HARD LIGHT • LUMIÈRE CRUE

Dans ses écrits, le romancier Michael Crummey pose la question de l’identité et du territoire avec la quête du bonheur comme fil rouge. Jeune, il pensait que si seulement, il pouvait écrire, il serait heureux. Il a écrit. Plus tard, il pensait que s’il quittait Terre-Neuve, il serait heureux. Il est parti. Ensuite, il imaginait que s’il pouvait vivre de sa plume, il serait heureux. Il en vit.

Finalement, il était convaincu que s’il remportait des prix littéraires, cette fois il trouverait le bonheur. Il a gagné ces prix littéraires. Mais le bonheur se faisait toujours attendre…

Puis un jour, il est revenu à Terre-Neuve pour essayer de comprendre pourquoi le bonheur lui semblait inaccessible.

Le réalisateur Justin Simms, originaire aussi de Terre-Neuve, a puisé dans les poèmes et récits de Michael Crummey, une force qui l’a aidé à vivre. Ses écrits lui ont inspiré un très beau film, LUMIÈRE CRUE, qui trace le portrait de l’écrivain en quête de ses racines.

Une conversation poétique s’installe à partir de cet ouvrage marquant de la littérature terre-neuvienne, composé de poèmes et de courts récits inspirés d’histoires transmises par le père de l’écrivain sur l’expérience de ses ancêtres dans les petits villages isolés de Terre-Neuve ainsi que de la pêche au Labrador à la fin du XIXe et au tournant du XXe siècle.

Un film intimiste et un regard profond qui rappellent que, déjà, pour avoir cette quête de bonheur… il faut avoir le luxe du temps, ce que les pères et grands-pères de l’écrivain et du réalisateur n’avaient pas.

Un portrait de Terre-Neuve et de ses habitants qui se dessine au cours d’une conversation intimiste entre l’écrivain et le réalisateur en quête de leurs racines pour comprendre ce mal-être contemporain, cette quête incessante de bonheur que plusieurs ont en partage.

Les images de Simms sont très belles. Plans rapprochés de mains de pêcheurs, gerçures d’une vie dure, veines prêtes à éclater, petites maisons sans autre confort que celui de se coller les uns aux autres pour avoir chauds… vies de survie qui ne laisse ni le temps de vagabonder, ni le temps de se poser des questions.

Un film qui donne envie de faire un meilleur usage du temps pour ne pas oublier d’être heureux, un rappel à l’ordre… afin que notre quête de bonheur ne nous empêche pas d’apprécier ces petites victoires, ces petits bonheurs de tous les jours qui sont à notre portée.