l’acte de jouer et le jeu lui-même. La langue anglaise établit clairement une différence entre les mots eux-mêmes. Jouer ou play en anglais. Et jeu ou game en anglais. Tenons-nous-en au jeu comme tel.

Recommençons.

Un jeu possède un espace, un territoire spécifique. Un territoire qui a ses propres règles. Les joueurs doivent de leur plein gré adhérer à ces règles.

Quelque soit le type de jeux :

1. Des artéfacts, réels ou virtuels, sont présents. Ces objets fournissent une information, donnent des indications spécifiques sur une position, une étape, le pointage.

2. Il existe des frontières. Ces frontières peuvent être circonscrites dans le temps ou dans l’espace.

3. Chaque jeu est un univers en soi.

4. Le but n’est pas clairement défini. Le joueur doit naviguer sans avoir de destinations précises. Il imagine une cible, mais les résultats peuvent s’avérer très différents de ce qu’il avait imaginé. Les meilleurs jeux sont des voyages en terre inconnue.

5. Dans un jeu, la progression est aléatoire. Elle est ponctuée d’erreurs et de corrections de trajectoires. Il ne s’agit pas d’une succession d’étapes claires et planifiées d’avance.

6. Même s’ils naviguent à vue, les joueurs disposent d’une carte de navigation. Souvent, cette carte est abondamment illustrée et donne envie d’y naviguer. En des termes plus militaires, cette carte constitue le théâtre des opérations.

7. Des données claires sont fournies dès le départ : dans quel environnement se trouve-t-on ? Quelles sont les règles ? Avant de démarrer, une vision précise de ce qu’il faut accomplir est expliquée aux participants.

8. En cours de route, les itérations sont multiples. Des imprévus compliquent le déroulement du jeu. Des conflits surviennent. Des ajustements, des corrections doivent être sans cesse apportés.

9. Tout au long du parcours, la motivation des joueurs doit être maintenue. C’est un niveau élevé d’énergie émotionnelle qui pousse les joueurs à poursuivre. C’est là le paradoxe inhérent à tout jeu véritable : l’objectif peut être imprécis dans la mesure où il est très motivant. Il peut être révisé en cours de route, tout en étant suffisamment clair pour stimuler les participants et leur donner un sens général de la direction à suivre.

Retournons à Alain Caillé et à des considérations plus abstraites de nature sociologique. Ses réflexions nous aident à considérer le jeu dans un contexte plus général. Quand on joue le jeu, on rejoue toujours, symboliquement et dans des proportions évidemment très variables selon le jeu, le drame d’une triple conversion : de la guerre en paix ; de la mort en vie ; de la malchance en chance. Ou tel que le précise de nouveau Alain Caillé : de la victoire sur l’autre en une alliance avec l’autre ; de la victoire sur le néant en une créativité ; et de la victoire sur le sort contraire en une résilience.

RÉFÉRENCES :

Caillé, Alain. Jouer/Donner, quelques préalables. La Revue du MAUSS semestrielle, 1er semestre 2013.
Gray, Dave and all. Game Storming. O’Reilly. 2010.
L’hôte, Jean-Marie, Histoire des jeux de société, 1994

Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour découvrir ses coups de cœur et stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

Qu’est-ce qu’un laboratoire vivant ?

Photos_2014_2789-EditPour tout savoir, ne manquez pas :
L‘Open Living Lab Days 2016
du 23 au 26 août à l’Université Concordia à Montréal.

De nos jours, les innovations sont développées de plus en plus rapidement. La durée de vie utile des produits a tendance à diminuer. Et dans ce contexte, de plus en plus de produits sont voués à l’échec. Les entreprises, par conséquent, explorent de nouvelles voies pour innover davantage en réduisant les risques techniques et financiers.

Dans cette mouvance, les utilisateurs sont souvent à l’origine même des innovations. Cette tendance devrait s’accentuer au cours des prochaines années compte tenu de l’accessibilité accrue des technologies, des procédés de fabrication, des fab labs et des fabriques. Les utilisateurs ont donc un rôle important à jouer dans le processus de développement de nouveaux produits, leur rôle étant de plus en plus reconnu par les entreprises.

Le concept de l’innovation ‘à forte teneur technologique’ réalisée exclusivement à l’intérieur de l’entreprise évolue pour faire place à une innovation dite plus soft, moins coûteuse, co-développée à l’externe et centrée sur l’utilisateur.

C’est dans ce contexte que les Living Labs ont vu le jour. Si on sait pourquoi ils ont été créés, les points de vue divergent sur ce qu’est un Living Lab.

Pour résumer les principales définitions qui sont habituellement évoquées,
Un Living Lab est :

(1) une plateforme ouverte d’innovation, une méthodologie, un environnement culturel et technique, un environnement d’expérimentation immersif, ou encore un écosystème…

(2) dans lesquels un nombre important et diversifié d’utilisateurs, en étroite collaboration avec des designers, des chercheurs, des techniciens, des ingénieurs, créent, expérimentent, valident de nouvelles réponses à un ou plusieurs problèmes spécifiques et clairement définis…

(3) dans des conditions et un contexte les plus réalistes possible…

(4) en ayant recours à une panoplie d’approches de stimulation de la créativité, de la planification et de la supervision du travail d’équipe…

(5) pour produire une information riche et détaillée qui sera ensuite analysée et transformée en données utiles afin de créer de nouveaux produits et procédés.

L’objectif n’est pas tant l’optimisation technique, mais plutôt une meilleure compréhension des besoins des utilisateurs et du contexte d’utilisation.

Deux éléments constituent les attributs clés d’un Living Lab et ils sont, paradoxalement, les plus difficiles à implanter :

(1) La participation active et soutenue des utilisateurs du début jusqu’à la fin du processus ;

(2) Le contexte dans lequel les expérimentations sont menées et qui doivent être le plus près possible de l’utilisation visée.

À l’origine de tout Living Lab réside l’idée qu’une innovation est toujours la résultante d’un aller-retour étroit et constant (itérations multiples) entre un concept généré par un ou plusieurs individus (expertises, aptitudes, intentions) et l’environnement social et économique dans lequel le concept a été créé (connaissances, technologies, ressources financières..).

Le graphique ci-dessous illustre les principaux attributs d’un Living Lab. Une échelle de 1 à 5 permet d’évaluer chaque attribut. Plus le score est élevé pour chaque attribut, plus le projet se rapproche de ce que devrait être idéalement un Living Lab.

Paramètres d’évaluation pour déterminer s’il s’agit bien d’un Living Lab :
1. Environnement propice : pour évaluer/expérimenter les utilisations sous tous leurs aspects.
2. Découverte : pouvoir déceler de nouveaux usages.
3. Co-création : niveau de participation des utilisateurs ou usagers en tant que co-développeurs.
4. Évaluation : mécanismes en place pour évaluer les innovations en collaboration avec les usagers.
5. Environnement technique : être en mesure de réaliser des tests dans un contexte d’utilisation le plus réaliste possible.
6. Contexte : tester les innovations dans un contexte réel.
7. Durée : avoir la possibilité de mener des études (à moyen et long termes).
8. Échelle : être en mesure de mener des expérimentations avec plusieurs usagers.

Graphique : Pierre Guité. Qu’est-ce qu’un laboratoire vivant ? par Sylvie Gendreau

Graphique : Pierre Guité. Qu’est-ce qu’un laboratoire vivant par Sylvie Gendreau

 

Voilà pour la définition. Qu’en est-il maintenant de la pratique ? Les études menées sur le terrain en Flandre (Belgique) par exemple mettent en évidence les obstacles suivants :

• Coopération déficiente entre les différents partenaires industriels;
• Les partenaires industriels ne sont pas suffisamment pro-actifs – manque de projets;
• En conséquence, les usagers risquent de se désintéresser;
• Rétention / partage insuffisant de l’information;
• Les thèmes sont trop généraux – pas assez précis;
• Des thèmes précis qui ne se prêtent pas à la réalisation de projets à long terme;
• Manque d’ouverture et d’objectivité (neutralité) de la part des partenaires industriels;
• Danger de verrouiller / promouvoir une technologie au détriment des autres.

Graphique : Pierre Guité. Qu’est-ce qu’un laboratoire vivant ? par Sylvie Gendreau

Vous souhaitez en savoir davantage sur les Living Labs ? Inscrivez-vous aux Open Living Lab Days 2016 qui se dérouleront du 23 au 26 août à l’Université Concordia à Montréal. Cet événement est la première venue du réseau de living labs européens en Amérique, il est co-organisé par le laboratoire Ageing + Communication + Technologies (ACT), l’Université Concordia, Communautique, France Living Labs et le Quartier de l’innovation avec l’appui de Tourisme Montréal.


SOURCES

Schuurman, Dimitri. Innovation from user experience in Living Labs: revisiting the ‘innovation factory’-concept with a panel-based and user-centered approach. The XXIII ISPIM Conference – Action for Innovation: Innovating from Experience – in Barcelona, Spain on 17-20 June 2012.

Veeckman, Carina. The impact of the organizational set-up of Living Labs on the innovation process: a case study between different Living Lab approaches in Flanders. The XXIII ISPIM Conference – Action for Innovation: Innovating from Experience – in Barcelona, Spain on 17-20 June 2012.

Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour découvrir ses coups de cœur et stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

Un homme qui danse

7_Warren_Ce_re_monie_CDonaldLabelleJ’ai beaucoup aimé le film de Marie Brodeur qui nous fait entrer dans le monde fascinant de la danse, des chorégraphes et des danseurs. La star du film est le talentueux et très sympathique Vincent Warren qui nous fait revivre tout une époque de l’évolution de la danse.

“Danser est aussi une réflexion.”
— Vincent Warren

S’il y a une domaine artistique exigeant, c’est bien celui de la danse. Les danseurs doivent travailler constamment pour rester au top de leurs formes physique et mentale. « Chaque pas est motivé par une idée, » explique le célèbre danseur. C’est un long travail d’attention et de concentration. Un danseur consacre sa vie à sa passion. Ce documentaire laisse des traces précieuses avec le témoignage de ce danseur aimé et admiré de tous. Sur un ton intimiste, Vincent Warren se confie. Il se souvient les moments qui ont marqué sa vie. L’amour de sa vie a été le célèbre et merveilleux poète Frank O’Hara, fidèle ami et conseiller du non moins fabuleux neurologue et écrivain Oliver Sacks qui nous a quitté il y a quelques mois. Ce dernier a écrit que Frank O’Hara l’avait aidé à devenir écrivain.

Excellant autant dans le répertoire classique que contemporain, inoubliable interprète des chorégraphies de Fernand Nault et de Brian Macdonald et du film Pas de deux de Norman MacLaren, Vincent Warren fut la figure de proue des Grands Ballets Canadiens de 1960 à 1979. Le plus important legs de cet homme de culture est la Bibliothèque de la danse Vincent-Warren, la plus importante du genre au Canada.

Le film est un beau moment intime passé avec le danseur. La réalisatrice a eu la bonne idée de le suivre dans son déménagement, revisitant ses souvenirs et partageant ses réflexions sur la danse en faisant ses cartons.

En parlant de mise en scène, Robert Lepage a dit qu’il aimait jouer dans une pièce qu’il met en scène, car cela lui permet d’approfondir le sujet, de le voir de l’intérieur. Marie Brodeur qui a été aussi danseuse, donne à voir de l’intérieur le monde de la danse et les artisans et artistes qui le font vivre et qu’elle affectionne.

Prix ex aequo de la meilleure production canadienne
du 34e Festival International sur l’Art


Marie Brodeur. Après une carrière de danseuse pendant 10 ans, Marie Brodeur bifurque vers la réalisation de documentaires, de fictions et de vidéos d’art en 1986.

Filmographie | La danse en Asie (1991) ; Héro (1995) ; Les mots dits(1997) ; Un oiseau dans ses poches (1998) ; Danse du guerrier(2001) ; Anik Bissonnette : Danser ma vie (2007) ; Aanchal : le voile dévoilé (2009).

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David Hockney

Prix du meilleur portrait
au 34e Festival International du Film sur l’Art

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David Hockney, un film de Randall Wright

 

Le portrait de David Hockney du réalisateur Randall Wright montre qu’une particularité peut mener loin… Né dans une famille modeste en Angleterre, il n’imaginait pas connaître un tel succès en tant qu’artiste. Après des études au Royal College of Art de Londres, il se lance dans la peinture figurative alors complètement à contre-courant des mouvements contemporains.

David Hockney, atteint de synesthésie, voit des couleurs lorsqu’il entend de la musique. Il utilise la photographie des objets, choisissant des angles différents, des prises de vues décalées les unes par rapport aux autres. C’est ainsi qu’il peint A closer Grand Canyon et nombre de photocollages (A Chair, Jardin du Luxembourg).

À partir de 1960, David Hockney mêle figuration et Pop Art. Lors de la Biennale de Paris, en 1963, il expose des œuvres plus autobiographiques. Il peint des autoportraits et des portraits. C’est l’époque où il rencontre Andy Warhol à New York, autre artiste à faire du figuratif. En 1978, Warhol lui rend visite à Los Angeles et lui suggère de faire sa série de piscines.

Les techniques de David Hockney consistent à appliquer sur la toile de très minces couches de peinture en aplats qui donnent une impression proche de la photographie. Il approfondit sa technique avec des polaroïds, déplaçant le point de vue et les assemblant différemment.

De 1986 à 1998, il travaille sur une très grande œuvre, Bigger Grand Canyon. Il s’agit de l’assemblage de 60 photographies qui mesure 113 x 322 cm. Il reprend ensuite ces vues sur trois bandes de papier pour les dessiner avec des fusains et des crayons. La peinture finale mesure 207 x 744,2 cm.

À Paris, le Centre Pompidou présente une rétrospective de son œuvre sur les paysages, intitulée : ESPACE / PAYSAGE en 1999. On voit les questions posées et les réponses qu’il apporte, depuis les années soixante, à la représentation des paysages avec d’autres moyens que la perspective linéaire.

En 2001, il publie l’essai passionnant : Savoirs secrets, les techniques perdues des Maîtres anciens, aux éditions du Seuil.2 Il montre l’utilisation d’appareils d’optique, par de nombreux peintres depuis le XVe siècle.1

C’est en affichant sur le mur de son atelier des photocopies en couleurs des peintures d’avant la Renaissance jusqu’à nos jours, qu’il a vu des différences notables, à partir de certaines époques. En même temps, les dessins de tissus plissés deviennent parfaits, les reflets des armures sont comme des photographies, les personnages qui tiennent une coupe à la main pour boire sont presque tous gauchers. L’utilisation de miroirs est probable.2

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Jan van Eyck sur sa toile « Les époux Arnolfini » montre un miroir convexe représentant ce que voient les personnages qui nous font face, qu’on ne pourrait pas voir autrement. Plus tard certains peintres, comme Canaletto, ne se cachaient pas d’utiliser la « camera obscura », d’autres ont utilisé des jeux de miroirs ou des miroirs concaves qui projetaient l’image sur la toile à peindre. Ses démonstrations sont fascinantes, notamment celle qu’il réalisa à Florence avec ses assistants pour reproduire la fameuse tablette de Brunelleschi. À l’heure où le soleil éclaire la Baptistère devant le Duomo, il a installé un miroir concave à l’ombre du porche qui reproduisait fidèlement l’image du baptistère sur un carton blanc placé devant lui. Comme Brunelleschi lui-même l’avait très probablement fait, en utilisant un miroir pour illustrer l’invention de la perspective.2

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En 2005, il revient en Angleterre sur les lieux de son enfance. Dans un vaste atelier dans l’Est du Yorkshire, il peint des paysages en très grands formats. D’abord des aquarelles qu’il présente dans un seul cadre qui contient 36 aquarelles pour montrer l’ambiance générale. Ses peintures ont plusieurs points de vue différents pour permettre au « regardant » d’entrer dans le paysage pour le ressentir comme le peintre qui les observe.

En 2010 il expose à Paris, à la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint-Laurent ses œuvres réalisées sur Iphone et Ipad.

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Une grande exposition a été présentée en 2012 à la Royal Academy de Londres, « A Bigger Picture » qui montre de grandes œuvres sur le thème du paysage anglais. Ce sont surtout de très grands formats mais il montre aussi des œuvres réalisées sur un iPad dont il use comme un carnet de croquis avec des possibilités plus étendues. Plus surprenante, la perception d’un paysage par 18 caméras placées à différents points de vue. Il poursuit donc son exploration de la reproduction des paysages, commencée il y a une cinquantaine d’années, sans se contraindre à la perspective. Il multiplie les points de vue sur un assemblage de plusieurs toiles et pense que la peinture est seule à pouvoir donner cette lecture d’un paysage.

David Hockney revient à la Royal Academy cette année avec un nouveau travail remarquable. Embrassant le portrait avec une vigueur créative renouvelée, il offre un aperçu intime du monde de l’art de Los Angeles et des gens qui ont croisé son chemin au cours des deux dernières années. Hockney se détourne cette fois de la peinture et de sa maison de Yorkshire, il est de retour à Los Angeles. Il revient à la contemplation silencieuse du portrait, en commençant par une représentation de son directeur de studio. Au cours des mois qui ont suivi, il a été absorbé par le genre et a invité des personnes de tous les domaines de sa vie à poser dans son studio. Ses sujets —tous les amis, famille et connaissances— personnel de bureau, d’autres artistes, des conservateurs et des galeristes tels que John Baldessari et Larry Gagosian. Chaque travail est de la même taille, montrant son modèle assis sur la même chaise, contre le même fond bleu. Tous ont été peints dans le même laps de temps : trois jours. La virtuosité de Hockney permet à la personnalité de chacun de sauter hors de la toile avec chaleur et immédiateté. À voir cet été si vous êtes à Londres.

