Musings on a Glass Box (ballade pour une boîte de verre)

Pour son trentième anniversaire, la Fondation Cartier a invité les artistes-architectes new-yorkais, Diller Scorfidio + Renfro…  Derniers jours pour découvrir cette exposition subtile, technologique et créative.

Lire la suite dans Art Talks

Diller Scofidio + Renfro réimagine le Lincoln Center et la High Line à New York

 Ne pas se laisser abattre pourrait être la devise de New York. Son histoire, depuis 400 ans, en dit long sur sa capacité à se relever des crises et à trouver des solutions originales pour résoudre des problèmes qui semblaient, il n’y pas si longtemps encore, impossibles à résoudre. “ The positive attitude ” y est certainement pour quelque chose. Violence, propreté, reconstruction, relance de l’économie… ce ne sont pas les défis qui manquent aux New-Yorkais. Chaque fois, on assiste consterné aux catastrophes… chaque fois, on est étonné des rebondissements spectaculaires. Les New-Yorkais aiment leur ville et s’engagent pour elle. Chaque fois, New York se relève. Les concours d’architecture et d’urbanisme sont de bons indicateurs pour la métamorphose d’une ville. On sentait depuis un moment déjà, le désir de New York d’être une ville plus verte, plus collective, plus ouverte, plus agréable à vivre… New York, la dynamique, n’était pas pour se laisser damner le pion par les villes qui se réveillent, conscientes que si elles savent y faire, elles deviendront de nouveaux modèles écologiques qui feront évoluer la société vers un avenir plus organique et plus serein qui prend modèle sur la nature.

La ville de demain ressemble à tout autre chose que ce que nous avons connu. Fini les villes sans âmes, les bâtiments austères, les entreprises bardées de tôle ondulée et de logos, les centres commerciaux géants et sans âmes, les quartiers grisâtres et sans vie, les villes de béton sans nature, témoins d’injustice et de lourdeur. Bientôt, ces villes grises, on les préférera mortes. On les abandonnera à leur triste sort s’il n’y pas de volonté de les faire revivre en harmonie avec les valeurs d’une société en mouvement et connectée.

diller-scofidio--r

Une société plus consciente qui n’a pas l’intention de laisser la pollution, ni le manque de partage et de solidarité les tuer. L’intelligence collective commence à porter ses fruits… un nouveau vent souffle… artistes, urbanistes, architectes, chercheurs s’engagent. La recréation est commencée.

Finie la pratique traditionnelle d’une certaine architecture, mettant les citoyens en cage, les enfermant avec leurs peurs et traumatismes, les emmurant dans leur château ou leur ghetto, les abandonnant à leur individualisme. La ville intelligente connecte et éduque. Les citoyens interagissent. Artistes et architectes mettent en scène les acteurs dans une dynamique d’interactions complexes qui dessine le nouveau motif harmonieux d’une coévolution organique qui donne envie de vivre et de créer pour y participer.

New York, pourtant éprouvé plus que la plupart des villes, renaît. Entre chirurgie et acupuncture, l’approche interdisciplinaire de Diller Scofidio + Renfro contribue à la qualité de vie de tous les New-Yorkais. L’architecture et l’urbanisme sont des actes graves. Ce que l’on rénove et construit impacte durablement les villes et le comportement citoyen.

Fondée en 1979, l’agence new-yorkaise Diller Scofidio + Renfro se distingue par son approche décloisonnée de l’architecture. En 1999, ses fondateurs ont reçu le prestigieux prix de la Fondation MacArthur. Avec l’achèvement presque simultané de deux de ses réalisations d’envergure à New York, soit la réaffectation de la High Line, et la revitalisation et l’expansion du Lincoln Center for the Performing Arts, Diller Scofidio + Renfro a enthousiasmé les New-Yorkais.

images
Exhibition pavilion Blur-building – Yverdon-les-Bains, Suisse, Expo 2002 — Photo Credit: Beat Widmer

