David Hockney

Prix du meilleur portrait
au 34e Festival International du Film sur l’Art

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David Hockney, un film de Randall Wright

 

Le portrait de David Hockney du réalisateur Randall Wright montre qu’une particularité peut mener loin… Né dans une famille modeste en Angleterre, il n’imaginait pas connaître un tel succès en tant qu’artiste. Après des études au Royal College of Art de Londres, il se lance dans la peinture figurative alors complètement à contre-courant des mouvements contemporains.

David Hockney, atteint de synesthésie, voit des couleurs lorsqu’il entend de la musique. Il utilise la photographie des objets, choisissant des angles différents, des prises de vues décalées les unes par rapport aux autres. C’est ainsi qu’il peint A closer Grand Canyon et nombre de photocollages (A Chair, Jardin du Luxembourg).

À partir de 1960, David Hockney mêle figuration et Pop Art. Lors de la Biennale de Paris, en 1963, il expose des œuvres plus autobiographiques. Il peint des autoportraits et des portraits. C’est l’époque où il rencontre Andy Warhol à New York, autre artiste à faire du figuratif. En 1978, Warhol lui rend visite à Los Angeles et lui suggère de faire sa série de piscines.

Les techniques de David Hockney consistent à appliquer sur la toile de très minces couches de peinture en aplats qui donnent une impression proche de la photographie. Il approfondit sa technique avec des polaroïds, déplaçant le point de vue et les assemblant différemment.

De 1986 à 1998, il travaille sur une très grande œuvre, Bigger Grand Canyon. Il s’agit de l’assemblage de 60 photographies qui mesure 113 x 322 cm. Il reprend ensuite ces vues sur trois bandes de papier pour les dessiner avec des fusains et des crayons. La peinture finale mesure 207 x 744,2 cm.

À Paris, le Centre Pompidou présente une rétrospective de son œuvre sur les paysages, intitulée : ESPACE / PAYSAGE en 1999. On voit les questions posées et les réponses qu’il apporte, depuis les années soixante, à la représentation des paysages avec d’autres moyens que la perspective linéaire.

En 2001, il publie l’essai passionnant : Savoirs secrets, les techniques perdues des Maîtres anciens, aux éditions du Seuil.2 Il montre l’utilisation d’appareils d’optique, par de nombreux peintres depuis le XVe siècle.1

C’est en affichant sur le mur de son atelier des photocopies en couleurs des peintures d’avant la Renaissance jusqu’à nos jours, qu’il a vu des différences notables, à partir de certaines époques. En même temps, les dessins de tissus plissés deviennent parfaits, les reflets des armures sont comme des photographies, les personnages qui tiennent une coupe à la main pour boire sont presque tous gauchers. L’utilisation de miroirs est probable.2

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Jan van Eyck sur sa toile « Les époux Arnolfini » montre un miroir convexe représentant ce que voient les personnages qui nous font face, qu’on ne pourrait pas voir autrement. Plus tard certains peintres, comme Canaletto, ne se cachaient pas d’utiliser la « camera obscura », d’autres ont utilisé des jeux de miroirs ou des miroirs concaves qui projetaient l’image sur la toile à peindre. Ses démonstrations sont fascinantes, notamment celle qu’il réalisa à Florence avec ses assistants pour reproduire la fameuse tablette de Brunelleschi. À l’heure où le soleil éclaire la Baptistère devant le Duomo, il a installé un miroir concave à l’ombre du porche qui reproduisait fidèlement l’image du baptistère sur un carton blanc placé devant lui. Comme Brunelleschi lui-même l’avait très probablement fait, en utilisant un miroir pour illustrer l’invention de la perspective.2

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En 2005, il revient en Angleterre sur les lieux de son enfance. Dans un vaste atelier dans l’Est du Yorkshire, il peint des paysages en très grands formats. D’abord des aquarelles qu’il présente dans un seul cadre qui contient 36 aquarelles pour montrer l’ambiance générale. Ses peintures ont plusieurs points de vue différents pour permettre au « regardant » d’entrer dans le paysage pour le ressentir comme le peintre qui les observe.

