LA CINQUIÈME COMPOSITION

La création collective convivialiste Bouteilles à la mer poursuit sa route.

Composition 5 | FLUX,  Bouteilles à la mer, Les Cahiers de l'imaginaire. Photographie©PierreGuité AUTEURS (partenaires de la fondation télécom de l'institut mines-télécom à paris) : PASCALE BAILLY, MICHEL BAILLY, FRANCINE BAVAY, JEAN-PAUL BELUD, AHALM BIOU, CHANTAL BONNET, CÉCILE CALÉ, CHRISTELLE CHABREDIER, CARINE DARTIGUEPEYROU, SYLVIE DUMAS, VALÉRIE DECROIX, CORINNE EJEIL, ADRIEN FULDA, AVELINA MARTIN-CALVO, HERVÉ NAUDIN, NATHALIE POIRIER, STÉPHANE RENAUD ET MICHELLE STIEN.

Composition 5 | FLUX, Bouteilles à la mer, Les Cahiers de l’imaginaire. Photographie©PierreGuité
AUTEURS (partenaires de la fondation télécom de l’institut mines-télécom à paris) : PASCALE BAILLY, MICHEL BAILLY, FRANCINE BAVAY, JEAN-PAUL BELUD, AHALM BIOU, CHANTAL BONNET, CÉCILE CALÉ, CHRISTELLE CHABREDIER, CARINE DARTIGUEPEYROU, SYLVIE DUMAS, VALÉRIE DECROIX, CORINNE EJEIL, ADRIEN FULDA, AVELINA MARTIN-CALVO, HERVÉ NAUDIN, NATHALIE POIRIER, STÉPHANE RENAUD ET MICHELLE STIEN.

Étrange histoire que celle de la première composition de 2015. Elle a été créée à la mi-décembre 2014, puis a été subtilisée par une personne qui n’en connaissait pas la valeur symbolique ! Cela a donc obligé de la recréer de manière complètement différente, mais toujours avec le même esprit. LIre l’histoire d’un FLUX qui ne voulait pas s’interrompre…

Sur les chemins de l’intelligence collective…

Avant même de pouvoir résoudre un problème, encore faut-il le voir. Un exercice prospectif a été mené à la mi-décembre avec les partenaires de la Fondation Télécom de l’Institut Mines-Télécom à Paris, suivez-les sur chemins de l’intelligence collective au Musée d’Art Moderne de Paris.

Touchée !

Vous les avez vus ? Calmes, dignes, unis, faisant face aux événements avec la volonté de se battre pacifiquement pour la liberté, la fraternité et la démocratie. Ces 4 millions de personnes m’ont émues, j’y ai vu l’expression positive de l’Intelligence collective. Aucun débordement. Aucune violence. Un sentiment de bien-être ressenti grâce à la présence des autres. Athéistes, catholiques, juifs, musulmans cherchant ce qui rassemble plutôt que ce qui sépare. Quelle émotion de les voir aller les uns vers les autres, s’enlacer, s’embrasser. Lire le post dans les pages des Cahiers de l’imaginaire.

C’était, à grande échelle, la même magie qui opère lorsqu’une équipe coopère vraiment. Sourires, complicité, découvertes partagées parce que tous se font confiance malgré leurs différences. Malheureusement, ces situations sont encore beaucoup trop rares. Il m’arrive même parfois de penser que nous régressons dans notre capacité d’apprécier la valeur d’autrui.

L’influenceur Bernard Marr, auteur de quelques best sellers dont 25 Need-To-Know Key Performance Indicators et Big Data: Using SMART Big Data, Analytics and Metrics To Make Better Decisions and Improve Performance, écrivait aux managers dans un de ses récents posts sur Linkedin l’Importance de dire merci. C’est incroyable de penser que nous avons perdu l’habitude de remercier ceux qui font quelque chose pour nous ! C’est encore plus incroyable que cette carence d’une marque élémentaire de politesse exige désormais une leçon de management par un gourou. Il s’agit bien ici de personnes éduquées, scolarisées… qui occupent des postes de direction.