À l’origine de ces métamorphoses réussies, il y a l’histoire d’un couple. Ricardo Scofidio enseigne à The Cooper Union School of Architecture, Elizabeth Duller suit ses cours. Le courant passe entre l’étudiante et le professeur. Ils partagent une vision commune sur la faillite de l’architecture contemporaine. Ni l’un ni l’autre n’a de grandes ambitions. Tout ce qu’ils souhaitent, c’est emprunter des places publiques, des lieux pour y aménager des installations et y mener des expériences interactives. Leurs interventions sont de plus en plus remarquées… mais toujours pas de construction en vue. Même le célèbre Blur-Building n’est qu’une plateforme pour que les promeneurs puissent entrer dans un nuage de vapeur d’eau en visitant l’exposition en 2002 à Yerdon-les-Bains en Suisse. Ceux qui les observent se demandent si un jour ces architectes construiront enfin un vrai bâtiment.

Puis un jour, leurs premiers clients osent les solliciter pour construire. On fait confiance à leur créativité. Le couple n’a rien à perdre, ils avancent avec leurs convictions. Le succès ne se fait pas attendre. D’un projet à l’autre, les résultats sont spectaculaires. Ce couple généreux n’hésite pas, en 2004, à demander à un de leurs collaborateurs depuis 1997 à devenir partenaire de leur agence, c’est le + Renfro. Aujourd’hui, ce trio et leur centaine de collaborateurs comptent parmi les agences les plus demandées du moment. Les fondateurs de l’agence semblent toujours aussi étonnés de leur destin. Jamais, ils n’avaient imaginé réaliser de si grands projets, même en rêves.

«LAISSONS LE SOLEIL FAIRE SON TRAVAIL. »

Entre 2004 et 2011, l’agence a converti une voie ferrée abandonnée du West Side en un superbe parc suspendu, devenu depuis la promenade préférée des New-Yorkais. Parallèlement, DS + R a également rénové la salle Alice Tully du Lincoln Center et la Juilliard School, conçu un spectaculaire pavillon abritant un restaurant, recouvert d’un toit vert, et modifié les espaces publics reliant les bâtiments existants du complexe.

Ces deux projets, qui ont métamorphosé la ville de New York, ont fait l’objet d’un excellent documentaire réalisé par Muffie Dunn et Tom Piper de la Checkerboard Film Foundation, Diller Scofidio + Renfro : Reimagining Lincoln Center and the High Line, présenté au Festival international du film sur l’art à Montréal.

Leur approche interdisciplinaire de l’architecture est certainement l’une des clés pour repenser les villes de demain. La ligne conductrice de cette équipe est la prise en compte constante du public. Il y a une vraie générosité citoyenne. Lorsqu’ils ont aménagé la voie ferrée désaffectée située au-dessus des immeubles, ils avaient en tête l’importance d’en faire un lieu de rencontres. L’idée des cadres géants qui permettent d’avoir un autre point de vue sur la ville et sur les passants est tout simplement géniale. Le conseil de Ricardo Scofidio : « Laissons le soleil faire le travail comme il le fait pour les plantes. » Construire de manière organique en harmonie avec l’évolution de la nature, voir déjà ce qui se passe sur le territoire avant de tout démolir doit être un principe essentiel de l’architecture contemporaine et durable.

VOIR ET ÊTRE VUS

Le fil rouge de leurs projets pourrait se résumer en une phrase : Voir et être vus. Ricardo Scofidio explique ce qui leur a donné cette idée. « En Italie, dans les théâtres où les spectateurs se voient entre les représentations, on pouvait constater leur joie d’être là, d’être ensemble. Imaginons des parcs qui encouragent des arrêts sur image sur l’Autre, qui favorisent un regard différent sur la ville et ses citoyens, un concept formidable à développer.