En 2010 il expose à Paris, à la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint-Laurent ses œuvres réalisées sur Iphone et Ipad.

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Une grande exposition a été présentée en 2012 à la Royal Academy de Londres, « A Bigger Picture » qui montre de grandes œuvres sur le thème du paysage anglais. Ce sont surtout de très grands formats mais il montre aussi des œuvres réalisées sur un iPad dont il use comme un carnet de croquis avec des possibilités plus étendues. Plus surprenante, la perception d’un paysage par 18 caméras placées à différents points de vue. Il poursuit donc son exploration de la reproduction des paysages, commencée il y a une cinquantaine d’années, sans se contraindre à la perspective. Il multiplie les points de vue sur un assemblage de plusieurs toiles et pense que la peinture est seule à pouvoir donner cette lecture d’un paysage.

David Hockney revient à la Royal Academy cette année avec un nouveau travail remarquable. Embrassant le portrait avec une vigueur créative renouvelée, il offre un aperçu intime du monde de l’art de Los Angeles et des gens qui ont croisé son chemin au cours des deux dernières années. Hockney se détourne cette fois de la peinture et de sa maison de Yorkshire, il est de retour à Los Angeles. Il revient à la contemplation silencieuse du portrait, en commençant par une représentation de son directeur de studio. Au cours des mois qui ont suivi, il a été absorbé par le genre et a invité des personnes de tous les domaines de sa vie à poser dans son studio. Ses sujets —tous les amis, famille et connaissances— personnel de bureau, d’autres artistes, des conservateurs et des galeristes tels que John Baldessari et Larry Gagosian. Chaque travail est de la même taille, montrant son modèle assis sur la même chaise, contre le même fond bleu. Tous ont été peints dans le même laps de temps : trois jours. La virtuosité de Hockney permet à la personnalité de chacun de sauter hors de la toile avec chaleur et immédiateté. À voir cet été si vous êtes à Londres.

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Randall Wright est producteur et réalisateur. Il entre à la BBC en 1985 après des études en histoire et en histoire de l’art à l’University College de Londres.

Filmographie | Séries Bookmark (1983), The Great Detectives(1999), Play it Again (2007); John Le Carré: The Secret Centre(2000); David Hockney: Secret Knowledge (2003), 21e FIFA; Freud’s Naked Truth (2010); Sister Wendy and the Art of Gospel (2012) ; Lucian Freud: Painted Life (2012), 32e FIFA.

Logo carre tumblr (5)Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour découvrir ses coups de cœur et stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

Viva DADA

Prix du meilleur film éducatif
au 34e Festival International du Film sur l’Art

9_VIVAdada-SophieTaeuberLe film de Régine Abadia est sensationnel. Entre effets sonores originaux, animations décalées et propos disruptifs… nous revivons l’impertinence et la vivacité de ce mouvement important de la seconde moitié du XXe siècle.

Si DADA est mort sept ans après sa naissance, cent ans plus tard, il vit toujours, dans l’art de la performance. Il a inspiré d’autres mouvements d’activistes créatifs tels que la Beats Generation, le Fluxus, le Punk, Yes Men, Pussy Riot…

Il faut se remettre dans le contexte de la Première Guerre mondiale, une guerre de destruction qu’aucun esprit sensé ne peut admettre. C’est la pensée des jeunes artistes et poètes qui ont fait DADA, un cri de révolte contre les sociétés capables d’engendrer une telle boucherie.

« Nous vivions dans un monde où aucune personne qui est un peu sensible ne pouvait accepter ou approuver, » déclare Hannah Höch à l’origine du dadaïste berlinois.

Mouvement littéraire et artistique bruyant, contestataire et iconoclaste, DADA a été une incroyable explosion créatrice dans les domaines des arts plastiques et de la pensée qui a révolutionné l’art du XXe siècle.