Capture d'écran 2016-04-05 08.30.02

Randall Wright est producteur et réalisateur. Il entre à la BBC en 1985 après des études en histoire et en histoire de l’art à l’University College de Londres.

Filmographie | Séries Bookmark (1983), The Great Detectives(1999), Play it Again (2007); John Le Carré: The Secret Centre(2000); David Hockney: Secret Knowledge (2003), 21e FIFA; Freud’s Naked Truth (2010); Sister Wendy and the Art of Gospel (2012) ; Lucian Freud: Painted Life (2012), 32e FIFA.

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Viva DADA

Prix du meilleur film éducatif
au 34e Festival International du Film sur l’Art

9_VIVAdada-SophieTaeuberLe film de Régine Abadia est sensationnel. Entre effets sonores originaux, animations décalées et propos disruptifs… nous revivons l’impertinence et la vivacité de ce mouvement important de la seconde moitié du XXe siècle.

Si DADA est mort sept ans après sa naissance, cent ans plus tard, il vit toujours, dans l’art de la performance. Il a inspiré d’autres mouvements d’activistes créatifs tels que la Beats Generation, le Fluxus, le Punk, Yes Men, Pussy Riot…

Il faut se remettre dans le contexte de la Première Guerre mondiale, une guerre de destruction qu’aucun esprit sensé ne peut admettre. C’est la pensée des jeunes artistes et poètes qui ont fait DADA, un cri de révolte contre les sociétés capables d’engendrer une telle boucherie.

« Nous vivions dans un monde où aucune personne qui est un peu sensible ne pouvait accepter ou approuver, » déclare Hannah Höch à l’origine du dadaïste berlinois.

Mouvement littéraire et artistique bruyant, contestataire et iconoclaste, DADA a été une incroyable explosion créatrice dans les domaines des arts plastiques et de la pensée qui a révolutionné l’art du XXe siècle.

« En 1916, des artistes venus de toute l’Europe se rassemblèrent autour d’un idéal pacifique. Ils s’appelèrent eux-mêmes les dadaïstes. Ce mouvement artistique et littéraire, international et contestataire, a révolutionné l’art du XXe siècle. »

Plusieurs artistes célèbres y ont participé dès les premières heures : Tristan Tzara, Marcel Duchamp, Francis Picabia, Jean Arp, Man Ray…  L’Europe est morcelée. À l’époque où l’Internet n’existe pas, les dadaïstes créent un véritable réseau. Ils refusent les frontières et les fils barbelés…  Ils cassent tous les codes et s’attirent les fougues de la censure. Ils sont extrêmement créatifs tant avec la langue, la typographie, le graphisme. Après le poème phonétique, ils inventent le poème mathématique. Leur créativité est sans limite. Leurs figures de style font scandales.

Après la guerre, l’esprit est à la fête et à la provocation. Ceux qui ont vécu ce cataclysme dans leur jeunesse ne pensent qu’à se tourner vers la vie avec une espèce de fièvre… Ils veulent créer leur nouveau monde.

DADA est une attitude illogique qui conteste tout : les bourgeois, l’expressionnisme, le cubisme… C’est le mouvement le plus destructeur, le plus insensé, le plus subversif. Ils voulaient tout détruire à commencer par ce qui était conventionnel. Certains journalistes voient les dadaïstes d’un très mauvais œil, mais quand on est artiste ou intellectuel, dans le Paris des années folles, il faut en être.

Paris est cosmopolite. Les boîtes de jazz pullulent à Montmartre et à Montparnasse. Les dadaïstes, eux, choisissent un bar dans une ruelle près de l’Opéra. DADA connaît tout. DADA crache tout. Oui égale Non. Le mot DADA, synonyme de provocation, est présent sur toutes les lèvres.

Mais DADA n’était évidemment pas fait pour durer.  Le mot est rien, c’est un grand nettoyage pour aboutir à rien.

Un siècle plus tard, une historienne de l’art américaine, Adrian Sdhalter, veut achever le projet du Dada Globe, une idée de Tzara qui a invité les dadaïstes du monde entier à soumettre des autoportraits, des dessins, des photographies d’une œuvre, des mises en page et deux types littéraires : prose et poésie. Comme l’affirme Adrian Sdhalter, après l’analyse des œuvres : « C’est de l’humour qui n’est pas drôle, plutôt désespéré. »

Pourquoi on doit se soucier du Dadaglobe ? Parce que c’est un projet qui a généré énormément de créativité. Sans le Dadaglobe, certaines œuvres n’auraient jamais été créées comme par exemple Le rossignol chinois de Marx Ernst qui est devenu une image phare du surréalisme

Si des luttes d’ego et de pouvoir ont fait que chacun est finalement parti de son côté, il n’empêche que Tristan Tzara avait raison lorsqu’il a écrit : « DADA est un chainon dans le long parcours de la transformation des idées. » Loin d’être mort, cet esprit de rébellion vit toujours aujourd’hui.

Ce film rythmé et éducatif montre à merveille comment ce mouvement s’est construit jusqu’à la finalisation de l’une des œuvres majeures que Tzara n’a jamais pu terminer : le Dada Globe.

Bravossimo à Régine Abadia et à toute son équipe pour ce film vraiment extra, prix du meilleur film éducatif au 34e Festival International du Film sur l’Art. À voir et revoir.

Pour en découvrir davantage sur l’univers Dada à l’occasion du centenaire du mouvement, vous pouvez visiter le site interactif, cabaret digital, www.dada-data.net.

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Régine Abadia est réalisatrice de fictions et de documentaires, scénariste et photographe.

Filmographie | The Spirit of Gospel (2008) ; Pigalle nuit et jour (2000) ; Dalida, chez nous soyez reine (2002) ; Pourquoi marcher quand on peut rouler? (2003) ; Berit (2006) ;  Jenny Bel’air (2008) ; Yasmina et Mohammed (2012).

Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

La collection qui n’existait pas.

MoMA-1Grand Prix du 34e Festival International du Film sur l’Art

Herman Daled est un collectionneur belge qui n’aime pas qu’on le qualifie de collectionneur. Il préfère se comparer à ceux qui achètent des livres. Au cours de sa vie, il a acquis environ 800 œuvres d’art conceptuel. Mais futé est celui qui entrera chez lui et le devinera. Aucune œuvre n’est exposée en permanence sur les murs de sa maison. Seuls indices : de petites fiches dans un tiroir encerclées d’un élastique. Voilà toute sa collection.

L’artiste Daniel Buren, un ami de 46 ans, lui reproche de ne même pas déballer certaines œuvres. Herman Daled s’en amuse. Ce qu’il préfère plus que tout, c’est de les sortir à l’occasion et de les montrer à ses invités, puis de les ranger à nouveau. Il a fait cela toute sa vie.

Dans le documentaire que lui consacre Joachim Olender, ces moments semblent être des moments mémorables pour ce passionné d’art conceptuel. On imagine le débat d’idées entre amis et artistes sur la signification de ce mot, de ce signe…

Je suis, avant tout, solidaire politiquement avec les artistes.

Herman Daled

Pour cet homme, il est insensé de féliciter un artiste sur son travail et de ne pas lui acheter une œuvre. « Si tu vas à leur vernissage, si tu veux être conséquent, tu te portes acquéreur d’une oeuvre. C’est la moindre des choses. »

C’est ainsi qu’il a commencé à acheter les œuvres de jeunes artistes dans les années 60 – 70 et qu’il est devenu ami avec l’artiste belge Marcel Broodthaers. Lorsque des artistes américains venaient en Belgique, Marcel leur disait : ce soir je vous amène chez un ami chez qui on peut manger, boire, fumer et, en plus, il achète. Son épouse Louise a tenu auberge tant il y avait presque toujours des artistes chez eux quand le médecin rentrait du travail le soir.

« Les artistes étaient modestes, au début de leur carrière, et avaient toujours des choses qu’ils étaient prêts à céder. » En acquérant leurs œuvres, Herman Daled validait leur travail et les aidait à vivre malgré leur grande précarité. Il affirme que son mérite n’est pas d’avoir eu du flair, mais de s’être montré disponible. Qu’est-ce que l’art ? Que veut dire faire de l’art ? Pourquoi avons-nous besoin d’art ? Il n’y a pas de raison. C’est quelque chose que fait l’artiste. « C’est un objet de créativité. Un objet de connaissance et d’expérience. »

« À l’époque l’idée était de faire des objets sans valeurs, de sortir la valeur de l’œuvre d’art, pour peut-être fabriquer autres choses sous le chapeau d’art conceptuel. On est loin du chef d’oeuvre, mais on est tout près de l’archive. À la première exposition d’art conceptuel, vous aviez tout ce que les organisateurs ne savaient pas ranger autrement. » explique Daniel Buren.

Le terme voulait dire que l’objet n’avait plus d’importance, comment alors s’en débarrasser ? demande Buren. « Ce n’est donc même plus la peine de le dessiner, de le fabriquer… » Herman Daled assure n’avoir jamais eu la valeur commerciale en tête. Ses achats étaient des gestes solidaires. Il soutenait les artistes et réfléchissait avec eux.

Un tel amour des artistes et de l’art est impressionnant. On est loin de l’idée que l’on se fait aujourd’hui du marché de l’art. Daniel Buren précise que si l’artiste se réinventait et essayait de faire quelque chose de nouveau, le collectionneur aussi devait se réinventer. Et c’est ce que faisait Herman Daled. « Les œuvres n’étaient pas de très grandes tailles, pas très intéressantes visuellement, mais on a tout de même créé une esthétique ,» constate Herman Daled, une quarantaine d’années plus tard.

« J’ai surfé sur la vague de ce mouvement essentiel qui a marqué la seconde moitié du XXe siècle. Dans les années 60 – 70, il y avait un centre de gravité, c’était à peine une douzaine d’artistes qui s’intéressaient à l’art conceptuel : une remise en question de l’objet, mais pas seulement. « Ma collection s’intéresse à des objets qui se sont dématérialisés. J’ai été porté par la vague. Au XXe siècle, qu’y a-t-il eu à part DADA, un peu le pop-art et l’art conceptuel. Les grandes vagues sont rares. », ajoutent Herman Daled.

En 2011, le MOMA de New York a acquis une partie des pièces maîtresses de sa collection, près de 400 œuvres : la plus importante collection d’œuvres de Marcel Broodthaers, des œuvres historiques de Daniel Buren, Niele Toroni, On Kawara, Dan Graham, Sol LeWitt et d’autres.

Pour Herman Daled et ses amis, l’art était un sujet de développement philosophique. Comme le dit le commissaire du MOMA dans le film de Joachim Olender, le couple Daled était des collectionneurs d’idées. « Une salle blanche dans un Musée, où vous n’êtes pas saturé par des couleurs et des formes, mais par des questionnements extrêmement précis. On vous demande de lire une phrase dans un espace où il n’y a que cela à faire, cela a une véritable force. C’est un effet de rupture par rapport à ce qu’un Musée expose. »

L’artiste Daniel Buren, qui a d’ailleurs proposé le titre du film à Joachim Olender, « La collection qui n’existait pas » pour paraphraser son exposition au Centre Pompidou en 2002, « le Musée qui n’existait pas », raconte cette anecdote :

« Une année, j’ai proposé à Herman Daled d’acquérir une de mes oeuvres chaque mois pendant un an au lieu d’acheter plusieurs œuvres à plusieurs artistes. Il a accepté. Notre entente se terminait un 3 janvier. À la première exposition visitée, il a acquis, comme s’il avait été affamé, toutes les œuvres de l’exposition en une seule fois. J’ai compris que je l’avais frustré. Un collectionneur qui ne peut plus collectionner peut tomber malade. »

Collectionneur ? Herman Daled est agacé. Pour lui, il y a une grosse distinction entre le plaisir et l’intérêt. La beauté est un piège inévitable. Le traquenard de la beauté. Sa seule mission : Rendre service aux artistes et au public… c’est la raison pour laquelle il se réjouit de savoir qu’une partie de sa collection sera entre les bons soins du MOMA.

Voilà un grand prix bien mérité. La Collection qui n’existait pas est un film formidable où on revit une époque et on apprend énormément de choses. Bravo à Joachim Olender et à Herman Daled. Et bravo au Festival International du Film sur l’Art de contribuer à l’éducation du public qui participe chaque année à ce festival unique dans le monde.

Né à Bruxelles en 1980, Joachim Olender a étudié le droit et le cinéma à Bruxelles. Il voyage entre le cinéma, la mise en scène et l’écriture, et poursuit actuellement sa thèse à Paris 8 et au Fresnoy.

Filmographie | Bloody Eyes (2011) ; Tarnac. Le chaos et la grâce (2012).

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Le combat des chefs : Leonard Bernstein et Herbert von Karajan

C_duels-bernstein-karajanlec-6Le combat des chefs fait le parallèle entre deux géants qui ont énormément contribué à la musique : Leonard Bernstein et Herbert von Karajan. J’avoue avoir peu d’attirance pour le dernier, un chef admiré qui savait toujours où il voulait mener son orchestre et dont l’apport est majeur. Il a consacré sa vie à la direction d’orchestres. Karajan a même négocié un contrat à vie avec l’Orchestre Symphonique de Berlin tant il voulait s’investir entièrement dans ses fonctions. Perfectionniste et passionné, il est décédé en dirigeant un orchestre pendant un concert… Dans une interview, il mentionne qu’il lui faudra une autre vie pour accomplir tout ce qu’il souhaite faire avec son orchestre. Une vie ne lui suffisait pas.

Son passé (il a été membre du Parti Nazi), son orgueil concernant son image, un autoritarisme de fer et une obsession pour faire les choses à sa manière lui ont valu une mauvaise réputation qui persiste encore aujourd’hui. Plusieurs l’ont brûlé sur le bûcher des vanités, risquant d’oublier ses contributions. Si vous souhaitez en savoir plus sur ce chef d’orchestre, Tom Service a publié un excellent article dans The Guardian après la diffusion du film Karajan’s Magic and Myth de John Bridcut’s présenté aussi au FIFA.(1)

Personnellement, je suis plus attirée par la personnalité de Leonard Bernstein, pianiste, compositeur et chef d’orchestre qui était aussi un merveilleux pédagogue. Bernstein est un créateur généreux, à l’opposé de Karajan, il est très sympathique et chaleureux. Il a contribué à la renaissance du Philarmonique de New York qui était en piteux état quand il en a pris la direction. Il explique que:

« Dès que le Philarmonique de New York a pris conscience qu’il était le meilleur orchestre en termes de flexibilité, dès qu’il a compris sa capacité de passer d’une œuvre à l’autre, il a pu retrouver sa fierté et devenir le meilleur orchestre du monde. »

Leonard Bernstein, en bon leader, a trouvé la force du groupe et a misé sur cet aspect pour lui redonner vitalité et créativité, et l’accompagner dans sa réussite mondiale.

Réalisatrice de documentaires et de captations de concerts, Emmanuelle Franc a réalisé un film passionnant qui met en lumière ces deux hommes et leurs multiples contributions à une époque d’innovations importantes : la naissance des studios d’enregistrement et la télévision.

Herbert von Karajan, sous le regard bienveillant de Leonard Bernstein, nous apparaît plus sympathique. Brillantisssime, sensuel, créatif, Bernstein n’est pas seulement un compositeur, un chef d’orchestre et un professeur, Bernstein est la musique !

Un parallèle entre les deux hommes : Tous deux ont aimé et été aimés… Ils ont eu des vies conjugales heureuses. Pas mal, comme aide à la création.

Les chefs d’orchestre Leonard Bernstein (1918-1990) et Herbert von Karajan (1908-1989). Des destins aussi divergents que parallèles. Ces deux titans ont dominé le monde de la musique classique au XXe siècle, reflétant les antagonismes de leur époque. Mais ils se sont également distingués en rénovant l’industrie du disque, de la télévision et de l’opéra. L’immense talent de ces icônes des années 1970, jumelé à leur pouvoir de séduction, leur a permis de démocratiser la musique classique.

Filmographie d’Emmanuelle Franc | Alphaville, périphériques (2003) ; L’homme à l’écoute(2005) ; Les mystères d’une œuvre : Pelléas et Mélisande (2003) ;Bartok l’homme juste (2006) ; Le secret de l’homme au gant (2007) ; Menahem Pressler : la consolation (2009) ; Esa Pekka-Salonen, anti-maestro (2011).

Le Festival International du Film sur l’Art est une institution culturelle essentielle à Montréal, un festival unique au monde pour tous les amateurs d’art et de culture. Félicitations à son fondateur René Rozon qui mérite toute notre admiration et bonne chance à Natalie McNeil, la nouvelle directrice générale.

Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour découvrir ses coups de cœur et stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

(1)http://www.theguardian.com/music/tomserviceblog/2014/dec/04/herbert-von-karajan-film-john-bridcut-controversy-continues

Les écrivains et leurs mystères

11_07_9MBAgatha Christie, qui souhaitait protéger sa vie privée avait l’habitude de dire qu’on devrait s’intéresser aux livres d’un écrivain plutôt qu’à sa personne. L’excellent documentaire de Claude Ventura, Fitzgerald / Hemingway : Une question de taille, lui donne raison tant Ernest Hemingway apparaît sous un jour où, finalement, à la lecture de quelques phrases assassines, on ne souhaiterait pas l’avoir comme ami.

Mais l’amitié, comme la vie et l’écriture, sont des phénomènes complexes. Rien n’est noir ou blanc dans cet univers. Le souci pour certains, c’est lorsque leurs amis publient ce qu’ils pensent d’eux et de leurs proches. Si vous êtes une personne très secrète, ce n’est pas dit que vous aurez envie d’être l’ami d’un écrivain. Entre la réalité et la fiction, souvent tout se mélange. Un bon écrivain sait se glisser dans la peau de toutes sortes de personnages et utiliser ses expériences et celles des autres… mais s’il étale au grand jour ses opinions sur ses amis en les nommant et si, de surcroît, ces derniers sont célèbres, cela risque de faire des flammèches.