Dans la rénovation du Lincoln Center, ils ont bien écouté les plaintes des uns et des autres… personne ne croyait qu’un seul projet réussirait à satisfaire tout le monde. C’est pourtant ce qu’ils ont accompli. Chaque geste est habité par la pensée de respecter ce que le public aime. Que ce soit en démolissant le pont qui gâchait la perspective de la rue entière, en enlevant les murets qui empêchaient de voir ce qui se passait à l’intérieur des immeubles ou en permettant de voir, depuis la rue, les danseurs en répétition à la Juilliard School, tout conduit à plus de transparence pour que les uns et les autres se voient, se rapprochent, se connectent.

Ce qui est éloquent dans leurs prestations, c’est ce jeu rendu possible entre le dehors et le dedans. Leurs architectures deviennent des lieux de performances où chacun peut jouer un rôle. Désormais, lorsqu’on emprunte les rues du Lincoln Center non seulement on peut avoir un aperçu de ce qui s’y passe à l’intérieur, on a également l’impression de faire partie de cette communauté d’artistes et d’artisans.

Les multiples écrans sur les trottoirs donnent à voir les performances des différents artistes pendant les spectacles, rendant ainsi la culture plus accessible à tous. Ce n’est plus de la publicité marchande, manipulatrice… c’est un partage, un échange généreux et réciproque entre ceux qui créent et ceux qui reçoivent.

Elizabeth Diller apprécie qu’on leur ait fait confiance. Pour la salle de concert, ils se sont amusés, ils ont expérimenté… ils n’avaient jamais réalisé une salle de concert auparavant. « Nous nous faisons plaisir, nous construisons comme si c’était pour nous. En tant que New-Yorkais, nous sommes ravis de pouvoir profiter de ces lieux. »

Nommée l’entreprise la plus innovante de Fast Company en 2010, le carnet de DS+R est rempli de projets extras qui sont attendus pour 2015 : le centre médical de l’Université Columbia, le musée d’art de Berkeley, le pavillon des arts et de l’histoire de l’art de Standford et à New York, la D Tower, le Culture Shed et la cinquième phase de la High Line ; pour 2014, le musée des images et du son à Rio de Janeiro, The Broad à Los Angeles, Bubble : le jardin de sculptures du Musée Hisrshhorn à Washington…

Un renouveau de l’architecture et de l’urbanisme qui propose aux citoyens des lieux où la nature, l’art et la société se entrecroisent. Ne reste qu’à souhaiter que leur approche décloisonnée fasse école, les villes ont plus que jamais besoin de se réinventer.

Slow Building

La Maison de la musique de Helsinki : une magnifique leçon d’intelligence collective et de réflexion sur comment construire au XXIº siècle.

La Finlande possède depuis août 2011 une véritable cité de la musique. Outre une salle de concert de 1 700 places pouvant héberger les deux excellents orchestres de musique classique de Helsinki, l’Ochestre symphonique de la radio finlandaise et l’Orchestre philhamornique de Helsinki, le complexe habite cinq petites salles de concert, l’Académie Sybelius (qui forme de futurs grands musiciens), une médiathèque et un café-restaurant.

Les architectes avaient deux objectifs principaux : créer, au cœur de la capitale finlandaise, un bâtiment en harmonie avec le paysage urbain et une salle de concert à l’acoustique exceptionnelle.