« En 1916, des artistes venus de toute l’Europe se rassemblèrent autour d’un idéal pacifique. Ils s’appelèrent eux-mêmes les dadaïstes. Ce mouvement artistique et littéraire, international et contestataire, a révolutionné l’art du XXe siècle. »

Plusieurs artistes célèbres y ont participé dès les premières heures : Tristan Tzara, Marcel Duchamp, Francis Picabia, Jean Arp, Man Ray…  L’Europe est morcelée. À l’époque où l’Internet n’existe pas, les dadaïstes créent un véritable réseau. Ils refusent les frontières et les fils barbelés…  Ils cassent tous les codes et s’attirent les fougues de la censure. Ils sont extrêmement créatifs tant avec la langue, la typographie, le graphisme. Après le poème phonétique, ils inventent le poème mathématique. Leur créativité est sans limite. Leurs figures de style font scandales.

Après la guerre, l’esprit est à la fête et à la provocation. Ceux qui ont vécu ce cataclysme dans leur jeunesse ne pensent qu’à se tourner vers la vie avec une espèce de fièvre… Ils veulent créer leur nouveau monde.

DADA est une attitude illogique qui conteste tout : les bourgeois, l’expressionnisme, le cubisme… C’est le mouvement le plus destructeur, le plus insensé, le plus subversif. Ils voulaient tout détruire à commencer par ce qui était conventionnel. Certains journalistes voient les dadaïstes d’un très mauvais œil, mais quand on est artiste ou intellectuel, dans le Paris des années folles, il faut en être.

Paris est cosmopolite. Les boîtes de jazz pullulent à Montmartre et à Montparnasse. Les dadaïstes, eux, choisissent un bar dans une ruelle près de l’Opéra. DADA connaît tout. DADA crache tout. Oui égale Non. Le mot DADA, synonyme de provocation, est présent sur toutes les lèvres.

Mais DADA n’était évidemment pas fait pour durer.  Le mot est rien, c’est un grand nettoyage pour aboutir à rien.

Un siècle plus tard, une historienne de l’art américaine, Adrian Sdhalter, veut achever le projet du Dada Globe, une idée de Tzara qui a invité les dadaïstes du monde entier à soumettre des autoportraits, des dessins, des photographies d’une œuvre, des mises en page et deux types littéraires : prose et poésie. Comme l’affirme Adrian Sdhalter, après l’analyse des œuvres : « C’est de l’humour qui n’est pas drôle, plutôt désespéré. »

Pourquoi on doit se soucier du Dadaglobe ? Parce que c’est un projet qui a généré énormément de créativité. Sans le Dadaglobe, certaines œuvres n’auraient jamais été créées comme par exemple Le rossignol chinois de Marx Ernst qui est devenu une image phare du surréalisme

Si des luttes d’ego et de pouvoir ont fait que chacun est finalement parti de son côté, il n’empêche que Tristan Tzara avait raison lorsqu’il a écrit : « DADA est un chainon dans le long parcours de la transformation des idées. » Loin d’être mort, cet esprit de rébellion vit toujours aujourd’hui.

Ce film rythmé et éducatif montre à merveille comment ce mouvement s’est construit jusqu’à la finalisation de l’une des œuvres majeures que Tzara n’a jamais pu terminer : le Dada Globe.

Bravossimo à Régine Abadia et à toute son équipe pour ce film vraiment extra, prix du meilleur film éducatif au 34e Festival International du Film sur l’Art. À voir et revoir.

Pour en découvrir davantage sur l’univers Dada à l’occasion du centenaire du mouvement, vous pouvez visiter le site interactif, cabaret digital, www.dada-data.net.

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Régine Abadia est réalisatrice de fictions et de documentaires, scénariste et photographe.

Filmographie | The Spirit of Gospel (2008) ; Pigalle nuit et jour (2000) ; Dalida, chez nous soyez reine (2002) ; Pourquoi marcher quand on peut rouler? (2003) ; Berit (2006) ;  Jenny Bel’air (2008) ; Yasmina et Mohammed (2012).

Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

La collection qui n’existait pas.

MoMA-1Grand Prix du 34e Festival International du Film sur l’Art

Herman Daled est un collectionneur belge qui n’aime pas qu’on le qualifie de collectionneur. Il préfère se comparer à ceux qui achètent des livres. Au cours de sa vie, il a acquis environ 800 œuvres d’art conceptuel. Mais futé est celui qui entrera chez lui et le devinera. Aucune œuvre n’est exposée en permanence sur les murs de sa maison. Seuls indices : de petites fiches dans un tiroir encerclées d’un élastique. Voilà toute sa collection.

L’artiste Daniel Buren, un ami de 46 ans, lui reproche de ne même pas déballer certaines œuvres. Herman Daled s’en amuse. Ce qu’il préfère plus que tout, c’est de les sortir à l’occasion et de les montrer à ses invités, puis de les ranger à nouveau. Il a fait cela toute sa vie.

Dans le documentaire que lui consacre Joachim Olender, ces moments semblent être des moments mémorables pour ce passionné d’art conceptuel. On imagine le débat d’idées entre amis et artistes sur la signification de ce mot, de ce signe…

Je suis, avant tout, solidaire politiquement avec les artistes.

Herman Daled

Pour cet homme, il est insensé de féliciter un artiste sur son travail et de ne pas lui acheter une œuvre. « Si tu vas à leur vernissage, si tu veux être conséquent, tu te portes acquéreur d’une oeuvre. C’est la moindre des choses. »

C’est ainsi qu’il a commencé à acheter les œuvres de jeunes artistes dans les années 60 – 70 et qu’il est devenu ami avec l’artiste belge Marcel Broodthaers. Lorsque des artistes américains venaient en Belgique, Marcel leur disait : ce soir je vous amène chez un ami chez qui on peut manger, boire, fumer et, en plus, il achète. Son épouse Louise a tenu auberge tant il y avait presque toujours des artistes chez eux quand le médecin rentrait du travail le soir.

« Les artistes étaient modestes, au début de leur carrière, et avaient toujours des choses qu’ils étaient prêts à céder. » En acquérant leurs œuvres, Herman Daled validait leur travail et les aidait à vivre malgré leur grande précarité. Il affirme que son mérite n’est pas d’avoir eu du flair, mais de s’être montré disponible. Qu’est-ce que l’art ? Que veut dire faire de l’art ? Pourquoi avons-nous besoin d’art ? Il n’y a pas de raison. C’est quelque chose que fait l’artiste. « C’est un objet de créativité. Un objet de connaissance et d’expérience. »

« À l’époque l’idée était de faire des objets sans valeurs, de sortir la valeur de l’œuvre d’art, pour peut-être fabriquer autres choses sous le chapeau d’art conceptuel. On est loin du chef d’oeuvre, mais on est tout près de l’archive. À la première exposition d’art conceptuel, vous aviez tout ce que les organisateurs ne savaient pas ranger autrement. » explique Daniel Buren.

Le terme voulait dire que l’objet n’avait plus d’importance, comment alors s’en débarrasser ? demande Buren. « Ce n’est donc même plus la peine de le dessiner, de le fabriquer… » Herman Daled assure n’avoir jamais eu la valeur commerciale en tête. Ses achats étaient des gestes solidaires. Il soutenait les artistes et réfléchissait avec eux.

Un tel amour des artistes et de l’art est impressionnant. On est loin de l’idée que l’on se fait aujourd’hui du marché de l’art. Daniel Buren précise que si l’artiste se réinventait et essayait de faire quelque chose de nouveau, le collectionneur aussi devait se réinventer. Et c’est ce que faisait Herman Daled. « Les œuvres n’étaient pas de très grandes tailles, pas très intéressantes visuellement, mais on a tout de même créé une esthétique ,» constate Herman Daled, une quarantaine d’années plus tard.