Avec ses choix de films, le Festival international du Film sur l’Art nous fait découvrir des coulisses du monde de l’art qui nous font réfléchir. Il est toujours intéressant de mieux connaître les créateurs non pas tant pour les détails croustillants de leur vie privée (en tous les cas pour Les Cahiers de l’imaginaire), mais surtout pour mieux comprendre leurs mécanismes de création.

Le documentaire de Matthew Barrett sur Agatha Christie est très intéressant à cet égard. La prolifique romancière, qui s’est passionnée pour les énigmes dès son adolescence, a développé une méthodologie. Elle commence toujours par choisir un lieu et un crime. Le suspense est maintenu jusqu’à la fin, car elle prend soin de développer des personnages qui ont tous un mobile. Ils peuvent tous être coupables. Pour résoudre l’énigme, elle a choisi un détective intelligent, maniéré et pointilleux sur les détails, qui mènera l’enquête avec brio et trouvera le coupable.

Une table et une chaise, c’est tout ce dont Agatha Christie a eu besoin pour créer. Elle a trouvé sa passion jeune : les énigmes. Et on ne change pas une méthodologie gagnante. Si en cours de route, pour se divertir, elle a changé son célèbre détective pour une femme qui ressemblait à sa grand-mère et si elle a écrit pour le théâtre… ses énigmes sont demeurées la clé de son succès. Aujourd’hui encore, la célèbre romancière détient les records de longévité avec sa pièce à l’affiche à Londres, La Souricière.

La vie d’un écrivain est souvent compliquée à cerner pour les lecteurs curieux. La reine des romans policiers, Agatha Christie, était une femme secrète qui ne souhaitait pas voir sa vie privée exposée au grand jour. Le réalisateur a eu la bonne idée de construire son récit comme une énigme. Au fur et à mesure de son enquête, Matthew Barrett nous dévoile un peu mieux qui était cette femme. Ceux qui souhaitent mieux la connaître peuvent aussi lire les six romans qu’elle a publiés, en secret, sous le nom de plume Mary Westmacott. D’excellents romans qui, selon les experts, en dévoilent davantage sur elle que ne le fait son autobiographie où elle se contente d’énumérer des faits et des dates, se préservant de laisser paraître toute émotion.

Dans un autre registre, le film de Claude Ventura sur l’amitié entre F. Scott Fitzgerald (1896-1940) et Ernest Hemingway (1899-1961) est aussi formidable. Tant de choses ont été écrites sur ces deux écrivains célèbres, j’étais curieuse de voir ce qu’on y apprendrait. Le réalisateur, pour faire évoluer l’énigme, utilise la correspondance échangée entre les deux écrivains et leur éditeur.

2_FitzgeraldC’était l’époque de la génération perdue, comme l’avait nommée la poétesse Gertrude Stein. Entre les deux guerres, les artistes se retrouvaient dans les cafés et bars de jazz à la mode à Paris ou sur une plage pendant les vacances d’été. Les plus fortunés louaient des maisons et invitaient les amis : artistes et collectionneurs se retrouvaient de fêtes en fêtes. Les mêmes scènes et images se recoupent dans les nombreux livres et films publiés sur les artistes de l’époque comme si tous s’étaient donné le mot pour être en France, l’endroit où il fallait être si on était un artiste ou un intellectuel.

Alors jeune journaliste, Ernest Hemingway est correspondant au Toronto Star. Il vit dans les quartiers populaires de Paris avec sa première femme. De son côté, Scott Fitzgerald est déjà célèbre et adulé.

Dès ses premières rencontres avec Hemingway, il s’attache à lui. Il écrit même à son éditeur pour lui recommander de publier son premier roman qu’il a révisé, et qui, remportera du succès dès sa sortie.

L’amitié entre les deux hommes semble improbable tant le jeune Ernest est viril, combattant, aventurier, boxeur, sportif, passionné de tauromachie, pêcheur, chasseur… alors que Scott est tout le contraire. Il est délicat et émotif, un vrai dandy. Avec Zelda, ils sont le couple en vue de la jeunesse dorée. Ils sont beaux et insouciants. Depuis la parution de Gatsby le magnifique, le couple mène une vie de bohème chic. Tous attendent le deuxième roman de Fitzgerald avec impatience, mais ce dernier écrit plutôt des articles et des nouvelles pour les magazines afin de subvenir aux besoins de Zelda et couvrir les frais de leur vie extravagante.

Fitzgerald est un homme fragile et tourmenté. Les fêtes et l’alcool semblent l’éloigner de sa vocation d’écrivain. Aux dires d’Hemingway qui n’aime pas Zelda, elle aurait été la cause qui l’aurait empêcher d’écrire ses livres. Zelda considérait que c’était plutôt Hemingway qui avait une mauvaise influence sur son mari. Ernest Hemingway boit tout autant que Fitzgerald, mais il est un travailleur acharné, et l’alcool ne semble pas affecter sa capacité d’écrire des livres.

Certains auteurs ont écrit que Zelda avait été la victime d’un mari dominateur et qu’elle aurait même écrit avec lui sans que ce dernier lui rende justice. Bref, la réputation de Scott Fitzgerald a été écorchée plus d’une fois. Ce documentaire est intéressant parce que nous découvrons les deux hommes au détour de phrases écrites à un ami (ou d’une indiscrétion à un éditeur ou à un journaliste) à un moment précis de leur vie. Cela permet de rendre un peu plus justice à Fitzgerald qui, malgré ses difficultés, n’abandonnera jamais Zelda qui a souffert de schizophrénie la seconde moitié de sa vie. Un homme sensible et désespéré.

Malgré leurs différences de personnalités, les deux hommes ont choisi une même finale : le suicide. Entre mépris et admiration, l’amitié entre ces deux écrivains avait tous les ressorts dramatiques pour réaliser un bon documentaire. Bien vu Claude Ventura.

De ces deux films, on peut tirer une même morale : le travail. Rien ne sert d’avoir le talent d’écrire si on ne travaille pas suffisamment. Comme l’écrivait souvent Hemingway à son ami : « Un écrivain doit écrire. » Il n’y pas de passe-droits. Une vie de création exige des périodes de vie en solitaire, il faut donc être capable parfois de se soustraire aux fêtes et à la vie.

Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

Un hub d’innovation ouverte

Un hub d’innovation ouverte dédié à l’apprentissage, la collaboration, la recherche et l’expérimentation en innovation sociale et technologique.AAEAAQAAAAAAAAejAAAAJGI1NDc0MGQ5LTRkM2EtNGIxMC05ZGQ4LTBlNjUxMjA0YmU0Ng

Montréal, le 9 mars 2016 — Communautique a tenu son Assemblée générale le 8 mars, au Carrefour d’innovation INGO de l’ÉTS, en présence d’une trentaine de membres et d’invités. Précédée d’une présentation sur les technologies de confiance offerte par Geoffroi Garon-Épaule, l’Assemblée a été suivie d’un atelier créatif et prospectif animé par Sylvie Gendreau, pour imaginer le rôle que Communautique pourra jouer socialement et pédagogiquement pour accroître la confiance dans certains modèles qui pourront contribuer à résoudre des problématiques sociales et économiques.

Le président du conseil d’administration, Daniel Lemay, a souligné avec fierté que « Communautique et son Fab Lab, échoFab, font dorénavant partie des circuits des différentes missions politiques et économiques qui veulent comprendre ce qui anime Montréal et le Québec en matière d’innovation, et la reconnaissance de son Living Lab, qui accueillera la 1ère venue en Amérique du OpenLivingLab Days 2016 à Montréal en collaboration avec le laboratoire Ageing + Communication + Technologies (ACT), l’Université Concordia, France Living Labs, le Quartier de l’innovation, avec l’appui de Tourisme Montréal. »

L’Assemblée a été l’occasion d’élire les membres du conseil d’administration, ont été réélus : Denis Falardeau, Vincent Chapdelaine, Philippe Le Roux, Gabrielle Langlois et Geoffroi Garon-Épaule qui demeurent au coté des membres en poste, le président Daniel Lemay, Raquel Penalosa et Ianik Marcil, trésorier. Une nouvelle élue les rejoint, en la personne de Sylvie Gendreau, auteure, directrice artistique, fondatrice des Cahiers de l’imaginaire et enseignante à l’École Polytechnique de Montréal, nous lui souhaitons la bienvenue. L’Assemblée a permis également de souligner l’appréciation de l’implication d’un membre sortant, monsieur Marc-Olivier Ducharme.

La rencontre s’est poursuivie lors d’un 5 à 7 de présentation du nouveau site web de l’organisme. Les membres de Communautique ont pu en apprécier son esthétisme et le contenu qui reflètent le grand dynamisme de l’organisme et que nous vous invitons à découvrir à sa nouvelle adresse :www.communautique.quebec.

Source :
Anna Rozanova, agente de communication
anna.rozanova@communautique.quebec

ANN-LOUISE DAVIDSON OU LE GÉNIE HUMAIN D’UNE CHERCHEUSE DE L’UNIVERSITÉ CONCORDIA.

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Nous prenons tellement de choses pour acquises : le langage, les signes, la perception , la communication, les routines quotidiennes, les personnes qui nous entourent… alors que tout ce qui semble si simple pour certains peut être d’une grande complexité pour d’autres.

« Les mots, c’est bien plus complexe que les chiffres. »
Ann-Louise Davidson

En entendant cette phrase lancée au milieu de la conversation, je souris. Je laisse la phrase m’habiter, comme je l’aurais fait à la lecture d’un court poème. Je suis dans un café avec une chercheure qui me parle de ses projets. Elle me passionne. J’adore tout ce qu’elle me raconte. Ann-Louise Davidson fait partie de ces professeurs qui changent le monde avec ses recherches-actions collaboratives.Screen Shot 2016-03-10 at 11.59.10 PM

Peut-être rien de spectaculaire à première vue, tant sa personnalité est discrète. Mais dès qu’on s’approche, qu’on tend l’oreille, l’addition de ses gestes homéopathiques significatifs dévoile le génie humain de cette femme à l’écoute du sensible qui enseigne et supervise les recherches de ses doctorants à l’Université Concordia. Ils ont de la chance !

À Montréal, l’Université Concordia est réputée pour faire preuve d’innovation surtout lorsqu’elle croise les disciplines et tire parti de sa grande diversité culturelle tant chez les professeurs que chez les étudiants. Pour moi qui travaille en intelligence collective et en co-création, découvrir Ann-Louise Davidson est une trouvaille. Si la recherche-action collaborative vous intéresse, je vous invite à lire quelques-uns de ses articles joints à la fin de mon billet(1) dans Votre Laboratoire créatif.

Il est intéressant de constater comment il est possible d’aider ceux qui ont un handicap à retrouver plus d’autonomie en société. Il y aurait encore plusieurs études à mener, mais déjà il ressort clairement qu’il vaut mieux accorder plus d’importance aux processus qu’aux résultats, et ne pas hésiter à utiliser les technologies et les nouveaux médias pour accompagner ce parcours d’apprentissage collaboratif. « Depuis que la désinstitutionnalisation gagne du terrain dans les pays les plus riches du monde, les processus d’intégration communautaire et résidentielle attirent l’attention de plusieurs », explique la chercheuse.

Mais qui aurait pu prévoir qu’après son combat pour financer une recherche collaborative avec huit personnes vivant avec une déficience intellectuelle, la diffusion d’un communiqué sur son projet par l’université, ferait le tour du monde et la manchette dans plusieurs langues ? Voici quelques traces…

Welfare Societa Territorio, Welfare Society Territory, Parent Herald,

Science CodexPhys OrgScience NewslineBig News NetworkBusiness StandardThe Health SiteThe StatesmanNDTVET TelecomLive Work PlayIANS liveTimes of IndiaDaiji WorldIndia.comMed IndiaJagran PostThe Siasat DailyOne IndiaSilicon India NewsThe Punjab News ExpressNew KeralaOdisha Sun TimesSakshi PostDeccan HeraldHealth, Medical and Science UpdatesNewswiseBGRKaumudiLive Mint.

The Municipal Information Network,  AMEQ en ligneMedical News TodayWN.com et Noodls.

En Inde, The Time of India , The Hans IndiaVishwa GujaratIndians PlanetEenadu IndiaCan India NewsNew York IndianLegal EraNyoozCellular NewsGizbot,Technobahn.

Et je prédis que nous sommes seulement au début du raz de marée ! Voilà une excellente nouvelle pour toute personne ayant des déficiences intellectuelles et les chercheurs qui se passionnent pour la recherche-action collaborative et la co-création. Il est évident qu’il faut financer de plus en plus de telles recherches et soutenir les travaux d’Ann-Louise Davidson.

Vous êtes curieux ? Pourquoi un tel buzz ? Découvrez l’intelligence sensible de son approche et les vidéos qu’elle a réalisées avec les personnes ayant des déficiences intellectuelles… vous verrez à quel point, c’est prometteur pour une société du mieux-vivre ensemble.

 

Qu’est-ce qu’un humain ?

calins-2 (1)La première édition de la Nuit des robots est derrière nous. Je suis encore sous le charme des autres, de leur gentillesse, des sourires et de l’esprit d’entraide qui nous a animés. J’aime la coopération lorsqu’elle a cette douceur, cette odeur. Pour ceux parmi vous qui n’étiez pas avec nous lors de cet événement… revivez-le : Le Making Of, Une équipe de rêve et L’aube se lève .

En écrivant ces posts synthèses, je regarde les photos, cela me rappelle ce que l’on ressent lorsqu’on est amoureux. Les molécules qui se libèrent et qui nous font planer. Quel amoureux pourra dire le contraire ? Comme si notre organisme était un véritable petit labo d’hormones étonnantes. « Nous sommes programmés pour être dépendants à l’autre, aveuglés par l’amour, car nous sommes conditionnés par le besoin », explique Michel Reynaud, psychiatre et professeur de psychiatrie, spécialiste des addictions lors d’une interview à la revue Psychologie.

« Besoin de fusionner, de faire le plein de plaisir physique et de sécurité affective. Tout commence avec la testostérone, l’hormone du désir sexuel, produite par les hommes et par les femmes. À cette production succède celle de lulibérine, l’hormone libérée au début de la relation sexuelle. C’est elle qui pousse à rechercher toujours plus de contact et de caresses. Vient ensuite l’explosion d’endorphines au moment de l’orgasme, qui modifie radicalement l’état de conscience ordinaire : euphorie ou extase, ces molécules nous font décoller. Mais en même temps que les sens et la conscience s’affolent, nous produisons de l’ocytocine, l’hormone de l’attachement. Et c’est ainsi que le plaisir devient amour. « Toutes ces hormones qui travaillent en surrégime produisent de la dopamine, qui booste ce que l’on appelle le “circuit de la motivation”, poursuit Michel Reynaud. C’est la dopamine qui nous pousse à agir, à oser, à relever des défis. » C’est aussi sa chute, générée par l’absence ou l’abandon de l’objet d’amour, qui nous fait des nœuds à l’estomac, nous déprime plus ou moins sévèrement selon notre structure psychoaffective et notre capacité à gérer le manque. »1

Voilà quelque chose que les robots auront du mal à imiter. Et que dire de l’alchimie amoureuse inconsciente : « Dans l’état amoureux, nous vivons une forme de régression qui réactive le premier lien affectif fusionnel — avec la mère ou, au contraire, le répare s’il a été défaillant », explique Marie-Laure Colonna, psychanalyste et philosophe. En état d’amour, la réalité ordinaire se dilate, toutes les portes — en soi et autour de soi — semblent s’ouvrir, les émotions s’intensifient, la banalité se dissout dans l’euphorie. »2

« L’état amoureux est un état hallucinatoire qui nous invite à décrocher temporairement de la pesanteur du réel… C’est un authentique état modifié de conscience : pour celui qui aime, l’être le plus anodin se transforme en héros magnifique. »3

Serons-nous un jour capable de programmer un robot pour lui faire ressentir ces états ? Se poser la question : Qu’est-ce qu’un humain ? fait appel à ces réflexions comme le montrent les commentaires des participants à la Nuit des robots dans le post L’aube se lève.

Un câlin par jour devrait suffire pour traverser l’hiver!”

— Sheldon Cohen

« L’éducation a appris à notre corps à se cadenasser. Cet élan — celui d’étreindre l’autre — nous le refrénons par crainte du jugement, par peur du ridicule, de la méprise ou par respect d’une certaine morale, explique Céline Rivière, psychologue clinicienne, auteure de La câlinothérapie, une prescription pour le bonheur (Michalon Editeur, 2015). Le toucher est devenu aseptisé. Et si c’était une erreur ? Et si nous étions devenus malades de ne pas suivre nos pulsions bienveillantes ? »4

« Le démonstratif, ou le discret amateur de câlins, serait moins sujet à la déprime, aux rhumes sévères et à la grippe. Le câlin contribue à la production de l’ocytocine, hormone-clé de notre bien-être qualifiée de « nectar de guérison » par la chercheuse suédoise, Kerstin Uvnäs. « Elle est à l’amour et à l’attachement ce que l’adrénaline est au stress et à l’agressivité », explique Mme Rivière. Son niveau dans le sang « est directement lié à notre capacité de gestion du stress et à la qualité de nos relations sociales (…) Le toucher si particulier du câlin accroît les capacités de défense de l’organisme et relance globalement l’ensemble des fonctions du corps mais, plus profondément encore, il reconnecte au sentiment de bien-être parce qu’il relie l’individu à lui-même, aux autres et à la réalité de son environnement. ».

