Dans un océan d’images…

Le film d’Helen Doyle a remporté le prix du meilleur film canadien

au 31e Festival international du film sur l’art à Montréal.

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Prix bien mérité pour ce film documentaire percutant sur le sens que l’on donne aux images qui nous submergent. Des photographes transformés par l’horreur qu’ils ont vue : guerres, combats, maltraitance… l’état d’un monde qu’on voudrait métamorphoser tant cette part sombre et cruelle qui émane de notre espèce est indicible.

À l’ère du tout numérique, la cinéaste engagée Helen DOYLE pose la question savons-nous encore voir ? Elle va à la rencontre de rapporteurs, photographes, artistes, plasticiens qui réfléchissent à la portée de leurs images et proposent des stratégies pour les rendre plus signifiantes.

Nous traversons l’Afghanistan à la rencontre de femmes meurtries qui demeurent, envers et contre tout, battantes et féminines, sous l’objectif de Lania Slezic. La photographe admet qu’elle s’est attachée à ses sujets qui lui accordent une grande confiance, retirant, pour elle, leurs voiles, laissant voir de terribles cicatrices qui forcent l’admiration pour ces femmes qui réussissent encore à sourire et à rêver. Ces femmes qui restent douces et résiliantes malgré les traces laissées par des viols horribles.

Sur les conflits en Asie, Philip Belkinshop prend parti. Ses images l’engagent. Tout comme le célèbre artiste contemporain chilien vivant à New York, Alfredo Jaar. On comprend que désormais, l’œuvre seule ne suffit plus. Il faut l’accompagner, l’expliquer, interagir… il faut donner sens aux images. L’abondance change la donne. Que voyons-nous ? demande Helen Doyle. Pour l’artiste et photographe Jaar, la réponse ne se fait pas attendre : Un surplus d’images efface leur sens. Trop d’images finissent par rendre banal ce qui est à la limite du tolérable pour tout regard bien constitué. Il faut éduquer, comme le fait si bien A. Jaar avec ses nombreuses installations photographiques, ses cours et ses conférences lors desquels l’infatigable militant martèle son message.

Que ce soit les propos de Paolo Ventura ou de Geert van Kesteren… tant d’images dures et dénonciatrices, et pourtant, toujours autant de conflits inutiles. Des hommes marqués par leurs expériences, dégageant une lumière d’acier au fond des yeux. Des hommes meurtris par ce qu’ils ont vu.

Revenir de l’horreur et tenter un partage qui fait sens avec des images et des mots pour combattre l’ignominie est en soi un acte héroïque. Ce film nous rend plus humble tant nous sommes obligés d’admettre que cette part obscure fait hélas partie de notre évolution, de notre civilisation qui n’évolue pas toujours dans la bonne direction.

À sa manière toute féminine, Letizia Battaglia, la photographe qui poursuit son combat en Sicile contre la Mafia a pour muse sa petite-fille qu’elle photographie marchant dans une mer chaude. La cinéaste offre de très belles scènes de tendresse entre la vieillesse et la jeunesse, filiation entre femmes, cris convaincants pour la mutation du monde qui nous attend et qui donne envie, plus que jamais, de faire confiance aux femmes.

En 1973, la scénariste et réalisatrice indépendante, Helen DOYLE, cofonde le groupe Vidéo Femmes, en 2004, elle fonde sa société de production, Les tatouages de la mémoire.

Sa filmographie est riche et sensible. De très belles images qui font sens signées par une cinéaste engagée.

À voir : Les maux du silence (1982), Les tatouages de la mémoire (1985), Le rêve de voler(1986), Je t’aime gros, gros, gros (1994), Le rendez-vous de Sarajevo (1997), Petites histoires à se mettre en bouche (1998), Les messagers (1999), Soupirs d’âme (2004), primé au 23e FIFA, Birlyant, une histoire tchétchène (2008), Dans un océan d’images (2012).