« J’ai surfé sur la vague de ce mouvement essentiel qui a marqué la seconde moitié du XXe siècle. Dans les années 60 – 70, il y avait un centre de gravité, c’était à peine une douzaine d’artistes qui s’intéressaient à l’art conceptuel : une remise en question de l’objet, mais pas seulement. « Ma collection s’intéresse à des objets qui se sont dématérialisés. J’ai été porté par la vague. Au XXe siècle, qu’y a-t-il eu à part DADA, un peu le pop-art et l’art conceptuel. Les grandes vagues sont rares. », ajoutent Herman Daled.

En 2011, le MOMA de New York a acquis une partie des pièces maîtresses de sa collection, près de 400 œuvres : la plus importante collection d’œuvres de Marcel Broodthaers, des œuvres historiques de Daniel Buren, Niele Toroni, On Kawara, Dan Graham, Sol LeWitt et d’autres.

Pour Herman Daled et ses amis, l’art était un sujet de développement philosophique. Comme le dit le commissaire du MOMA dans le film de Joachim Olender, le couple Daled était des collectionneurs d’idées. « Une salle blanche dans un Musée, où vous n’êtes pas saturé par des couleurs et des formes, mais par des questionnements extrêmement précis. On vous demande de lire une phrase dans un espace où il n’y a que cela à faire, cela a une véritable force. C’est un effet de rupture par rapport à ce qu’un Musée expose. »

L’artiste Daniel Buren, qui a d’ailleurs proposé le titre du film à Joachim Olender, « La collection qui n’existait pas » pour paraphraser son exposition au Centre Pompidou en 2002, « le Musée qui n’existait pas », raconte cette anecdote :

« Une année, j’ai proposé à Herman Daled d’acquérir une de mes oeuvres chaque mois pendant un an au lieu d’acheter plusieurs œuvres à plusieurs artistes. Il a accepté. Notre entente se terminait un 3 janvier. À la première exposition visitée, il a acquis, comme s’il avait été affamé, toutes les œuvres de l’exposition en une seule fois. J’ai compris que je l’avais frustré. Un collectionneur qui ne peut plus collectionner peut tomber malade. »

Collectionneur ? Herman Daled est agacé. Pour lui, il y a une grosse distinction entre le plaisir et l’intérêt. La beauté est un piège inévitable. Le traquenard de la beauté. Sa seule mission : Rendre service aux artistes et au public… c’est la raison pour laquelle il se réjouit de savoir qu’une partie de sa collection sera entre les bons soins du MOMA.

Voilà un grand prix bien mérité. La Collection qui n’existait pas est un film formidable où on revit une époque et on apprend énormément de choses. Bravo à Joachim Olender et à Herman Daled. Et bravo au Festival International du Film sur l’Art de contribuer à l’éducation du public qui participe chaque année à ce festival unique dans le monde.

Né à Bruxelles en 1980, Joachim Olender a étudié le droit et le cinéma à Bruxelles. Il voyage entre le cinéma, la mise en scène et l’écriture, et poursuit actuellement sa thèse à Paris 8 et au Fresnoy.

Filmographie | Bloody Eyes (2011) ; Tarnac. Le chaos et la grâce (2012).

Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour découvrir ses coups de cœur et stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

Le combat des chefs : Leonard Bernstein et Herbert von Karajan

C_duels-bernstein-karajanlec-6Le combat des chefs fait le parallèle entre deux géants qui ont énormément contribué à la musique : Leonard Bernstein et Herbert von Karajan. J’avoue avoir peu d’attirance pour le dernier, un chef admiré qui savait toujours où il voulait mener son orchestre et dont l’apport est majeur. Il a consacré sa vie à la direction d’orchestres. Karajan a même négocié un contrat à vie avec l’Orchestre Symphonique de Berlin tant il voulait s’investir entièrement dans ses fonctions. Perfectionniste et passionné, il est décédé en dirigeant un orchestre pendant un concert… Dans une interview, il mentionne qu’il lui faudra une autre vie pour accomplir tout ce qu’il souhaite faire avec son orchestre. Une vie ne lui suffisait pas.