« Selon les travaux du chercheur américain Sheldon Cohen de l’Université de l’université Carnegie-Mellon de Pittsburgh (Pennsylvanie), le lien social induit dans les câlins contribue, à lui seul, à booster le système immunitaire. »

Dès la diffusion de ces informations, des esprits créatifs et entrepreneurs n’ont pas mis longtemps à ouvrir des bars à câlins. Au Japon aux États-Unis, à Paris… voilà un nouveau service auquel les robots auraient eu du mal à penser. À la question, quels problèmes menacent le plus l’humanité, lors de la nuit des robots, la déconnexion sociale, le manque de liens humains sont ressortis…

C’est un angle que nous avons voulu traiter d’entrée de jeu, et cela a fonctionné ! Je remercie toutes les personnes, pour leur humanité, pendant l’élaboration, l’organisation et la réalisation de La Nuit des robots… Je remercie tous les participants d’avoir joué le jeu. Ce fut une très belle expérience humaine, créative, apprenante et chaleureuse.

Continuez à nous écrire, Qu’est-ce qu’un humain  : #nuitdesrobots

 Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Elle était la directrice artistique de la Nuit des robots qui s’est déroulée pendant la Nuit blanche de Montréal le samedi 27 février 2016. Pour stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

Sources :

1-2-3 http://www.psychologies.com/Couple/Seduction/Tomber-amoureux/Articles-et-Dossiers/Pourquoi-c-est-si-bon-d-etre-amoureux

4-En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/m-perso/article/2016/01/20/cinq-raisons-de-ne-pas-delaisser-les-calins_4850703_4497916.html#hGSVqylVE4ruYoFW.99

Nina sauve une vie !

#NUIT DES ROBOTS  #NUIT BLANCHE pour les grands et les petits…

— SAMEDI, 27 FÉVRIER À MONTRÉAL, de 21h00 à minuit !

Nuit blanche à l’échoFab, au cœur du Quartier de l’innovation, 355 rue Peel (intersection rue William), de 21h00 à minuit. Une première Nuit des robots ! Événement gratuit, venez nombreux en famille et entre amis.

NINA ne vivra que quelques minutes pour sauver une vie… elle n’existe pas encore tout à fait dans la réalité … elle est encore en gestation dans le laboratoire du professeur Sylvain Martel, directeur du département de NanoRobotique de l’École Polytechnique de Montréal… et il n’y avait qu’un pas à franchir pour vous la faire découvrir pendant la #nuitdesrobots.

Il était une fois un vase de Pétri. Dans ce tout petit enclos, de forme circulaire, règne un désordre sans nom.  À l’oeil nu rien ne se voit. Mais au microscope ! Des milliers et des milliers de petites bactéries foncent dans toutes les directions.

Loin, très loin de là, dans un lit d’hôpital, une petite fille contemple, à travers la fenêtre, la lune et les étoiles. Le ciel est sans nuages. Il y a des milliers et des milliers de petites étoiles qui scintillent. Quand soudainement une étoile filante traverse le ciel.

Elle a juste le temps de faire un souhait, puis retourne sa tête avec difficulté sur l’oreiller pour chuchoter à sa poupée qui dort près d’elle.
— Ah ! Je te l’avais bien dit : demain est un grand jour ! Tu verras tout ira bien, nous rentrerons à la maison, tournant sa poupée vers le ciel pour qu’elle puisse voir les étoiles.

Dans le laboratoire, un chercheur se concentre. Avec d’infinies précautions, il insère le contenu du vase de Pétri dans un petit contenant invisible à l’oeil nu, mais suffisamment vaste pour contenir des centaines de bactéries.

Les minutes sont comptées. Il ne dispose que de très peu de temps pour quitter le laboratoire et se rendre à la chambre de la patiente. Un petit point s’installe dans le champ de mire du microscope. Mais il disparaît aussitôt.  Ça y est, le petit point vient de glisser dans le contenant avec ses compagnons.

Le petit point, c’est Nina ! Une bactérie qui a une mission à accomplir.

Même si elles sont des milliers, Nina est unique. Ce n’est pas parce qu’on est une bactérie qu’on n’a pas de personnalité ! Ronde et petite, elle se déplace en secouant ses flagelles…

Sur son dos, elle porte un colis précieux qu’elle doit livrer en 40 minutes seulement ! Pour un être humain, ce n’est pas très long, mais pour une bactérie comme Nina, c’est le projet de toute une vie. Nina se redresse, elle doit jouer des coudes pour se frayer un chemin et atteindre son transporteur.
— Vite, vite, je suis pressée, moi !

Nina parviendra-t-elle à ses fins ? Vous le saurez pendant la #nuitdesrobots.

Venez découvrir le conte inspiré des recherches du professeur Martel et des bactéries pendant  la #nuitblanche. Un événement WOW ! co-réalisé en intelligence collective avec les équipes de Communautique et des Cahiers de l’imaginaire, des artistes, des makers, des geeks et des citoyens de tous âges et de toutes disciplines qui ont imaginé des histoires futuristes avec les robots. Nous vous attendons chez échoFab, au cœur du Quartier de l’innovation, 355 rue Peel (à l’intersection de la rue William), de 21h00 à minuit. Nous comptons sur votre imaginaire pour inventer d’autes histoires avec nous.

 Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Elle est la directrice artistique de la Nuit des robots qui se déroulera pendant la Nuit blanche de Montréal le samedi 27 février 2016. Abonnez-vous à son blog pour suivre  les suites de toutes ces créations collectives. 

Le Deep Learning ou apprendre à apprendre aux robots #nuitdesrobots #nuitblanche

Le « Deep learning » est un ensemble de méthodes d’apprentissage automatique développées pour les machines.

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Le fonctionnement de cette méthode (il en existe plusieurs variantes) repose sur une succession d’analyses qui évoluent progressivement : du plus petit au plus grand. Le tout débute par une reconnaissance d’informations simples, le plus souvent visuelles — songez à des ensembles de petits points regroupés les uns avec les autres. Ces points sont assemblés en des contours plus ou moins reconnaissables. Ces contours sont ensuite assemblés en des motifs. Et finalement ces motifs constituent des objets que le système parvient à identifier.

Un système de Deep Learning améliore ses performances avec le temps. Il doit tout d’abord être accompagné. Son apprentissage se fait avec l’aide d’un être humain en chair et en os qui met à la disposition du système son expertise. Le système doit passer cette étape d’apprentissage s’il veut exécuter lui-même de nouvelles tâches et acquérir de nouvelles compétences.

Lors de cet apprentissage, l’accompagnement humain est parfois impossible. C’est le cas, par exemple, lorsqu’il s’agit de traduire en une série de mots les signaux sonores provenant de la voix humaine car ses intonations, selon le locuteur, peuvent varier à l’infini.

Il faut alors passer du mode « manuel » au mode « automatique ». Le système commence son apprentissage sous supervision. L’accompagnateur indique au système si son identification correspond à la réalité — s’agit-il bien d’un chien sur une image ; ou les mots reconnus sont-ils ceux que le locuteur vient de dire. Ensuite, après avoir rectifié à plusieurs reprises les résultats et ajusté les paramètres, le système est en mesure de généraliser. Il passe en mode automatique. Il est alors en mesure de reconnaître un chien qu’il n’a jamais vu, ou de comprendre les intonations d’une voix qu’il n’a encore jamais entendue.

Reprenons en ajoutant cette fois-ci quelques détails additionnels. Lorsqu’un système de Deep Learning est en opération, deux dispositifs sont à l’oeuvre : (1) un extracteur de caractéristiques ; (2) un classifieur entraînable.

Puisque l’extracteur de caractéristiques est difficile à construire en mode manuel et qu’il doit être repensé pour chaque application, un Deep Learning en mode automatique est mis à contribution. Le processus d’entraînement, en mode automatique, est subdivisé en plusieurs modules.

Pour une application donnée, et pour chaque exemple traité, tous les paramètres de tous les modules sont ajustés de façon à ce que le résultat s’accorde le plus fidèlement possible à la bonne réponse. Il est temps maintenant d’expliquer le qualificatif « Deep » ou « profond ». Il s’explique par le grand nombre de modules successifs : du plus petit détail (la texture du poil, s’il s’agit d’un chien) aux motifs plus complexes (les pattes, le museau, etc.).

À chaque étape, un gradient est calculé. Le gradient mesure l’impact qu’auront les paramètres d’ajustement sur le niveau d’erreur entre le résultat du système et la bonne réponse. On appelle ce dispositif un réseau neuronal multicouches. À l’instar d’un neurone, le système ne soumet son résultat que lorsqu’un certain seuil est franchi.

Le grand avantage du Deep Learning est qu’il permet de construire une représentation hiérarchique du monde et que, par conséquent, il n’est pas nécessaire de concevoir un nouvel extracteur pour chaque application. C’est le système lui-même qui s’en chargera en débutant avec des contours, qui deviendront des motifs, qui à leur tour, constitueront des parties d’objets pour finalement former des objets entiers.

Le Deep Learning est déjà à l’oeuvre autour de nous : les voitures sans chauffeurs, l’imagerie médicale. Pour l’instant, qu’il soit manuel ou automatique, l’apprentissage est supervisé. Et le « Deep Learning » n’est utilisé que pour l’exécution de tâches spécialisées. Seul l’apprentissage non supervisé ouvrira la voie à une véritable intelligence : l’intelligence de l’homme, des dauphins, des baleines. Une intelligence qui requiert à la fois une mémoire en évolution, une capacité de planification et de prédiction. Une machine véritablement intelligente sera capable de saisir l’environnement dans lequel elle se trouve, de comprendre ses lois, de connaître les contraintes auxquelles cet environnement est assujetti. Elle devra en « savoir » assez pour expérimenter elle-même, sans être supervisée, et développer ainsi un savoir prédictif de ce qui pourrait se produire si…

L’apprentissage non supervisé est le Graal des chercheurs en intelligence artificielle. Vous êtes curieux d’échanger sur ces sujets qui impacteront notre avenir ?

Venez rencontrer des doctorants de l’École Polytechnique de Montréal, des bacheliers de l’École de Technologie Supérieure et les Ingénieuses à la #Nuitsdesrobots #Nuit blanche, le samedi 27 février 2016, de 21h à minuit.

Un événement WOW ! co-réalisé en intelligence collective avec les équipes de Communautique et des Cahiers de l’imaginaire, des artistes, des makers, des geeks et des citoyens de tous âges et de toutes disciplines qui ont imaginé des histoires futuristes avec les robots. Nous vous attendrons chez échoFab, au cœur du Quartier de l’innovation, 355 rue Peel (à l’intersection de la rue William), de 21h00 à minuit. Une première Nuit des robots exceptionnelle. L’événement est gratuit, venez nombreux en famille et entre amis.

 Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Elle est la directrice artistique de la Nuit des robots qui se déroulera pendant la Nuit blanche de Montréal le samedi 27 février 2016. Abonnez-vous à son blog pour suivre le dévoilement des activités.

Les robots sont-ils capables d’empathie ?

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Les robots sont-ils capables d’empathie ? par Sylvie Gendreau et Pierre Guité

Quoi qu’on en dise, nous nous attachons facilement. Nous projetons nos émotions partout autour de nous, y compris sur les objets qui nous entourent. Alors pourquoi pas sur les robots qui font leur apparition et envahiront de plus en plus nos maisons et nos lieux de travail au cours des années à venir ?

Les relations que nous entretiendrons avec eux pourraient poser problème. Les conflits qu’ils pourraient engendrés sont déjà largement traités au cinéma : Her, Ex Machina, Black Mirror

À l’écran, les protagonistes des films ou des séries télé qui viennent d’être mentionnés sont soit des logiciels très sophistiqués ou encore des cyborgs ou des humanoïdes dont la ressemblance humaine est troublante.

Mais il n’est pas nécessaire que les robots nous ressemblent pour que nous ressentions si c’est de l’affection ou du moins une certaine forme d’attachement. Il suffit de peu pour que notre empathie entre en action.

Selon le Dr Serge Tisseron, psychiatre, il existe trois types d’empathie :

(1) L’empathie affective : le nouveau-né qui reconnaît les mimiques de sa mère et tente de les reproduire. Nous acquérons cette forme d’empathie dès l’âge d’un an.

(2) L’empathie cognitive : l’enfant ne fait pas que reconnaître les mimiques de sa mère ou des adultes qui l’entourent, il les comprend. Cette forme d’empathie est acquise dès l’âge de quatre ans.

(3) L’empathie émotionnelle : à ce stade, l’humain est capable de se mettre émotionnellement à la place de l’autre et de ressentir ce que l’autre éprouve. Cette forme d’empathie s’acquiert grâce à l’éducation et elle est à la base du sens de la morale et de la justice.

Les robots peuvent être programmés pour atteindre les stades 1 et 2. Il s’agit d’empathie artificielle. Passer au stade 3 exigerait une mémoire évolutive, une capacité de raisonnement et un niveau de compétence élevée. L’empathie du robot est une empathie de simulateur. Piqués au vif, comme le souligne le Dr Tisseron, les robotisions rétorquent alors que les humains sont eux-mêmes de redoutables simulateurs.

Si on pousse le raisonnement un peu plus loin, certains pourraient aussi affirmer qu’un robot doté d’une empathie artificielle de stade 2 est amplement suffisant. Après tout, les relations avec un tel robot ne seraient pas conflictuelles. Le robot serait programmé pour être complaisant à notre égard. Il nous complimenterait. Son attitude, ses remarques seraient conformes à nos attentes. À tel point qu’il y aurait fort à parier que nous éprouverions rapidement à son égard une forme de dépendance. Serge Tisseron nous met en garde, il ne s’agirait que d’un robot Nutella. Mais là encore, beaucoup préfèrent le Nutella au véritable chocolat (et pas seulement à cause du prix).

Il existe trois éléments fondamentaux de l’existence : l’estime de soi ; penser que nous aimons et que nous sommes aimés ; et exercer nos talents et nos droits citoyens. L’empathie de stade 3 est au coeur de ces fondements et fait de nous des êtres imprévisibles. Les robots n’ont pour l’instant par d’estime de soi ; ils n’ont pas encore de droits ; et il n’existe pas, du moins pour l’instant, de réciprocité émotionnelle.

Les fabricants, eux, ne voient pas la chose de cette façon. Ils font tout pour nous convaincre que leurs robots ont du coeur, qu’il s’attachera rapidement à nous, qu’ils sauront nous écouter, qu’ils pourront être nos confidents.

Outre le fait que cette publicité n’est pas fondée (on veut nous vendre une empathie de stade 3 alors qu’il s’agit au mieux d’un stade 2), le robot complaisant et confident auquel on s’attachera pourrait rapidement s’avérer un redoutable collecteur de données personnelles et un manipulateur redoutable cherchant à nous faire consommer tel ou tel produit ou tel ou tel service. Notez au passage que les robots nouvelle génération ne sont pas totalement autonomes. Ils sont tous reliés à des réseaux. À ceux des entreprises qui les ont fabriqués et bientôt à des communautés de robots avec lesquelles ils échangeront massivement des données.

Bienvenue à Pepper ! Ne me dites pas que vous ne le trouvez pas craquant ? Le robot avec un coeur. Comme le suggère la pub. Il est fabriqué par SoftBank et il fait un malheur au Japon où il vient d’être introduit. Il exprime ses états émotionnels grâce à une tablette graphique pendue à son cou. Un système de reconnaissance visuelle lui permet de repérer par les gestes les états émotionnels élémentaires et de réagir en proposant un jeu ou un commentaire.  Il dispose de plus de 200 applications : danses, jeux, histoires à raconter pour les enfants. Sa conversation est quelque peu limitée, mais il s’agit de ses premiers pas vers le stade 1…

Venez poursuivre la conversation avec nous #nuitdesrobots #nuitblanche, le samedi 27 février 2016, de 21h à minuit chez échoFab, 355 rue Peel (Intersection rue William).


Références

Barakova, E.I. et al. Expressing and interpreting emotional movements in social games with robots. Pers Ubiquit Comput (2010) 14:457–467.

Continent Science. France Culture. Février 2016. Interview de Serge Tisseron, Psychiatre. L’univers Androïde.

Demetriou, Danielle. My weekend with Pepper, the world’s first humanoid robot with emotions. The Telegraph, Nov. 2015.

Un robot peut-il écrire de la poésie ?

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Dessin : Pierre Guité. Un robot peut-il écrire de la poésie par Sylvie Gendreau

#NUIT DES ROBOTS  #NUIT BLANCHE

— SAMEDI, 27 FÉVRIER À MONTRÉAL, de 21h00 à minuit !

Nuit blanche à l’échoFab, au cœur du Quartier de l’innovation, 355 rue Peel (coin de William), de 21h00 à minuit. Une première Nuit des robots exceptionnelle ! Événement gratuit, venez nombreux en famille et entre amis, vous allez adorer !

Le chercheur Oscar Schwartz s’est posé la question : « Un ordinateur peut-il écrire de la poésie ? » Et vous, qu’en dites-vous ?

Vous y pensez pendant une minute, et tout à coup, vous vous posez une multitude d’autres questions telles que : Qu’est-ce qu’un robot ? Qu’est-ce que la poésie ? Qu’est-ce que la créativité ? Des questions complexes que des personnes peuvent prendre une vie pour essayer d’y répondre.

Cette question provocatrice a conduit Oscar Swartz à imaginer un test de Turing de la poésie que vous pouvez vous compléter sur son site bot or not.

Pendant le premier exercice, il présente deux poèmes ; l’un est écrit par un être humain, l’autre est le résultat d’un algorithme. Il a fait vivre l’expérience au public lors de sa conférence TED. Le public devait deviner lequel avait été écrit par un humain.

On essaie ?

Poème 1 :

Little Fly / Thy summer’s play, / My thoughtless hand / Has brush’d away. Am I not / A fly like thee? / Or art not thou / A man like me?