J’ai moi aussi observé cette carence. Au point où lorsqu’une personne remercie, elle nous semble exceptionnelle ! Que Bernard Marr en fasse un sujet, cela signifie toutefois que cette fâcheuse habitude est encore plus répandue que je ne le pensais. Lorsque des citoyens ont remercié les policiers lors des manifestations, le visage des policiers s’épanouissait humblement devant ces témoignages reconnaissants. Je me suis dit que c’était un petit pas dans la bonne direction. Déjà si on apprend à apprécier ce que les autres font pour nous.

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Dessin Pierre Guité

Le paradoxe et la grande tristesse, c’est que dix-sept personnes sont mortes. Il aura fallu ce carnage pour que ces rassemblements pacifiques et harmonieux aient lieu. Cela m’a rappelé les phrases que l’on me répète si souvent depuis des années… ce que tu proposes est souhaitable, mais comment les convaincre de changer… il faudrait une énorme crise. Comme l’a écrit Edgar Morin, une crise est un moment privilégié dans un processus d’évolution. Une des questions que nous devons nous poser : Est-ce que la crise provoquée par les attentats terroristes de la semaine dernière pourra contribuer à un processus d’évolution ? Il serait dommage de laisser retomber ce souffle citoyen. Il serait triste d’en faire une journée d’exception. Nous pourrions profiter de cette prise de conscience collective pour notre co-évolution. Les actions qui suivront seront déterminantes. C’est en encourageant l’intelligence et la créativité collectives que nous pourrons obtenir de véritables gains pour une société convivialiste.

Il y a des jours où il faut s’accrocher pour se convaincre qu’un autre monde est possible. D’autres jours, comme ce 11 janvier, où l’espoir refait surface. Souhaitons que ces manifestations citoyennes nous portent à l’action collective pour la défense et le respect des libertés.

Je vous recommande la lecture de la tribune publiée le 7 janvier dans Humanité par Pierre Tartakowsky, Roland Gori et Christine Lazerges en cliquant su le lien suivant :

Charlie Hebdo. Pourquoi les valeurs républicaines nous permettent-elles de lutter contre la barbarie ?

Voici l’extrait de Roland Gori, psychanalyste, professeur émérite 
de psycho-
pathologie clinique à l’université d’Aix-Marseille, signataire du manifeste convivialiste. Un texte fondateur sur la pensée et la création à inclure dans notre carnet de bord pour co-construire une société du mieux vivre ensemble.