Son passé (il a été membre du Parti Nazi), son orgueil concernant son image, un autoritarisme de fer et une obsession pour faire les choses à sa manière lui ont valu une mauvaise réputation qui persiste encore aujourd’hui. Plusieurs l’ont brûlé sur le bûcher des vanités, risquant d’oublier ses contributions. Si vous souhaitez en savoir plus sur ce chef d’orchestre, Tom Service a publié un excellent article dans The Guardian après la diffusion du film Karajan’s Magic and Myth de John Bridcut’s présenté aussi au FIFA.(1)

Personnellement, je suis plus attirée par la personnalité de Leonard Bernstein, pianiste, compositeur et chef d’orchestre qui était aussi un merveilleux pédagogue. Bernstein est un créateur généreux, à l’opposé de Karajan, il est très sympathique et chaleureux. Il a contribué à la renaissance du Philarmonique de New York qui était en piteux état quand il en a pris la direction. Il explique que:

« Dès que le Philarmonique de New York a pris conscience qu’il était le meilleur orchestre en termes de flexibilité, dès qu’il a compris sa capacité de passer d’une œuvre à l’autre, il a pu retrouver sa fierté et devenir le meilleur orchestre du monde. »

Leonard Bernstein, en bon leader, a trouvé la force du groupe et a misé sur cet aspect pour lui redonner vitalité et créativité, et l’accompagner dans sa réussite mondiale.

Réalisatrice de documentaires et de captations de concerts, Emmanuelle Franc a réalisé un film passionnant qui met en lumière ces deux hommes et leurs multiples contributions à une époque d’innovations importantes : la naissance des studios d’enregistrement et la télévision.

Herbert von Karajan, sous le regard bienveillant de Leonard Bernstein, nous apparaît plus sympathique. Brillantisssime, sensuel, créatif, Bernstein n’est pas seulement un compositeur, un chef d’orchestre et un professeur, Bernstein est la musique !

Un parallèle entre les deux hommes : Tous deux ont aimé et été aimés… Ils ont eu des vies conjugales heureuses. Pas mal, comme aide à la création.

Les chefs d’orchestre Leonard Bernstein (1918-1990) et Herbert von Karajan (1908-1989). Des destins aussi divergents que parallèles. Ces deux titans ont dominé le monde de la musique classique au XXe siècle, reflétant les antagonismes de leur époque. Mais ils se sont également distingués en rénovant l’industrie du disque, de la télévision et de l’opéra. L’immense talent de ces icônes des années 1970, jumelé à leur pouvoir de séduction, leur a permis de démocratiser la musique classique.

Filmographie d’Emmanuelle Franc | Alphaville, périphériques (2003) ; L’homme à l’écoute(2005) ; Les mystères d’une œuvre : Pelléas et Mélisande (2003) ;Bartok l’homme juste (2006) ; Le secret de l’homme au gant (2007) ; Menahem Pressler : la consolation (2009) ; Esa Pekka-Salonen, anti-maestro (2011).

Le Festival International du Film sur l’Art est une institution culturelle essentielle à Montréal, un festival unique au monde pour tous les amateurs d’art et de culture. Félicitations à son fondateur René Rozon qui mérite toute notre admiration et bonne chance à Natalie McNeil, la nouvelle directrice générale.

Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour découvrir ses coups de cœur et stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

(1)http://www.theguardian.com/music/tomserviceblog/2014/dec/04/herbert-von-karajan-film-john-bridcut-controversy-continues

Les écrivains et leurs mystères

11_07_9MBAgatha Christie, qui souhaitait protéger sa vie privée avait l’habitude de dire qu’on devrait s’intéresser aux livres d’un écrivain plutôt qu’à sa personne. L’excellent documentaire de Claude Ventura, Fitzgerald / Hemingway : Une question de taille, lui donne raison tant Ernest Hemingway apparaît sous un jour où, finalement, à la lecture de quelques phrases assassines, on ne souhaiterait pas l’avoir comme ami.