Poème 2 :

We can feel / Activist through your life’s / morning / Pauses to see, pope I hate the / Non all the night to start a / great otherwise (…)

Que répondez-vous ?  Lequel de ces deux poèmes a été écrit par un être humain ?

J’espère que vous avez choisi le premier, car il s’agit d’un poème de William Blake alors que le deuxième a été écrit par un algorithme à partir des données d’une journée de la page Facebook d’Oscar Swartz. À ce premier exercice, la majorité des personnes a choisi la bonne réponse. OUF !

On passe au prochain exercice… Prêts ?

Poème 1 :

A lion roars and a dog barks. It is interesting / and fascinating that a bird will fly and not / roar or bark. Enthralling stories about animals are in my dreams and I will sing them all if I / am not exhausted or weary.

Poème 2 :

Oh! kangaroos, sequins, chocolate sodas! / You are really beautiful! Pearls, / harmonicas, jujubes, aspirins! All / the stuff they’ve always talked about (…)

Cette fois, le public a répondu de manière plutôt égale, une répartition 50/50. C’était beaucoup plus difficile. Le premier poème a été généré par un algorithme appelé Racter, qui a été créé dans les années 1970, et le second poème a été écrit par le poète Frank O’Hara.

Ce que le chercheur nous fait faire ici est un test de Turing pour la poésie. Le test de Turing a été proposé par Alan Turing, en 1950, afin de répondre à la question, un ordinateur peut-il penser ? Alan Turing croyait que si un ordinateur était en mesure d’avoir une conversation en mode texte avec un être humain, avec une telle maîtrise de sorte que l’homme ne peut pas dire s’il parle à un ordinateur ou un être humain, alors l’ordinateur peut être qualifié de faire preuve d’intelligence.

En 2013, avec son ami Benjamin Laird, Oscar Swartz, a créé un test de Turing pour la poésie en ligne sur leur site bot or not. C’est le jeu auquel nous venons de jouer. On vous présente un poème, et vous ne savez pas si cela a été écrit par un être humain ou un ordinateur et vous devez deviner. Des milliers et des milliers de personnes ont passé ce test en ligne, permettant aux chercheurs d’obtenir des résultats intéressants.

Quels sont ces résultats? Eh bien, Turing a dit que si un ordinateur pouvait tromper un humain 30 pour cent du temps qu’il était un être humain, alors il passe le test de Turing pour l’intelligence. Avec les poèmes, sur la base de données collectées sur bot or not, 65 pour cent des participants ont été dupés, pensant que les poèmes avaient été écrits par un être humain alors qu’ils étaient le résultat d’algorithmes. Donc, selon la logique du test de Turing, on peut dire oui, un robot peut écrire de la poésie.

Si vous vous sentez un peu mal à l’aise avec cette réponse, le chercheur nous propose un dernier exercice. Vous êtes prêts ?

Poème 1 :

Reg flags the reason for pretty flags. / And ribbons. Ribbons of flags / And wearing material / Reasons for wearing material. (…)

Poème 2 :

A wounded deer leaps highest, / I’ve heard the daffodil I’ve heard the flag to-day / I’ve heard the hunter tell; / ‘Tis but the ecstasy of death, / And then the brake is almost done (…)

Répondez-vous comme la majorité que le premier poème est le résultat d’un algorithme ? Si oui, vous serez étonné d’apprendre que l’auteure n’est nulle autre que la célèbre poétesse Gertrude Stein.  Alors que le poème 2 a été généré par un algorithme appelé RKCP, conçu par Ray Kurzweil, directeur de l’ingénierie chez Google, un défenseur de l’intelligence artificielle. Vous donnez au programme RKCP un texte source, il analyse le texte afin de savoir comment le langage est utilisé, puis il récrée un texte à partir de ces données. Dans le deuxième poème, celui que vous avez sans doute pensé qu’il avait été écrit par un humain, l’algorithme a recréé un texte à partir d’un ensemble de poèmes de la poétesse Emily Dickinson. Le programme a analysé sa façon d’utiliser le langage, il a appris le modèle, et s’en est inspiré pour recréer un modèle conformément à cette même structure. La chose importante à savoir sur RKCP, c’est qu’il ne connaît pas le sens des mots qu’il utilise. La langue est juste sa matière première, le texte pourrait être en chinois, en suédois, il pourrait être recueilli à partir de votre page Facebook alimentée pendant une journée, il représente juste la matière première. Et pourtant, il est en mesure de créer un poème qui semble plus humain que le poème de Gertrude Stein. Ce que les chercheurs ont fait ici, c’est un test de Turing inversé.

Donc, Gertrude Stein, qui est un être humain, est capable d’écrire un poème qui trompe la majorité des juges humains, pensant qu’il a été écrit par un ordinateur. Par conséquent, selon la logique du test de Turing inverse, Gertrude Stein est un ordinateur !

Envie de poursuivre une conversation sur le sujet… rejoignez-nous chez échoFab, le samedi 27 février, de 21h à minuit. #nuitdesrobots #nuitblanche

Sylvie Gendreau est la directrice artistique de la nuit des robots.

Lutter ‘créativement’ contre le cancer

Si j’étais fortunée (ou si je le deviens), je prendrais 5 millions de dollars et je les offrirais au professeur Sylvain Martel sans rien lui demander en retour. Sauf peut-être un reçu d’impôt pour un don pour la recherche qui lutte contre le cancer.
Lorsque j’enseigne la créativité et l’innovation aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal, j’ai un rêve secret. J’espère toujours que certains d’entre eux auront la passion et le courage de changer le monde ‘positivement’ par leurs recherches et leurs découvertes.
Mon travail consiste à leur donner des clés et des méthodes pour les encourager à bien se connaître, car sans motivation intrinsèque, point de succès possible ; à cultiver un état d’esprit créatif, curieux et ouvert ; à développer des compétences individuelles et collectives qui leur permettront de réussir ; à bien maîtriser les connaissances dans leur domaine et les outils et procédés qui les mèneront à bon port. Et surtout ne jamais oublier d’Apprendre à apprendre, la clé de tout !

Passion, obsession, courage et persévérance…  sont les expressions qui reviennent sans cesse dans les histoires de découvertes et d’innovations. Il ne faut jamais baisser les bras quand des nuages noirs se pointent à l’horizon, et se rappeler que seul, on ne peut rien, nous avons besoin des autres pour avancer.

Un homme incarne toutes ses qualités ! Il s’agit du professeur Sylvain Martel qui a reçu son doctorat en génie électrique de l’Université McGill, de l’Institut de génie biomédical, Montréal en 1997. Après des études postdoctorales à l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT), il a été nommé chercheur au Laboratoire Bioinstrumentation, Département de génie mécanique au MIT. De février 2001 à septembre 2004, il a eu deux nominations au MIT et était professeur adjoint au Département de génie électrique et informatique, et de l’Institut de génie biomédical à l’École Polytechnique de Montréal (EPM). Il est actuellement professeur au Département de génie informatique et de l’Institut de génie biomédical, et directeur du Laboratoire de NanoRobotique au EPM qu’il a fondée en 2002.

Le professeur Martel, titulaire de la Chaire de recherche du Canada (CRC) Micro / nanosystèmes développement, fabrication et validation depuis 2001, a rédigé plus de 200 publications scientifiques, détient plusieurs brevets et donne de  nombreuses conférences chaque année. Il est un membre actif dans de nombreux comités internationaux et organisations à travers le monde. Son expertise principale est dans le domaine de la nanorobotique, micro- et nano-systèmes, et le développement de nouvelles plates-formes instrumentées et une variété de technologies de soutien connexes, ciblée principalement pour des applications biomédicales et de la bioingénierie et nanotechnologie. Il possède une vaste expérience dans l’électronique, l’ingénierie informatique, et a également beaucoup travaillé en génie biomédical et mécanique.

Dans le passé, M. Martel a développé plusieurs systèmes innovants dont le premier ordinateur parallèle spécialisé pour les micro-interventions chirurgicales à distance, de nouveaux systèmes médicaux utilisés dans le monde entier pour les applications cardiaques directes isochrones et isopotentielles capables d’opérer sous défibrillations cardiaques et permettant de guider les cardiologues afin de mieux comprendre ce qui cause des morts subites cardiaques et la fibrillation auriculaire. Il a développé de nouveaux types d’ordinateurs et réseaux, des centaines d’autres systèmes électroniques, y compris les systèmes de contrôle en réseau dynamiquement reconfigurables, et développé avec des neurologues de renommée internationale à l’Université Brown, de nouveaux implants cerveau-machine et des interfaces.

Impressionnant, n’est-ce pas ? Malgré toutes ses occupations, il a eu la générosité de s’entretenir plus d’une heure avec mes étudiants. Le professeur Martel explique qu’il ne pratique pas de micro-management, les étudiants qui constituent l’équipe de son laboratoire ont chacun leur discipline et leur sujet de recherche. Ils sont encouragés à être autonomes et à prendre des initiatives si cela peut faire avancer les résultats globaux du laboratoire. Assisté de son bras droit, Charles Tremblay, il joue le rôle d’un chef d’orchestre auprès d’une équipe hautement multidisciplinaire.


Le cancer, l’affaire de tous !

Nous sommes tous concernés par le cancer. L’American Cancer Society rappelle qu’un homme sur deux et une femme sur trois risquent de développer un cancer au cours de sa vie.

Des solutions existent bien sûr. Mais les thérapies actuelles, quelles qu’elles soient (chirurgie, radiation, chimiothérapie, hormonothérapie, etc.) sont loin de garantir la guérison et présentent toutes des effets secondaires importants.

Ces thérapies déploient une panoplie d’agents thérapeutiques à travers l’ensemble de l’organisme pour n’atteindre qu’une seule chose : la tumeur cancéreuse. Faute de pouvoir cibler de manière précise la zone infectée, elles inondent tout le corps d’agents thérapeutiques qui ont des effets nocifs considérables sur les zones saines.

Il n’est pas facile de cibler les tumeurs cancéreuses. Il existe trois stratégies de ciblage pour acheminer les agents thérapeutiques : (1) accéder le plus près possible de la tumeur à l’aide d’un cathéter, (2) injecter les agents et moduler le flux sanguin, (3) recourir à des microparticules magnétiques thérapeutiques pour transporter les médicaments vers la zone visée.

L’équipe du professeur Sylvain Martel, directeur du laboratoire de Nanorobotique de l’École Polytechnique de Montréal a opté pour la troisième voie et utilise de tout petits transporteurs qui sont introduits dans le réseau sanguin.

Concevoir de tels transporteurs n’est pas une sinécure. Le cahier des charges est pour le moins exigeant :
(1) Tout d’abord la taille : quelques microns tout au plus — il est nécessaire que les microtransporteurs puissent voyager à l’intérieur de vaisseaux sanguins très étroits.

(2) Les microtransporteurs doivent être dotés d’un dispositif de guidage externe puisqu’ils ne disposent pas de l’information nécessaire pour se rendre d’eux-mêmes à l’endroit où se trouvent les tumeurs.

(3) Même s’ils ne connaissent pas d’avance leur destination, ils doivent quand même posséder une certaine autonomie pour pouvoir naviguer à vue — sans instruments en quelques sorte — afin de contourner les obstacles et pouvoir bifurquer au bon endroit au fur et à mesure de leur progression.

(4) Ils doivent disposer de l’énergie requise pour ne pas tomber en panne en cours de route.

(5) Ils doivent évidemment pouvoir embarquer la trousse de molécules requises pour éliminer les cellules cancéreuses une fois arrivées sur place.

(6) Et ils doivent être dotés d’une puissance de propulsion suffisante pour finalement se faufiler à l’intérieur d’une tumeur, là, où justement les agents thérapeutiques traditionnels ont de la difficulté à pénétrer.

À l’heure actuelle, cette liste d’exigences va bien au-delà de ce qu’un ingénieur en robotique est en mesure de réaliser. L’équipe du professeur Martel a alors songé à demander l’aide d’un petit transporteur biologique déjà existant : une bactérie magnétotactique appartenant à la souche MC-1. Elle a un diamètre de un à deux microns et dispose de deux flagelles très efficaces et d’un petit moteur rotatif qui lui permet de se déplacer avec une grande rapidité. Outre sa forme ronde, ce qui la rend encore plus sympathique est le fait qu’elle ne présente aucun problème de toxicité.

Bref, la bactérie MC-1 est un candidat prometteur ! Selon le professeur Martel, l’équiper des agents thérapeutiques ne présente pas de problème majeur, mais lui indiquer la route à suivre est plus compliqué. La bactérie possède une chaîne de nanoparticules d’oxydes de fer sensibles à des champs magnétiques de faible intensité. Il ne lui manque qu’une boussole. C’est sur le patient lui-même et plus spécifiquement à l’endroit même où se situe la tumeur qu’on installe ce qui deviendra le pôle magnétique, la boussole qui orientera la bactérie dans sa course.

Le voyage peut commencer. On doit prendre quelques précautions et se munir d’un dispositif d’aide à la navigation assez complexe. Les bactéries sont d’abord injectées dans le système sanguin à l’aide d’un cathéter, le plus près possible de la tumeur à traiter. Il y a de bonnes raisons à cela :

(1) Éviter que les bactéries s’essoufflent dans des vaisseaux trop larges et soient emportées dans d’autres circuits sanguins éloignés de la tumeur.

(2) S’assurer que la distance à parcourir ne soit pas trop longue, car la bactérie perd sa mobilité 40 minutes environ après sa mise en opération. Cela dit, cette limitation est positive, car cette courte période de temps empêche les bactéries de se reproduire.

Pour mettre toutes les chances de leur côté, les chercheurs enferment au préalable les bactéries dans un petit transporteur, un minuscule cargo, qui leur assure un voyage en toute sécurité jusqu’à leur libération à proximité de la tumeur.

Ensuite un système d’imagerie par résonance magnétique, un scanner IRM, est utilisé comme système de guidage. Mais étant donné que l’aimant d’un scanner IRM est beaucoup trop gros pour être déplacé, un robot prend en charge le déplacement du patient et module en 3D le champ magnétique de guidage des bactéries.

Le professeur Martel ne cache pas son admiration devant l’engin de locomotion de MC-1. Cet engin est le résultat de millions d’années d’évolution. Ce véritable tandem de création — ce co-design homme nature — nous rappelle que nous faisons partie intégrante du vaste et complexe écosystème dans lequel nous évoluons.

Nous avons intérêt à faire équipe avec la Nature, à apprendre du savoir-faire qui nous entoure dans la nature et de celui qui est en nous.

Si jamais vous avez quelques millions à investir pour le bien commun… voici un projet et une cause qui le méritent. Le professeur Martel aurait pu rester au MIT, mais il a préféré mener son combat depuis l’École Polytechnique de Montréal. Jusqu’à ce jour, il a obtenu plus de 22 millions pour ses recherches… il est maintenant près du but.

Un apport des quelques millions manquants permettra d’expérimenter la nouvelle plateforme avec des médecins…  on y est presque. Ensuite, le grand défi sera de faire évoluer les mentalités. Le monde est en mutation profonde, il est parfois difficile pour les institutions et les corporations d’assimiler rapidement des changements si importants…  pourtant l’innovation radicale, c’est l’avenir de tous ceux qui réussiront dans ce monde en mutation.

Parfois, on lit l’histoire de chercheurs extraordinaires qui ont contribué à améliorer le monde dans lequel on vit aujourd’hui… imaginez le jour où nous avons la chance d’en côtoyer un. Le Dr Sylvain Martel représente la synthèse ‘vivante’ de tout ce que j’enseigne… vous comprenez maintenant pourquoi si j’avais 5 millions, je serais heureuse de contribuer, de manière infinitésimale, à ses recherches.

Les doctorants de l’École Polytechnique de Montréal, Vincent Boulanger Martel (ingénierie en régions froides), Michael Spleit et Giulia Zarpellon (mathématiques appliquées) ont choisi, dans le cadre de leur atelier Creativity, yes you can, comme projet d’innovation de s’imaginer la vie qui nous attendrait… si la plateforme du professeur Sylvain Martel était déjà dans tous les hopitaux. Vous êtes curieux du résultat ? Rendez-vous #nuitdesrobots.

Venez rencontrer une quarantaine de doctorants de l’École Polytechnique de Montréal  à la #Nuitdesrobots à la Nuit blanche, le samedi 27 février 2016, de 21h à minuit. Ils vous feront vivre une expérience hors du commun en compagnie d’étudiants de l’Ecole de Technologie Supérieure et de l’Université McGill.

Un événement WOW ! co-réalisé en intelligence collective avec l’équipe de Communautique, des Cahiers de l’imaginaire et d’artistes, de makers, de geeks et de citoyens de tous âges et de toutes disciplines qui se sont découverts en co-créant des contes, en les mettant en scène…  et en inventant des histoires futuristes avec les robots.

Nuit blanche à l’échoFab, au cœur du Quartier de l’innovation à Montréal, 355 rue Peel (intersection rue William), de 21h00 à minuit. Une première Nuit des robots exceptionnelle ! Événement gratuit, venez nombreux en famille et entre amis, vous allez adorer !


#nuitdesrobots #nuitblanche #co-création en marche

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L’aventure a commencé par une séance silencieuse de brainstorming. Louise Barry, Sarah Camus, Monique Chartrand, Ariane Gamache, Carlos Gongora, Richard Joly, Danielle Martin, Mario Pascal, Geneviève Poulin, Roch Landry et Anna Rozanova se demandent quelles histoires écrire avec les robots ?Les imaginaires s’emballent.

Ensuite, trois équipes se sont regroupées pour imaginer des contes qui devraient vous plaire :
1. Entendez-vous la voix ?
2. Juan-Lee
3. Maya et Za-K
Artistes, architecte et geek les ont rejoints pour les aider à mettre en scène leur histoire… Premiers balbutiements…

Vous êtes curieux de connaître la suite ? Réservez votre samedi soir, 27 février. Nous vous attendrons de 21h à minuit, chez échoFab, au cœur du Quartier de l’innovation, 355 rue Peel (intersection rue William). Une première Nuit des robots exceptionnelle ! Événement gratuit, venez nombreux en famille et entre amis.