Dans un documentaire qui a remporté le Grand prix au 31e Festival international du film sur l’art, Helsinki Music Centre – Prelude, Matti Reinikka et Milsa Latika racontent l’histoire de la construction de la Maison de la musique, un projet qui a déclenché un vaste débat social en raison de ses coûts élevés (140 millions d’euros initialement prévus). Il aura fallu près de 20 ans pour que la Maison de musique puisse enfin ouvrir ses portes en 2011. Aujourd’hui, le projet est considéré comme une grande réussite par tous.

helsinki_music

La directrice, Helena Hiillivirta, ancienne journaliste, a été un des joueurs majeurs dès la première heure. Elle est l’image du projet. En aucun temps, elle ne dévie de l’objectif principal et du souhait de rapprocher tous les acteurs. Douce et souriante, elle fait preuve d’une fermeté tranquille et déterminée. Helena garde le cap sur la vision d’avenir et d’excellence, elle évite le piège des compromis qui finissent souvent par détruire la beauté d’un concept. L’architecte en chef, Marko Kivistö, est le philosophe de l équipe. Avec lui, les obstacles deviennent des occasions de réfléchir de manière introspective, de toujours s’améliorer, de mieux faire. Il a une façon, bien à lui, de pousser la réflexion dans l’adversité. Si nous n’avions pas de contraintes budgétaires, les choses seraient impossibles. Les contraintes sont saines, elles sont un garde-fou. Se donner le temps de construire des bâtiments pérennes, durables… Toujours essayé d’associer l’architecture à l’art et à la nature est une responsabilité pour chaque projet. Selon lui, toute société doit poursuivre l’objectif fondamental de créer de la beauté. « La beauté ne peut que permettre la connexion à quelque chose de bon. »

Pendant toute la construction, deux jeunes chefs d’orchestre s’expriment : Dalaia Stasevska et Ansttu-Matias Rouvali. Ils incarnent les artistes qui ne peuvent vivre sans musique. Ils se perçoivent comme des docteurs de l’âme, se disant tout aussi utiles pour la société que ceux qui exercent des métiers plus concrets. « La musique fait du bien à tous y compris aux autistes. » La musique guérit, apaise, rapproche. Pour eux, que tous se mobilisent pour un projet qui valorise la création musicale et sa diffusion, représente un soutien formidable pour l’avenir de la musique classique qui aurait sinon sombré dans l’oubli. Leur joie est de constater que le public y adhère tout autant, y compris les jeunes qui n’avaient pas auparavant l’occasion d’en écouter.

La directrice a toujours insisté pour que ce projet architectural ne soit pas érigé comme un temple de la culture, mais plutôt comme un lieu d’échanges, de rencontres et de connexions. Selon les usagers, l’objectif est pleinement atteint. Il ressemble plutôt à un campus permettant des rencontres fortuites et porteuses. Un lieu d’émulations accessible au plus grand nombrFe. Un lieu qui donne le goût de la musique et de la culture. La meilleure pédagogie qui soit.

Ce que le monde moderne nous apprend, c’est qu’il est temps de ralentir. Après le mouvement du Slow Food, du Slow Management… peut-être est-il temps de penser à plus de lenteur même pour la construction de grands projets. Marko Kivistö pense qu’il faut désormais ralentir en construisant. Serions-nous prêts pour le Slow Building ? Dans le cas de la Maison de la musique de Helsinki, cette lenteur leur a permis de réduire les coûts et d’inclure un plus grand nombre d’acteurs dans le projet.

Construire de façon plus pérenne en s’inspirant de la nature. Donner du temps au temps. Accepter de perdre certaines choses pour en gagner d’autres. Un processus évolutif d’intelligence collective qui réserve forcément des surprises sur le chemin. On ne peut pas tout prévoir, il faut savoir s’adapter et être au service des autres. L’architecture de demain sera interactive, organique, instinctive, vivante. En créant une maison de la musique au service des opérations (artistes et artisans) et du public (divertissement et éducation), Helsinki montre la voie.

Pour visionner la bande annonce de HELSINKI MUSIC CENTRE – PRELUDE.

Les œuvres primées seront présentées en tournée dans diverses villes au Canada et à l’étranger à partir de l’automne 2013.
Grand Prix  2013 – 31ᴼFIFA ⎜Parrainé par Astral ⎜HELSINKI MUSIC CENTRE – PRELUDE ⎜Matti Reinikka, Miisa Latikka (Finlande)