Mais l’amitié, comme la vie et l’écriture, sont des phénomènes complexes. Rien n’est noir ou blanc dans cet univers. Le souci pour certains, c’est lorsque leurs amis publient ce qu’ils pensent d’eux et de leurs proches. Si vous êtes une personne très secrète, ce n’est pas dit que vous aurez envie d’être l’ami d’un écrivain. Entre la réalité et la fiction, souvent tout se mélange. Un bon écrivain sait se glisser dans la peau de toutes sortes de personnages et utiliser ses expériences et celles des autres… mais s’il étale au grand jour ses opinions sur ses amis en les nommant et si, de surcroît, ces derniers sont célèbres, cela risque de faire des flammèches.

Avec ses choix de films, le Festival international du Film sur l’Art nous fait découvrir des coulisses du monde de l’art qui nous font réfléchir. Il est toujours intéressant de mieux connaître les créateurs non pas tant pour les détails croustillants de leur vie privée (en tous les cas pour Les Cahiers de l’imaginaire), mais surtout pour mieux comprendre leurs mécanismes de création.

Le documentaire de Matthew Barrett sur Agatha Christie est très intéressant à cet égard. La prolifique romancière, qui s’est passionnée pour les énigmes dès son adolescence, a développé une méthodologie. Elle commence toujours par choisir un lieu et un crime. Le suspense est maintenu jusqu’à la fin, car elle prend soin de développer des personnages qui ont tous un mobile. Ils peuvent tous être coupables. Pour résoudre l’énigme, elle a choisi un détective intelligent, maniéré et pointilleux sur les détails, qui mènera l’enquête avec brio et trouvera le coupable.

Une table et une chaise, c’est tout ce dont Agatha Christie a eu besoin pour créer. Elle a trouvé sa passion jeune : les énigmes. Et on ne change pas une méthodologie gagnante. Si en cours de route, pour se divertir, elle a changé son célèbre détective pour une femme qui ressemblait à sa grand-mère et si elle a écrit pour le théâtre… ses énigmes sont demeurées la clé de son succès. Aujourd’hui encore, la célèbre romancière détient les records de longévité avec sa pièce à l’affiche à Londres, La Souricière.

La vie d’un écrivain est souvent compliquée à cerner pour les lecteurs curieux. La reine des romans policiers, Agatha Christie, était une femme secrète qui ne souhaitait pas voir sa vie privée exposée au grand jour. Le réalisateur a eu la bonne idée de construire son récit comme une énigme. Au fur et à mesure de son enquête, Matthew Barrett nous dévoile un peu mieux qui était cette femme. Ceux qui souhaitent mieux la connaître peuvent aussi lire les six romans qu’elle a publiés, en secret, sous le nom de plume Mary Westmacott. D’excellents romans qui, selon les experts, en dévoilent davantage sur elle que ne le fait son autobiographie où elle se contente d’énumérer des faits et des dates, se préservant de laisser paraître toute émotion.

Dans un autre registre, le film de Claude Ventura sur l’amitié entre F. Scott Fitzgerald (1896-1940) et Ernest Hemingway (1899-1961) est aussi formidable. Tant de choses ont été écrites sur ces deux écrivains célèbres, j’étais curieuse de voir ce qu’on y apprendrait. Le réalisateur, pour faire évoluer l’énigme, utilise la correspondance échangée entre les deux écrivains et leur éditeur.