Attendez-vous à vivre une aventure extraordinaire. Un événement WOW ! co-réalisé en intelligence collective avec l’équipe de Communautique, des Cahiers de l’imaginaire, des artistes, des étudiants de l’École Polytechnique de Montréal et de l’Ecole de Technologie Supérieure (ETS) et des citoyens de tous âges et toutes disciplines qui se sont découverts en co-créant des installations et des contes et en les mettant en scène…

Venez découvrir la magie qu’ils ont inventé pour vous. Ils vous attendent pour continuer leurs histoires. Ce sera OUF !

 

Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Elle est la directrice artistique de la Nuit des robots qui se déroulera pendant la Nuit blanche de Montréal le samedi 27 février 2016. Abonnez-vous à son blog pour suivre le dévoilement des activité

Le temps des amours ! #nuitdesrobots #nuit blanche

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Artistes, concepteurs, chercheurs, créateurs, ingénieurs, entrepreneurs… nous sommes tous des médiateurs culturels. Chacun de nous met en scène des mots, des images, des histoires… L’information qui nous nourrit, qui nous influence, est aussi travaillée, scénarisée, traitée…

Qui peut vraiment mesurer l’impact de ses mots, de ses gestes ? Une pierre jetée dans l’étang provoque des ondes concentriques qui s’élargissent à la surface, entraînant dans leur mouvement différents effets à différentes distances. Tentons, le plus possible, de créer le Beau…  on ne sait jamais la portée.

L’exercice de cette semaine : Aimez ce que vous faites ! Inspirez-vous de ces êtres passionnés par leur art, leur discipline, leurs recherches… le mathématicien ne cherche-t-il pas, avec passion, l’équation la plus simple, la plus pure, la plus élégante ? Trois exemples seront mis en scène de manière ludique et artistique lors de notre fameuse #NUITDESROBOTS : Les fabuleuses recherches du professeur Sylvain Martel, l’imagination d’une quarantaine de doctorants inspirés de l’École Polytechnique de Montréal qui nous ouvre une porte sur le futur que nous inventerons avec les robots et des bacheliers-makers de l’École de Technologie Supérieure (ETS) qui viendront avec leur humanoïde…. Sans compter ce que vous inventerez avec les artistes, les geeks, les citoyens qui ont co-créé et mis en scène des contes futuristes avec les équipes de Communautique et des Cahiers de l’imaginaire… Ce sera OUF !

Nuit blanche – Samedi 27 février – de 21h à minuit – à l’échoFab, au cœur du Quartier de l’innovation, 355 rue Peel (à l’intersection de la rue William). Une première Nuit des robots exceptionnelle ! Événement gratuit, venez nombreux en famille et entre amis.

LA NUIT DES ROBOTS — des robots issus de l’imagination collective nés à Montréal !

Montréal, mercredi 26 janvier 2016 – En partenariat avec les Ingénieuses de l’École des Technologies supérieures (ETS) et le Quartier de l’Innovation, Communautique et Les Cahiers de l’imaginaire recherchent des esprits scientifiques, des chercheurs ouverts et créatifs, des artistes de toutes disciplines et des ‘makers’ au grand cœur intéressés par l’art collectif et interactif pour imaginer « La nuit des robots 2016 ».

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Selon Ray Kurzweil, futuriste éminent et directeur du département de l’intelligence artificielle chez Google, les robots de 2029 seront capables d’interagir avec les humains pratiquement d’égal à égal et feront partie de notre quotidien au même titre que les ordinateurs personnels.

Déjà des androïdes sont parmi nous, ils marchent, voient, entendent, parlent… Ils nous ressemblent, entrent dans nos vies, nos maisons, et sont capables de nous en apprendre sur notre propre condition.

Deux ateliers de création de contes, animés par l’idéatrice Sylvie Gendreau, professeure en créativité aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal, sont offerts au grand public les mercredis 3 février et 10 février pour rêver ensemble l’avenir que nous partagerons avec ces robots, et pour amener plus loin la réflexion collective sur l’impact qu’auront ces robots visibles et invisibles sur notre quotidien.

Ils suscitent à la fois notre émerveillement et nos craintes. Seront-ils nos meilleurs alliés ou nous feront-ils perdre nos emplois? Ils dépassent nos capacités humaines avec leur mémoire extraordinaire, leur vitesse de calcul est vertigineuse, leur concentration malgré de longues heures de travail et leur précision sans faille… comment pourrions-nous leur faire compétition ? Quelles sont les qualités humaines qui nous aideront à faire équipe avec eux ?

Ensemble nous essayerons de répondre à ces questions — et d’autres — que leur présence soulève.

Les récits, imaginés et construits en groupes intergénérationnels et multidisciplinaires, seront par la suite présentés au public sous différentes formes ludiques et artistiques lors de la grande fête de la Nuit Blanche de Montréal le 27 février prochain de 21 heures à minuit.

Artistes, scientifiques et citoyens de tous âges qui ont envie de vivre cette expérience d’intelligence collective unique sont invités à s’inscrire aux ateliers de co-design via le www.cahiersdelimaginaire.com/reservations-en-ligne.

Les ateliers auront lieu dans les locaux d’échoFab, premier Fab Lab au Canada établi par Communautique au cœur du Quartier de l’innovation. Inscrivez-vous aux ateliers de création de contes dès maintenant, les places sont limitées.

Si vous désirez vous engager autrement dans le projet « La nuit des robots 2016 », en tant que bénévole ou partenaire, écrivez nous à info@cahiersdelimaginaire.com.

Gérer ses émotions (et celles des autres) pour être plus créatif !

robot team working-01 (2)Intuitivement, il ne viendrait à quiconque l’idée de mettre en doute le fait que l’intelligence émotionnelle et le climat organisationnel jouent un rôle important sur la créativité d’une entreprise et de son personnel. Encore faut-il être en mesure de le démontrer. Des chercheurs se sont mis à la tâche et sont effectivement parvenus à des résultats le confirmant.

Mais avant d’associer l’intelligence émotionnelle et le climat organisationnel à la créativité et au désir d’entreprendre de chaque individu, voici une brève définition.

L’intelligence émotionnelle est la capacité de percevoir ses propres émotions et celles des autres pour en tirer avantage dans nos échanges. Il s’agit en quelque sorte d’une intelligence sociale qui permet à la fois de capter et de moduler nos propres émotions et celles des autres pour alimenter nos pensées et guider nos actes.

Le climat organisationnel regroupe les aspects de l’environnement de travail qui reflètent le comportement, les attitudes, la façon dont l’entreprise est gérée ainsi que son système de valeurs. Le climat organisationnel englobe aussi les sentiments, les perceptions et les valeurs de l’ensemble du personnel de même que leur loyauté et leur sens d’appartenance à l’entreprise. Plusieurs facteurs contribuent à ce climat : les règles de gouvernance, les comportements, l’aménagement des lieux…

Qui que nous soyons, nous possédons tous un gisement créatif. Il suffit de déployer les stratégies adéquates pour faire preuve d’imagination et innover.

Des chercheurs chinois ont testé l’effet d’une méthode de relaxation dynamique (IBMT – Integrative Body-Mind-Training) sur la créativité d’un groupe d’étudiants.

La suite dans Votre laboratoire créatif...

Vivez une expérience unique de ‘Team Building’, en participant à la préparation de La Nuit Blanche des robots. Si vous êtes un groupe d’au moins huit personnes, nous pouvons organiser un atelier de co-création en collaboration avec Communautique dont vous souviendrez longtemps.Contactez-nous.

Pourquoi les humains se racontent des histoires ?

Un conte, dans sa forme originelle, est d’abord et avant tout un pacte entre un conteur et son auditoire. Celui à qui on raconte, ou celui qui lit un conte doit accepter que l’univers imaginaire dans lequel il pénètre ait ses règles propres. Dans un conte, n’importe quoi ou n’importe qui peut, à tout moment, révéler sa part de magie. Tout est propice à ce que de nouvelles idées puissent éclore.

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Dessin : Frederico Felllini. Pourquoi les humains se racontent des histoires ? par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

Pour réussir un conte, il faut un conteur qui maîtrise l’art de raconter et un auditoire attentif. Raconter est une aventure orale et collective.

Au coeur même de la trame narrative de tout conte se trouve un héros ou une héroïne. Invariablement, il ou elle se trouve confrontée à une énigme qui doit être résolue, une quête à mener, un voyage urgent à entreprendre. Le voyage est toujours semé d’embûches. Même si les obstacles sont souvent redoutables, le héros peut toujours compter sur une aide. Cette aide surnaturelle peut revêtir de multiples formes : un anneau, une potion magique, un don qui est accordé au héros et qui lui permet de vaincre un adversaire et de franchir une nouvelle étape dans sa quête.

Les contes ont traditionnellement joué un rôle actif sur le plan social. Ils sont des passeurs d’enseignement. Les contes s’adressent à leur auditoire en paraboles. L’auditeur ou le lecteur vit par procuration ce qui lui manque, ce qui est absent de sa vie ou ce qui pourrait être rectifié par une attitude mieux adaptée ou un comportement différent. En ce sens, la création de contes peut être un tremplin idéal pour développer sa créativité au sein d’un groupe. En entraînant une équipe hors de sa routine habituelle, ils provoquent un effet de divergence. À partir de la mise en situation d’un récit qui tente d’élucider ou de jeter un éclairage nouveau sur un problème auquel le groupe est confronté, celui-ci est amené à repérer les lacunes dans le comportement des membres de l’équipe, ou à identifier des idées nouvelles qui pourraient être éventuellement incorporées dans le processus d’innovation du groupe.

Comme dans le cas du brainwriting, un esprit d’ouverture est impératif. Les contes et les conteurs se sont toujours adaptés à leur auditoire selon l’époque et le lieu. C’est l’une des raisons pour lesquelles les contes continuent de nous émouvoir. Nous y prenons toujours plaisir. La structure d’un conte — quête, passage, conflits à répétition, succès ou victoires, souvent partielles et jamais totales — renvoie à la manière même dont nos vies sont structurées. Ils agissent comme un miroir, nous renvoyant une image de nous-mêmes sous un angle différent. « Ils font écho à quelque chose de nous », comme le souligne François Flahault. L’histoire de la pensée humaine est marquée par le passage du récit, le récit magique et fabuleux, à la pensée rationnelle. Les traces de ce passage sont toujours inscrites en nous. C’est une part de notre héritage. Nous sommes fait d’ombres, d’émotions, d’irrationnel et d’invisible. Une plongée dans cette part de nous mêmes, nous permet de revenir à la pensée rationnelle avec un regard neuf.

La construction de contes peut donc nous aider pour réussir des projets de co-création et d’innovation.

Vivez une expérience unique de ‘Team Building’, en participant à la préparation de La Nuit Blanche des robots. Si vous êtes un groupe d’au moins huit personnes, nous pouvons organiser un atelier de co-création dont vous souviendrez longtemps. Contactez-nous.


Références :

Flahault, François. La Pensée des contes. Anthropos, Paris, 2001.
Piffault, Olivier. Il était une fois… les contes de fées. Seuil / Bibliothèque de France. 2001.

La bibliothèque, la nuit

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Vous aimez lire ? Vous aimez les bibliothèques ? Vous aimez les voyages dans l’espace et le temps ?

La bibliothèque, la nuit est pour vous. D’ici le 28 août 2016, vous pouvez visiter dix bibliothèques fascinantes en étant dans un seul lieu à Montréal : la Grande Bibliothèque du Québec qui a proposé un projet de réalité virtuelle au fabuleux metteur en scène Robert Lepage pour faire voyager petits et grands parmi les livres et leurs demeures. Quelle belle idée de la BANQ inspirée de l’ouvrage du même nom du romancier, essayiste, éditeur, critique littéraire, éminent polyglotte et traducteur de réputation internationale, Alberto Manguel qui est le coconcepteur du projet.

Je pense que l’expérience du monde nous vient d’abord par les livres. Les livres nous donnent les mots pour nommer notre expérience matérielle et spirituelle.

Alberto Manguel

Si vous connaissez les créations de Robert Lepage, je ne doute pas que vous soyez fan tout autant que moi. Il est un des plus grands artistes du Québec, reconnu dans le monde entier pour sa créativité, sa poésie et sa manière bien à lui d’associer technologies, théâtres et effets visuels. Il n’est donc pas étonnant que l’on ait pensé à la compagnie de création Ex Machina dont il est le metteur en scène pour développer ce projet en partenariat avec la BANQ.

Quelques minutes avant l’expérience… on attend avec impatience que les grandes portes s’ouvrent. Lire la suite dans votre Laboratoire créatif.

 

 

Les contes de fées et votre cerveau

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Photo : Pierre Guité. Les contes de fées et votre cerveau dans Votre laboratoire créatif.

Les contes de fées ont de tout temps enchanté non seulement les enfants mais aussi les adultes. Pourquoi Harry Potter a-t-il connu un tel succès ? Comment expliquer le succès phénoménal que remporte auprès d’un public adulte la sérieGames of Thrones ? On peut bien sûr évoquer la qualité de l’intrigue, les trésors de créativité et d’imagination déployés par les auteurs, mais il existe peut-être une autre raison qui tire son origine de la structure même de notre cerveau.

Si on laisse de côté, pour un instant, la mécanique neurologique, tout un chacun a déjà éprouvé le puissant processus de simulation qui consiste à recréer mentalement, à partir des mots que nous lisons, une réalité qui nous semble tout aussi réelle que le monde dans lequel nous évoluons quotidiennement. L’expérience est ludique. Elle est souvent saisissante et nous en tirons un véritable plaisir.

Mais que se passe-t-il à l’intérieur même de notre cerveau lorsque nous lisons ? Découvrez la suite dans Votre laboratoire créatif.

Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Elle est la directrice artistique de la Nuit des robots qui se déroulera à Montréal le 27 février 2016. Abonnez-vous à son blog pour suivre le dévoilement des activités pour les ateliers de création de contes, Votre laboratoire créatif.

Congé d’exercices. Joyeux Noël.

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Dessin : Pierre Guité. Congé d’exercices par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

La période des fêtes est un temps magique. Un espace-temps suspendu dans une bulle. Si la fabrique de jouets du père Noël fonctionne à plein régime, pour nous, c’est le moment de se fabriquer de beaux souvenirs. C’est un moment où l’on peut oublier nos devoirs et nos leçons pour se consacrer à ceux qu’on aime, jouer avec eux, cuisiner, converser, faire la fête et se raconter des histoires fantastiques et des contes fantaisistes.
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C’est un moment privilégié où l’on peut rendre heureuse une personne seule en lui donnant un peu de notre temps, en lui témoignant un peu d’attention. C’est un moment, où portés par l’atmosphère festive, nous pouvons retrouver notre cœur d’enfant et nous transformer en magiciens généreux. Profitez de chaque seconde. Soyez heureux.  Joyeuses fêtes à tous !

Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Elle est la directrice artistique de la Nuit des robots qui se déroulera à Montréal le 27 février 2016. Abonnez-vous à son blog pour suivre le dévoilement des activités, Votre laboratoire créatif.

Prendre une bonne décision !

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Dessin : Pierre Guité. Prendre une bonne décision par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

Une compétence à développer.

Grandes. Petites. Banales. Stratégiques. Vitales. Nous passons notre vie à prendre des décisions. Certaines sont prises avec sérieux, après mûres réflexions. D’autres sont prises instinctivement, sans même que nous y pensions. Décider est une action naturelle au point où, comme le montrent de nombreuses études, la plupart d’entre nous se laissent souvent guider par leurs émotions plutôt que par leur raison.

Comment apprendre à mieux décider ?

Savoir prendre de bonnes décisions joue un rôle important pour réussir sa vie et ses projets. Lorsque nous souhaitons changer des choses, il est important de s’assurer que cela en vaut la peine. Évaluer les ressources, le temps et l’énergie qu’il faudra y consacrer est essentiel si l’on souhaite optimiser les retombées de nos décisions et convaincre notre entourage de contribuer aux changements que nous souhaitons faire arriver.

Savoir décider est une compétence qui nous sera utile tout au long de notre vie. Toutes nos décisions ne nous mèneront pas assurément au succès, mais si nous avons appris à soupeser les pour et les contre, nous obtiendrons, selon les circonstances, de meilleurs résultats.

Que nous prenions nos décisions instinctivement n’est pas une mauvaise chose en soi. Écouter son intuition est une force. Mais lorsque les enjeux sont importants, la prise de décision se complexifie. Si nous sommes tendus ou nerveux, nos émotions peuvent nous jouer de vilains tours. On cherchera souvent ce qui est le plus simple, le plus facile et le moins douloureux, laissant peut-être échapper une opportunité extraordinaire.

Une prise de décision intelligente nécessite une compréhension du contexte et une bonne lecture de l’environnement. Nous devons prendre en compte les informations rationnelles telles que les données, les risques, les cotes… Il ne s’agit pas de construire une feuille de calcul pour décider qui aimer, mais il est essentiel d’apprendre à diviser le mesurable de ce qui ne l’est pas

Découvrez un processus optimal pour prendre de meilleures décisions dans Votre laboratoire créatif.

Être plus attentif. Comment y arriver ?

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Dessin : Pierre Guité. Être plus attentif. Comment y arriver ? par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

Certaines tâches monopolisent toute notre attention : écrire, par exemple, exige une forme d’immersion mentale très exigeante.