2_FitzgeraldC’était l’époque de la génération perdue, comme l’avait nommée la poétesse Gertrude Stein. Entre les deux guerres, les artistes se retrouvaient dans les cafés et bars de jazz à la mode à Paris ou sur une plage pendant les vacances d’été. Les plus fortunés louaient des maisons et invitaient les amis : artistes et collectionneurs se retrouvaient de fêtes en fêtes. Les mêmes scènes et images se recoupent dans les nombreux livres et films publiés sur les artistes de l’époque comme si tous s’étaient donné le mot pour être en France, l’endroit où il fallait être si on était un artiste ou un intellectuel.

Alors jeune journaliste, Ernest Hemingway est correspondant au Toronto Star. Il vit dans les quartiers populaires de Paris avec sa première femme. De son côté, Scott Fitzgerald est déjà célèbre et adulé.

Dès ses premières rencontres avec Hemingway, il s’attache à lui. Il écrit même à son éditeur pour lui recommander de publier son premier roman qu’il a révisé, et qui, remportera du succès dès sa sortie.

L’amitié entre les deux hommes semble improbable tant le jeune Ernest est viril, combattant, aventurier, boxeur, sportif, passionné de tauromachie, pêcheur, chasseur… alors que Scott est tout le contraire. Il est délicat et émotif, un vrai dandy. Avec Zelda, ils sont le couple en vue de la jeunesse dorée. Ils sont beaux et insouciants. Depuis la parution de Gatsby le magnifique, le couple mène une vie de bohème chic. Tous attendent le deuxième roman de Fitzgerald avec impatience, mais ce dernier écrit plutôt des articles et des nouvelles pour les magazines afin de subvenir aux besoins de Zelda et couvrir les frais de leur vie extravagante.

Fitzgerald est un homme fragile et tourmenté. Les fêtes et l’alcool semblent l’éloigner de sa vocation d’écrivain. Aux dires d’Hemingway qui n’aime pas Zelda, elle aurait été la cause qui l’aurait empêcher d’écrire ses livres. Zelda considérait que c’était plutôt Hemingway qui avait une mauvaise influence sur son mari. Ernest Hemingway boit tout autant que Fitzgerald, mais il est un travailleur acharné, et l’alcool ne semble pas affecter sa capacité d’écrire des livres.

Certains auteurs ont écrit que Zelda avait été la victime d’un mari dominateur et qu’elle aurait même écrit avec lui sans que ce dernier lui rende justice. Bref, la réputation de Scott Fitzgerald a été écorchée plus d’une fois. Ce documentaire est intéressant parce que nous découvrons les deux hommes au détour de phrases écrites à un ami (ou d’une indiscrétion à un éditeur ou à un journaliste) à un moment précis de leur vie. Cela permet de rendre un peu plus justice à Fitzgerald qui, malgré ses difficultés, n’abandonnera jamais Zelda qui a souffert de schizophrénie la seconde moitié de sa vie. Un homme sensible et désespéré.

Malgré leurs différences de personnalités, les deux hommes ont choisi une même finale : le suicide. Entre mépris et admiration, l’amitié entre ces deux écrivains avait tous les ressorts dramatiques pour réaliser un bon documentaire. Bien vu Claude Ventura.

De ces deux films, on peut tirer une même morale : le travail. Rien ne sert d’avoir le talent d’écrire si on ne travaille pas suffisamment. Comme l’écrivait souvent Hemingway à son ami : « Un écrivain doit écrire. » Il n’y pas de passe-droits. Une vie de création exige des périodes de vie en solitaire, il faut donc être capable parfois de se soustraire aux fêtes et à la vie.

Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

Ai WEI-WEI, ambassadeur des drois de l’homme en Chine

Découvert au 33e Festival du film sur l’art à Montréal.3301729_ai_weiweiLe regard perçant que pose l’artiste chinois sur les conditions de vie et des libertés dans son pays montre le courage d’un homme qui affirme que la peur ne doit pas nous empêcher d’agir. Grâce à la caméra d’Irene Höfer, nous le suivons dans sa ville… et découvrons sa cellule de captivité qu’il a reprdoduite à l’identique.
Lire la suite dans Art Talk dans les pages des Cahiers de l’imaginaire.