C’est le cas de Jonathan Franzen, un écrivain américain, auteur de plusieurs best-sellers, qui, malgré son succès, a beaucoup de mal à écrire. Pour chaque nouveau livre, il a l’impression qu’il doit tout réapprendre. Son mode opératoire consiste à créer un ensemble de personnages qu’il doit suffisamment aimer pour les soumettre à d’innombrables tourments. Sans amour, dit-il, ce serait trop cruel. Franzen s’échine à élaborer d’incessantes amorces d’intrigues. Il rédige un nombre incalculable de notes qu’il juge ennuyeuses lorsqu’il les relit.

Chaque roman nécessite la construction d’un univers dans lequel Franzen s’efforce de ressentir le plus intensément possible un nombre limité de petites choses vécues par ses personnages. Pour mener à bien cette entreprise, Franzen, de son propre aveu, a besoin de s’isoler. Selon lui, cet isolement est plus que jamais nécessaire dans un monde où la distraction s’infiltre partout, spécialement par le biais d’Internet.

Pour être en mesure d’écouter ce qui se passe vraiment dans le monde qui nous entoure, 99% du bruit ambiant doit être filtré. La petite fraction restante constitue un matériel narratif plus que suffisant. Notre capacité de nous concentrer est menacée par nos modes vies actuels et par notre dépendance aux réseaux sociaux. Notre capacité de nous concentrer diminue dès l’âge de vingt ans. Une mince consolation pour ceux qui croyaient que ce phénomène ne se manifestait qu’à un âge avancé.

Pourquoi devrait-on s’en soucier ? Lire la suite dans Votre laboratoire créatif.

INSPIREZ-VOUS DE LA NATURE. PRATIQUEZ L’ART DU PLIAGE.

 

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PHOTO : PIERRE GUITÉ. LAMPE URCHIN  SIGNÉE MOLO DESIGN, DESIGNERS STEPHANIE FROSYTHE  ET TODD MACALLEN EXPOSÉE DANS LE STUDIO DES CAHIERS DE L’IMAGINAIRE. INSPIREZ-VOUS DE LA NATURE, PRATIQUEZ L’ART DU PLIAGE PAR SYLVIE GENDREAU, VOTRE LABORATOIRE CRÉATIF.

Promenez-vous dans la nature. Approchez-vous des feuilles et observez leurs fines pliures. Prenez des photos, faites des croquis, apprenez de vos observations. À vous maintenant. Tentez de pratiquer l’art du pliage. Combien d’artistes transforment des surfaces plates en volumes fascinants ? Proches de la nature, les Japonais ont les premiers inventé cet art ou à tout le moins lui ont donné le nom d’Origami. De nos jours, l’art du pliage est répandu et permet des créations époustouflantes et souvent très poétiques. La nature est une source infinie d’inspiration pour tout acte de création en science comme en art. La nature mérite toute notre admiration et notre respect. Sauvons notre espèce en suivant les sages conseils de l’astrophysicien Hubert Reeves et du généticien David Suzuki, lire le post Apprendre de la nature.

 

Architecture animale : Une Merveille !

Les oiseaux tisserands sont de remarquables constructeurs de nids. La famille des tisserands comprend de nombreuses sous-familles dont les capacités architecturales varient beaucoup. Les plus habiles sont les tisserins qui ont à peu près la taille des moineaux ou des merles.

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Architecture animale par Kar von Frisch, Prix Nobel

Les tisserins se divisent en soixante-dix espèces différentes dont la majorité vit en Afrique et en Asie. Leurs nids sont accrochés aux arbres, comme des fruits. Ils sont à la fois solides et esthétiques.

Le nid est doté d’une entrée latérale et d’un toit qui protège du soleil et de la pluie. Parfois, l’entrée est prolongée par un tube qui constitue une protection contre les serpents arboricoles. Les matériaux qui servent à construire le nid dépendent de la disponibilité des ressources environnantes. Dans tous les cas, il s’agit de rubans minces, flexibles et résistants à la traction : des tiges d’herbe, des feuilles de palmier, etc.

Leur art est fondé, comme leur nom l’indique, sur le tissage et la réalisation de noeuds parfois complexes. Une fois le ruban dans son bec, le tisserin l’enroule autour et à l’extrémité d’une branche en forme de V. Les extrémités du V seront ensuite réunies par un tressage (tel qu’illustré à gauche de l’image). Un anneau est ainsi formé et il sera progressivement élargi. Il finira par former un nid dans lequel se trouvera une chambre à couver ainsi qu’une antichambre dont l’extrémité formera un tube de vol.

Le tisserin est un véritable artisan vannier (à droite de l’image). Il a des contraintes additionnelles qui rendent son travail encore plus remarquable. Il ne dispose pas comme le vannier de rubans aussi longs, il doit donc sans cesse relier les extrémités des rubans qui viennent d’être tissés avec de nouveaux rubans. Avec son bec, il doit continuellement faire des noeuds en s’aidant parfois de ses pattes pour maintenir les éléments en place. Il n’hésite pas à faire appel à toutes sortes de noeuds, selon les contraintes qui se présentent. Le mode le plus simple est le lacet autour d’une tige. Mais le tisserin peut aussi avoir recours à des noeuds en forme de spirales ou d’entortillements.

En tout temps, les noeuds ne doivent pas être trop serrés, car le mâle responsable de sa construction doit être en mesure de défaire ce qu’il vient de si patiemment tisser. En effet, la femelle peut faire la difficile et ignorer le nid que le mâle lui propose. Le cas échéant, le mâle se verra obliger de tout défaire et de recommencer.

Chez les tisserins, l’habileté croît avec l’âge. Les nids ne se ressemblent pas. Ils donnent lieu à des créations individuelles, distinctes. Il allient esthétisme et stabilité structurale. Ils sont à la fois beaux et utiles, solides et élastiques.

Le travail du tisserin est un appel à la créativité. Il incarne à la fois ce qui nous émerveille dans tout travail de création réussi : une économie de moyens, une dextérité dans l’utilisation des outils, une efficacité et un esthétisme dans la réalisation de l’ouvrage. Le travail du tisserin donne envie de faire de même et d’exercer nos talents de création que nous partageons manifestement avec nos cousins du monde des vivants.

À cet égard, l’art des tisserins dont il est fait mention, n’est qu’un des nombreux exemples fournis par l’ouvrage de Karl Von Frisch. Son livre Architecture Animale, présente aussi les réalisations architecturales des poissons, des insectes ou des mammifères. Passionnant.

Source :
Von Frisch, Karl. Architecture animale. Albin Michel, Paris, 1974.

L’intelligence des plantes

Comment définir l’intelligence ? Du point de vue étymologique, être intelligent signifierait comprendre, percevoir. L’intelligence se réfère aussi à la capacité de traiter de l’information pour atteindre un objectif. Elle peut être aussi définie comme la faculté d’adaptation. Vus sous cet angle, les humains ne seraient pas les seuls à être intelligents. D’autres organismes vivants, telles les plantes, adoptent eux aussi des comportements intelligents qui mettent en jeu les attributs clés qui viennent d’être mentionnés : perception, échanges et traitement de l’information dans un but précis.
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Dessin : Pierre Guité. L’intelligence des plantes par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

Chez les plantes, la communication inter-espèces fait appel à plus de 20 sens différents. Les fèves, par exemple, font appel à des signaux sonores et repèrent leur tuteur par echolocalisation1 (Mabey).

Les plantes peuvent aussi avoir recours au sens de la vue. Certaines espèces de vignes ont la capacité de modifier la forme et la couleur de leurs feuilles pour se fondre avec celles de l’arbre sur lequel elles sont en train de grimper.

Les plantes sont aussi capables de sensations tactiles. Lorsqu’on les touche, les feuilles du mimosa apprennent à se replier. En présence d’un danger, elles enregistrent cette information et la mémorisent dix fois plus longtemps qu’une abeille.

La capacité d’écoute des plantes peut être très développée. Une étude récente menée par le professeur Appel de l’Université du Missouri montre que les vibrations causées par des insectes herbivores en train de manger des feuilles peuvent chez certaines plantes (Arabidopsis thaliana) générer des réactions chimiques de défense. Ces plantes sont en mesure de distinguer les bruits de mastication et ceux provoqués par le vent ou par le chant d’un insecte. Les sons vibratoires sont transmis rapidement à l’intérieur même d’une plante, ou d’une plante à une autre.

Les plantes ne se contentent pas d’enregistrer des informations, de les mémoriser et de les traiter, elles échangent également ces données avec leurs congénères et elles s’en servent aussi pour interagir avec leur environnement. Leur mode de communication est principalement chimique. Elles fabriquent et émettent de nombreuses substances volatiles différentes (Amitabha). Certaines molécules peuvent servir de moyens de communication avec d’autres plantes. D’autres déclenchent des réactions de défense contre des prédateurs afin de prévenir d’éventuelles attaques ou de mener elles-mêmes l’assaut contre des agresseurs. À l’inverse, d’autres molécules ont pour fonction d’attirer les insectes pollinisateurs. Des centaines de substances constituent ainsi un alphabet chimique complexe et créent plusieurs systèmes de communication : plantes – insectes, plantes – plantes, plantes – bactéries.

Les plantes ne possèdent pas de cerveau. Il n’en demeure pas moins qu’elles se comportent de manière intelligente. Il faut éviter de faire preuve de cérébrocentrisme. L’intelligence n’est pas l’apanage de l’humain. Les plantes sont elles aussi capables de réagir et de solutionner un problème. Elles aussi peuvent apprendre, s’adapter à leur environnement et évoluer.

Encore une fois, force est de constater que pour mieux vivre ensemble et sauver notre espère, nous avons tout à apprendre de la nature : sagesse, humilité, communication, intelligence collective et créativité.


  1. « L’écholocalisation, ou écholocation, consiste à envoyer des sons et à écouter leur écho pour localiser, et dans une moindre mesure identifier, les éléments d’un environnement. Elle est utilisée par certains animaux, notamment des chauves-souris et des cétacés, et artificiellement avec le sonar…  Le naturaliste italien Lazzaro Spallanzani publie en 1794 ses travaux sur les chauves-souris : il ferme leurs yeux avec des boules de glu ou les brûle avec des aiguilles chauffées au rouge, mais elles continuent à se déplacer facilement. Il montre ainsi qu’elles voient par leurs oreilles2. Les premières expériences de détection par radars ayant lieu dans les années 1920 conduisent certains naturalistes à faire l’analogie du système de localisation des obstacles des chauves-souris avec ce mode de détection. Le zoologiste Donald Griffin, travaillant avec le neuroscientifique Robert Galambos sur ces systèmes de localisation depuis les années 1930, invente le terme écholocation dans un article scientifique publié en 1944 dans lequel il explique que les radars utiliseraient — il ne connaît pas exactement leur fonctionnement couvert par le secret militaire — des ondes électromagnétiques comme les personnes aveugles qui localisent les objets par l’écho de leurs pas, de leurs cannes ou comme les chauves-souris qui utilisent des ondes ultra-sonores3. » Wikipédia
  2.  L’écholocalisation chez les chauves-souris [archive].
  3. D. R. Griffin, « Echolocation in blind men, bats and radar », Science, no 100,‎ 1944, p. 589–590.

SOURCES :
Appel, H.M. and all. Plants respond to leaf vibrations caused by insect herbivore chewing. Oecologia (2014) 175:1257–1266.

Das, Amitabha and all. Plant volatiles as method of communication. Plant Biotechnol Rep (2013) 7:9–26.

Gagliano. Monica and all. Experience teaches plants to learn faster and forget slower in environments where it matters.Oecologia (2014) 175:63–72.

Mabey, Richard. How plants think. The Guardian. Friday 16 October 2015.

Dessiner pour mieux penser.

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Fusain sur papier, performance de l’artiste Heather Hansen, Dessiner pour mieux penser par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif 

Chaque trait possède un caractère distinct. Chaque ligne est une signature. La variation de la pression sur le crayon, le stylo ou la plume est l’équivalent visuel de l’intonation que l’on donne à son dessin. Comme l’explique, le professeur Kit White, des traits d’une même épaisseur pour le contour d’un personnage va aplatir l’image. L’effilage ou la rupture d’une ligne dans une courbe peut accentuer le point culminant ou adoucir la rondeur de la courbe. Même une ligne provisoire sera lue comme telle. Pour votre prochain dessin, donnez une intention à chaque trait afin qu’il réponde à un objectif précis. Essayez d’utiliser seulement les traits dont vous avez besoin. Inspirez-vous de Shulz, le père de Peanuts, lisez le post Charlie Brown et ses copains dans Votre laboratoire créatif pour apprendre à aller à l’essentiel. Ce conseil ne vaut-il pas autant pour le dessin que la vie en général ?

Réf: WHITE KIT, 101 Things to Learn In Art School, The MIT PRESS, 2011

Liberté. Fraternité. Créativité.

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Nous inventons des histoires qui nous ressemblent ou qui sont à l’opposé de nous. Elles permettent de donner du sens à nos expériences. Lorsque nous faisons appel à notre puissance créatrice, nous préparons notre esprit au monde de demain, aux nouveaux outils et technologies que nous inventerons. Outils qui, à leur tour, transformeront nos usages. Fiction et réel se mélangent.

En tant qu’êtres humains, nous avons tous certains besoins primaires en commun : Boire, dormir, avoir le sentiment d’avoir une place dans la société, aimer, être aimés et créer. Lorsque nous racontons nos histoires, nous partageons avec les autres ce que nous sommes. Les réactions et commentaires des autres participent à la construction évolutive de cette histoire.

Depuis des millénaires, la religion est un puissant vecteur pour donner un cadre à des histoires et les transmettre de génération en génération. La culture façonne la vie, le monde et les civilisations. Depuis des millénaires, la religion joue un rôle important dans la fabrication d’histoires, mais pas seulement. L’art, la science, la technologie contribuent tout autant à créer des mondes.

Peu importe nos croyances, nous sommes des inventeurs de monde. Et très souvent, les mondes que nous imaginons finissent par prendre forme dans le réel. Nous n’avons qu’à relire les meilleurs livres de science-fiction pour voir que certains auteurs sont de formidables prospectivistes.

En tant que personnes créatives, nous avons une importante responsabilité. Les mondes que nous imaginons aujourd’hui, les romans et les fictions que nous écrivons, les films que nous fabriquons contribueront à l’imaginaire collectif.

Quel monde voulons-nous ? Un monde de peur et de terreur ou un monde d’entraide et de co-création ? Il est facile de dénoncer des situations avec un regard macroscopique et manichéen. Les autres ont tort. Nous avons raison. Mais si nous revenons, aux besoins primaires de tout être humain, ne tient-il pas à chacun de nous la responsabilité d’aider les autres à créer une histoire ? N’oublions pas que notre propre histoire ne pourra s’écrire sans eux.

Entre héros et martyrs, il y a nous tous. Un génie ordinaire sommeille en chacun, et nous avons tous besoin d’inventer des histoires. C’est ainsi que nous existons. Apprendre la paix exige probablement de développer une nouvelle façon de raconter des histoires qui traceront les chemins des civilisations contemporaines qui ne peuvent plus se construire comme les anciennes. Il faut penser autrement et collectivement.

Le jour où nous aiderons le plus grand nombre à avoir l’essentiel de ce qu’un être humain a besoin pour vivre et créer, peut-être pourrons vraiment imaginer un mieux vivre ensemble.

Cent fois sur le métier… Apprenons la Paix !

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TENDRES ET AFFECTUEUSES PENSÉES POUR TOUS NOS AMIS FRANÇAIS.

DU CHAGRIN MAIS PAS DE PEUR.

« La cible des terroristes a changé, elle s’est élargie : c’est vous, c’est moi, c’est notre civilisation, c’est notre liberté, c’est notre joie de vivre.

Dans les jours qui viennent, nous pleurerons mais nous ne cèderons pas. Des fanatiques veulent que nous ayons peur ? Ils perdront ce combat. Des terroristes veulent nous diviser ? Ils échoueront. Ils veulent tester notre capacité d’être unis ? Ils vont voir…

La panique, la détestation, l’excès, l’aveuglement, nous les leur laissons. Que leur piège se referme sur eux !
Et ça commence… En ce moment, à Paris, des hommes et des femmes vont donner spontanément leur sang pour les blessés qui en ont perdu. Sang contre sang ? Mieux que ça : générosité contre haine ! Si aujourd’hui nous désespérons des autres, nous ne désespérons pas de nous. C’est au moment où l’on veut nous affaiblir que nous allons montrer notre force.

Lutter, ce sera rester ensemble, différents mais unis, tolérants, prêts à sortir, à aller au concert, au théâtre, aux matchs, au restaurant… Nous sommes attaqués pour ce que nous sommes ? Justement, nous demeurerons nous-mêmes.

Et j’en profite, mes chers lecteurs et lectrices réunis sur les mêmes valeurs humanistes, pour vous dire que je vous aime. »

Eric-Emmanuel Schmitt

Chers amis français, nous sommes avec vous, nous vous aimons… soyons unis et créatifs pour apprendre la paix ! Un autre monde est possible.

Jeu vidéo : Nouvelle forme d’art ?

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Photo Pierre Guité de la sculpture Lucie Minne et la peinture numérique de Cédric Peyraverney d’un personnage du Jeu vidéo Dishonored 2. Jeu vidéo : Nouvelle forme d’art ? par Sylvie Gendreau

Choisissez la représentation d’un personnage (dessin, photo ou toile), placez l’image sur un mur de votre atelier. Amorcez une conversation. Qui est-il au juste ? À quoi pense-t-il ? Quel est son caractère ? Pendant cet échange, avec de la glaise ou de la pâte à modeler, tenter de reproduire son visage en trois dimensions. Sculptez son buste. Si cela se passe comme pour la talentueuse Lucie Minne qui, à partir de la peinture numérique de Cédric Peyraverney, a sculpté les personnages du jeu Dishonored 2 d’Arkane, vous verrez apparaître une personnalité dans toute sa complexité. Impossible de tout intellectualiser, l’Art se fait… en écrivant, dessinant, sculptant… Tentez l’expérience, observez attentivement chaque détail, et vous verrez émerger un personnage qui fera évoluer l’histoire d’une façon que vous ne soupçonniez pas. Pour en savoir davantage… lire Jeu vidéo : Nouvelle forme d’art ?

Le cercle lunaire du 21e Siècle

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 Après les Lumières écossaises du XVIIIe Siècle, participez aux Lumières montréalaises du XXIe Siècle ! Réveillez le génie en vous qui ne demande qu’à éclore. Le tumulte du monde réclame votre créativité et votre esprit entrepreneurial. Rejoignez le Cercle Lunaire du 21e Siècle, bouillon de culture des inventifs qui voient ce que les autres ne voient pas encore. Pour en savoir davantage, lire: Qui seront les grands inventeurs et innovateurs du XXIe Siècle.

Asseyez-vous !

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Photo PIerre Guité. Assez-vous par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

S’asseoir. Vivre l’aventure d’aller nulle part. Si cet exercice vous semble trop facile, détrompez-vous. Les apparences sont trompeuses. Je vous invite à vous asseoir trente minutes en silence tous les jours. Vous pensez que vous n’avez pas le temps ? Pour vous convaincre du contraire, lisez mon post L’art de l’immobilisme et du silence où je vous transmets les conseils de deux sages : le célèbre chanteur Leonard Cohen et l’écrivain-philosophe, Pico Iyer, c’est dans Votre laboratoire créatif.

LE MONDE DU FAIRE AVEC L’ÉCHO-FAB

Dessin d'un participant lors de l'ATELIER INTERGÉNÉRATIONNEL DE CRÉATION D'OBJETS INNOVANTS QUI S'EST DÉROULÉ LE 1ER OCTOBRE 2015 AU LABORATOIRE DE FABRICATION NUMÉRIQUE, L'ÉCHOFAB DE COMMUNAUTIQUE.

Dessin d’un participant lors de l’ATELIER INTERGÉNÉRATIONNEL DE CRÉATION D’OBJETS INNOVANTS QUI S’EST DÉROULÉ LE 1ER OCTOBRE 2015 AU LABORATOIRE DE FABRICATION NUMÉRIQUE, L’ÉCHOFAB DE COMMUNAUTIQUE.

Un espace communautaire à Montréal où la vie s’invente. Un lieu vivant dirigé, avec cœur et intelligence, par une femme qui s’engage, Monique Chartrand.

Monique Chartrand, Directrice générale, Communautique

Monique Chartrand, Directrice générale, Communautique

Lorsqu’elle raconte l’histoire de Communautique, une petite lumière scintille dans ses yeux. Tout en parlant, sa main s’active en vitesse sur la grande feuille blanche, retraçant le parcours d’un organisme qui se consacre entièrement à sa communauté et à la société. Tantôt ses paroles devancent sa main, tantôt sa main devance ses paroles.

L'histoire de Communautique dessinée par Monique Chartrand.

L’histoire de Communautique dessinée par Monique Chartrand.

Découvrez la palpitante histoire de l’Écho-Fab de Communautique et surtout la merveilleuse aventure qui se prépare pour l’été 2016 et dont vous pourriez-être co-acteurs ! C’est dans votre laboratoire créatif !

VIVRE LONGTEMPS !

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Dessin Pierre Guité, Pour vivre longtemps par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif

Résider à proximité de l’océan, bénéficier de cures thermales, se mettre aux régimes alimentaires crétois ou japonais constitueraient selon plusieurs un gage de longévité. Pourtant les Américains qui vivent les plus vieux et qui sont les plus en santé résident au Dakota !

Le Dakota se situe, au nord du pays, à des centaines de kilomètres des océans atlantique et pacifique. Ses habitants ont la réputation de vivre à la dure. Le climat de la région n’a rien de commun avec la Californie. Les étés sont torrides et les hivers glaciaux. Des ouragans et des tornades balaient fréquemment la région. Les résidents du Dakota sont réputés pour être disciplinés. Pour eux, il est essentiel d’être actifs pour le bien-être du corps et de l’esprit.

Une étude publiée dans le Journal of Aging Research analyse le mode de vie de plusieurs centenaires dans des populations rurales telles que celles que l’on trouve au Dakota. Certains facteurs favoriseraient la longévité, tels les liens communautaires, l’entraide, une vie sociale active et soutenue ainsi qu’un niveau élevé de résilience qui constitue un facteur important pour faire face aux conditions de vie difficiles. Le fait d’être isolé vous oblige à vous débrouiller, mais aussi à recourir, lorsque cela est nécessaire, à l’aide d’autrui. Au Dakota, les épisodes climatiques violents sont fréquents et le fait d’être coincé dans une tempête de neige, par exemple, nécessite l’aide des passants.

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Créons la Lunar Société du XXIe Siècle

Cet article est le troisième de la série Apprendre autrement, si vous n’avez pas lu les articles précédents, voici les liens : Le temps zéro et Rituels imaginaires.

Dessin Pierre Guité, Créons la Lunar Société du XXIe Siècle

Dessin Pierre Guité, Créons la Lunar Société du XXIe Siècle

Si tant est qu’il soit nécessaire de se retirer du monde pour créer, il est tout aussi essentiel d’être dans le mouvement du monde pour en humer les odeurs et les saveurs. Sans les autres, nous ne serions rien. Je vous invite à entrer dans le monde avec gourmandise, à ne pas avoir peur de la vitesse, de l’étrangeté et de la différence des autres, mais au contraire de prendre plaisir à surfer sur les vagues d’un monde en mouvement. Imprégnez-vous de ses énergies créatrices !

CE QUI FAIT FRÉMIR LES MATHÉMATICIENS, OU QUI LES MET CARRÉMENT EN TRANSE, CE NE SONT PAS LES IMAGES OU LES ARRANGEMENTS DE SYLLABES, CE SONT LES RELATIONS ENTRE LES OBJETS MATHÉMATIQUES, LES SYMÉTRIES INATTENDUES, LES LIENS INVISIBLES. DES RELATIONS SI BELLES QUE L’ON EST TOUT DE SUITE CONVAINCU DE LEUR RÉALITÉ FRAPPÉ, PAR UNE AVEUGLANTE ÉVIDENCE.

CÉDRIC VILLANI DIRIGE L’INSTITUT POINCARÉ À PARIS

Les périodes exceptionnelles de l’histoire ont été des époques de fertilisations croisées grâce à des rencontres, parfois improbables, qui ont donné des résultats étonnants. Pensons à la créativité de Grenade au XIIe S, fabuleuse période d’intégration arabo-musulmane ou à la Renaissance italienne qui a fait briller Florence de mille feux.

Rappelons-nous les Lumières écossaises, époque où le grand-père de Charles Darwin, Erasmus a créé avec un groupe de penseurs de différentes disciplines, la Lunar Society. Le groupe constitué, entre autres, de David Hume, Adam Smith, Henry Home, Thomas Reid, John Millar, Dugald Stewart, Adam Ferguson, James Mill, Hugh Blair, James Boswell, John Leslie, George Campbell, John Millar, James Burnett, Francis Hutcheson et j’en passe, se rencontrait tous les soirs de pleine lune pour échanger sur leurs découvertes. Quelle période d’émulation extraordinaire ! Les Écossais ont contribué sans discontinuer de façon disproportionnée à la science et aux lettres : James Hutton – James Watt – William Murdoch – James Clerk Marxwell – Lord Kelvin – Walter Scott… Il est évident que le mouvement des lumières écossaises a été favorable aux multiples inventions du Dr Erasmus Darwin. Il a eu tant d’idées qu’il a fait breveter plusieurs de ses inventions à ses amis par crainte de perdre sa crédibilité en tant que médecin.

Et comme vous pouvez le constater, ses idées sont très diversifiées : Le moulin à vent horizontal de Josiah Wedgwood (grand-père d’Emma Wedgwood, épouse de Charles Darwin) ; un type de chariot qui ne se renverse pas, conçu en 1766 ; une machine parlante, conçue en 1771 ; l’ascenseur à caisson du canal à charbon du Sommersetshire ; divers appareils de météorologie ; un puits artésien… Et que dire de son idée d’utiliser l’électricité pour réanimer les corps qui lui aurait été inspirée par Mary Shelley (qui faisait partie de la bande) lorsqu’elle a créé le personnage de Frankenstein.1

Que se passait-il dans la Lunar Society ? Il se partageait des idées incroyables tant dans les domaines scientifique, technique que social, ils se stimulaient les uns les autres, et chaque soir de pleine lune, ils présentaient leur projet abouti ou non. Le fait d’en parler, d’être stimulé, d’avoir un délai… tout cela contribuait à l’émulation. L’écrivaine Mary Shelley aurait même affirmé que cela l’avait rendue nerveuse, et l’avait aidée à écrire et à inventer son célèbre Frankenstein.

C’est aussi à cette époque que les chercheurs mènent le combat contre l’esclavagisme et contribuent à l’émergence de la démocratie, des droits de l’homme et de l’éducation des jeunes et des femmes.

Même chose pour Edison et ses 1093 inventions au temps des pionniers américains, une autre grande période d’émulation collective. Être dans l’air du temps est un facteur très important pour stimuler nos esprits et attiser notre curiosité.

Découvrez quelques astuces pour être de son temps ? C’est dans Votre laboratoire créatif.

Aménagez votre atelier…

Photos_2014_2591Depuis plusieurs années, je fais faire cet exercice amusant à mes étudiants. La plupart choisissent un lieu de nature et si c’est à l’intérieur, il y a souvent une grande fenêtre. Tous les créateurs ont leurs rituels : un certain type de carnets, de crayons, d’outils spécifiques, un bureau aménagé… Il est d’ailleurs conseillé de préparer son lieu de travail avant ses séances de créativité. Le rituel peut aussi inclure une promenade, un café… peu importe, l’important est que le cerveau et tous nos sens se préparent à recevoir l’inspiration.

Nous avons tous nos endroits préférés lorsque vient le temps de se concentrer pour réaliser un travail important. Que ce soit un coin du garage, de la chambre ou un bureau, ce lieu dédié est important. L’endroit où on installe son atelier pour mieux réfléchir et créer peut faire toute la différence.

Je vous propose 10 astuces pour y arriver dans Votre laboratoire créatif.

Le temps zéro

Photo-Francesca-Woodman

Photo-Francesca-Woodman

Le théorème que l’on cherche existe de toute éternité, mais pour le formuler puis le découvrir, il faut inventer un chemin.— Don Zagier

Lorsque l’École Polytechnique de Montréal m’a invitée à participer à l’élaboration d’un cours sur la créativité pour les doctorants, j’ai eu envie de commencer par Le temps zéro. J’ai pensé que cela parlerait autant aux mathématiciens qu’aux ingénieurs en génie civil, physique, industriel ou nucléaire. J’avais trouvé ma porte d’entrée pour leur parler d’art et de poésie sans trop les choquer !

En fait, l’idée m’a été soufflée (on n’invente rien, on ré-interprète) par la fabuleuse exposition Mathématiques, un dépaysement soudain organisée par la Fondation Cartier à Paris en 2012-2013. Le catalogue de l’exposition est devenu, pour moi, un carnet de rêves. Je ne suis ni mathématicienne ni une savante scientifique, mais ceux qui pratiquent ces métiers me font rêver. La passion avec laquelle ils parlent de la relation entre les nombres et l’univers est une véritable poésie.

Pour cette exposition, mise en scène par David Lynch, six scientifiques et six artistes ont partagé leur vision du monde. J’avais d’ailleurs écrit un post dans Art Talks.

Le catalogue de l’exposition est encore en vente, si ces sujets vous intéressent, je vous le recommande, ce livre est un bijou. Mon cours se divise en plusieurs temps. La première partie, Réflexion-Intention consiste au Temps zéro, au Temps du monde et à Votre temps. Viens ensuite, la deuxième partie Création-diffusion, le temps créer, les jeux du possible et un micro living-media lab. J’ai la chance d’avoir plusieurs complices et partenaires : Le Jardin Botanique, L’Espace pour la vie, le Planétarium, le Centre des Sciences de Montréal, le Centre Phi et bientôt, pour cette rentrée, le Fab Lab. Cela transforme l’expérience d’apprentissage en un merveilleux bouillon de culture artistique, écologique, social, technique et scientifique.

Comme nous tous — et peut-être plus encore — mes étudiants sont pressés et occupés, je souhaite leur transmettre des clés pour les aider à réussir leur vie, les faire rêver, même si je sais qu’ils sont très préoccupés par leur doctorat et pas très enclins à parler d’autres choses que de leurs recherches. Ils ont souvent des familles, parfois un travail, et doivent, en plus, réussir ce défi important dans leur vie. Plusieurs viennent d’un pays étranger, expérimentant simultanément l’immersion dans une nouvelle culture. Ils ont donc besoin de tout le soutien possible.

Mes étudiants sont toujours étonnés, parfois déstabilisés, par le style de mon séminaire qui se démarque de tout ce qu’ils ont connu avant. Chose certaine, ils n’oublieront pas ce cours hors normes qui se veut une bouffée créative et poétique, même si pour certains cela pourrait être considéré comme une perte de temps dans une période où ils en ont si peu.

Qu’est-ce qu’une meilleure productivité en science peut avoir en commun avec le rêve, la poésie, la culture et les jeux ? Certains doutent même que la créativité puisse être un atout dans leurs recherches. Et vous, qu’en pensez-vous ? Pour vous aider à vous faire une opinion, je vous invite à nous accompagner… Prêts pour la balade ?

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Tempête d’idées

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Dessin-photo©Pierre Guité, Tempête d’idées par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif

Est-ce que des idées géniales émergent pendant une séance de brainstorming traditionnelle ? Pas vraiment.

Rares sont les personnes douées pour animer de telles séances. Cela explique probablement la mauvaise réputation qu’a acquise cette méthode au fil du temps. Dès l’ouverture de la séance, les plus extravertis se lancent avec enthousiasme et passion. Les introvertis écoutent et adhèrent aux idées des premiers sans vraiment partager ce qu’ils pensent. Si certains souhaitent s’exprimer, les bavards leur en laissent rarement l’occasion. Et puis, lorsque nous avons une idée en tête, il devient plus difficile de penser à d’autres idées. Il est préférable de pouvoir émettre ses idées avant d’avoir entendu celles des autres. Sans compter qu’en entreprise, il arrive souvent que les personnes préfèrent ne pas partager leurs idées par crainte de se retrouver responsable de leur exécution.

Les études démontrent que les meilleurs brainstormings sont silencieux (20% plus d’idées)1. Ils permettent à tous de s’exprimer librement. Selon Loran  Nordgren, professeur à l’Université Kellogg, les brainstormings seraient encore plus efficaces lorsqu’ils sont anonymes.

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Connaissez-vous leurs secrets ?

Capture d'écran 2016-08-29 22.12.02Plusieurs parmi nous avons concocté des surprises pour nos étudiants. Et par étudiants… j’entends tout le monde. Nous passons notre vie à apprendre et à enseigner aux autres ce que nous apprenons. Le grand buzz de la rentrée est le mot transformation… en éducation, mais aussi en économie-finance, en agriculture, en technologie, en entreprenariat… Fini l’époque où l’on passait des heures à réfléchir à la théorie avant d’agir. Nous avons inversé le processus. Nous expérimentons d’abord (le plus créativement possible), peu importe si cela est imparfait, c’est même préférable, cela permet de faire émerger une connaissance qui nous aurait échappé autrement. Ensuite, nous documentons l’expérience avec les usagers et revenons à la théorie pour approfondir notre compréhension et faire les liens qui s’imposent. Je l’expérimente depuis plusieurs années. Cela fonctionne extrêmement bien.

D’ici Noël, fixez-vous l’objectif de rejoindre au moins un laboratoire vivant. C’est facile, regardez autour de vous, le monde est un laboratoire ! Les amis de l’European Network of Living Labs sont repartis pour la Belgique, la France, l’Angleterre, les pays scandinaves, l’Australie, les Pays bas, la Tunisie et même Taïwan et le Japon…  ils sont tous très actifs, essayez de participer à leurs activités.

Si vous êtes à Montréal, je vous invite à venir me rejoindre pour l’ouverture de la saison Les Midis de l’innovation du Desjardins Lab, le jeudi 8 septembre. Venez découvrir le programme que l’équipe a préparé et Kiffin, le formidable projet de Natasha et Aaron pour permettre à tous de se nourrir de manière plus équilibrée.

Pour ma part, je vous dévoilerai ce que j’ai constaté en mettant bout à bout des exemples récents. La créativité est un super-pouvoir (nous le savions). Utilisée à bon escient, elle peut rendre possible ce qui semblait impossible jusque-là (nous le savions aussi). Mais pour vraiment révéler son pouvoir, il faut l’associer à un ingrédient révélateur. Tout bon leader doit connaître cette composition pour orchestrer les grands changements dont les organisations et la société ont besoin. Le jeudi 8 septembre, je partagerai des exemples qui ne permettent plus d’en douter ! Venez casser la croûte avec nous.

Pour vous inscrire : Les Midis de l’innovation au Desjardins Lab.

Sylvie vous propose une approche où tous ont des super pouvoirs, ils sont les héros d’une nouvelle gouvernance et d’une société à co-construire.

Auteure (La Cité des intelligencesl’École des désirs, le Rêve que j’habite… ), blogueuse et directrice artistique (La nuit des robots), Sylvie Gendreau est la fondatrice des Cahiers de l’imaginaire et la présidente de Gendreau Communications. Elle enseigne la créativité aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal.

Pour stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatifet amusez-vous à faire les exercices qu’elle vous propose dans le Cahier d’exercice.