Humanité, 7 janvier 2015
La pensée est l’épouvante 
même de ce système 
tyrannique
par Roland Gori
Les créateurs rêvent et transforment le monde pour partager l’expérience sensible avec leurs semblables. Les créateurs aiment penser. Qu’ils soient petits ou grands, qu’ils se saisissent du pinceau, de la plume, de la craie, de la parole, du crayon, du marbre ou de l’air, les créateurs aiment penser. Ils aiment penser, parfois jusqu’à en souffrir dans leur chair, jusqu’à martyriser leur corps, jusqu’à supplicier leur vie intérieure, jusqu’à tourmenter leur entourage. Que ce soit par l’art, la science, la philosophie, l’amour ou la politique, que ce soit sous la forme d’un objet d’art ou par une esthétique de vie, penser, c’est créer. Il n’y a pas de création sans liberté. Aimer penser, c’est déplacer des frontières, opérer des transgressions, matérielles et symboliques. Il n’y a pas de véritable pensée sans un déplacement des formes, sans une transgression des figures. C’est la condition initiale pour qu’apparaissent d’autres formes. Sans ce mouvement, il n’y aurait pas de pensée, on demeurerait dans les codes culturels et sociaux, automatiques, conformistes qui reproduisent indéfiniment le même monde sidéral. La création est partage, don, échange. La liberté de penser, comme la liberté tout court, requiert la présence d’autrui, condition initiale d’un monde commun. Ce monde commun, tissé au fil des paroles singulières et collectives, fait le politique. C’est la raison pour laquelle toute vraie pensée est politique, parce que le politique exige la pluralité, la pluralité des mondes, la pluralité des cultures, la pluralité des façons de comprendre le monde et de l’éprouver. C’est pourquoi le monde manichéen nous semble pauvre, démuni du pouvoir de penser. C’est cette pauvreté même du manichéisme qui lui impose, en compensation, violence, brutalité, atrocité. 
Regardez les visages de nos amis de Charlie Hebdo, douceur, gaîté, lumière, érotisme, intelligence, facétie, liberté  ! Combien ils doivent paraître hérétiques au regard des idéologies totalitaires, de toutes ces idéologies totalitaires sorties des ténèbres des forces de destruction. Au-delà des tragédies d’aujourd’hui, de la tristesse, de la colère, de la sidération qu’elles provoquent, je voudrais dire qu’elles répètent, avec les matériaux du jour, des cauchemars anciens.
Le point commun à tous ces cauchemars, c’est qu’ils émergent dans un contexte d’anomie sociale, sur les rives d’un monde menacé par le chaos. Cette violence barbare nous contraint à sortir de l’illusion d’un « monde de la sécurité », de la stabilité. Ces pouvoirs, qui émergent par la terreur, procèdent toujours avec les mêmes méthodes, empruntent toujours les mêmes chemins, réveillent toujours les mêmes forces de mort et de destruction, mobilisent toujours les mêmes résistances. Ces forces de destruction cherchent à installer un nouvel ÉTAT de terreur. Un État dans tous les sens du terme, une organisation tyrannique, fondée sur la terreur, apte à soumettre les populations, à assassiner les 
« dissidents », et à faire voler en éclats le monde du Droit et de la Raison. Ce monde du droit et de la raison, qui se trouve « touché », est celui-là même qui, ayant déçu, a contribué à l’émergence de ces mouvements. Les revendications religieuses de ces mouvements brouillent leur caractère politique. Avant d’être religieux, ces mouvements sont une terreur systématiquement organisée en quête d’un État qui confisque aux citoyens toute capacité de juger et de décider. Les pratiques dont ils s’inspirent sont semblables : soumettre et humilier en déshumanisant les personnes, entreprendre des expéditions punitives et des actions d’extermination des « séditieux », mettre en place des dispositifs d’exception méprisant le droit et la parole, recruter des hommes de main pour les basses besognes, chargés d’assauts brutaux, violents, spectaculaires. C’est la propagande par le fait qui annihile la pensée. La pensée est l’épouvante même de ce système tyrannique, de ses hommes de main. À l’ère des masses, ces pratiques et ses idéologies procèdent du fascisme : obliger à dire, à penser et à vivre le monde d’une seule et unique manière, dictée par les donneurs d’ordres qui manipulent et endoctrinent en masse. Bien sûr, ces pratiques fascistes se métamorphosent en fonction des techniques et des géographies politiques inédites. Il n’empêche, l’objet haï par ces entreprises terroristes demeure la liberté de penser. C’est en quoi elles visent préférentiellement la création et les créateurs, tous ceux qui, modestement ou spectaculairement, témoignent de leur liberté de penser. Ce n’est pas une question de religion, c’est une question de politique. Le pouvoir établi par la terreur se fout complètement des arguments théologiques, des débats d’idées, de la querelle des interprétations. Il en a horreur.
Alors bien sûr, ce fanatisme totalitaire est aussi l’ennemi juré de toute démocratie. À l’origine de la démocratie, il y a cet amour de la parole, plurielle, colorée, métissée, féconde de nouveaux mondes. Il y a cette curiosité d’un avenir qui ne soit pas le reflet du passé, cette volupté de convaincre sans contraindre, de consentir sans violence physique ou symbolique. En oubliant que la démocratie exige invention plus qu’institution, que la liberté requiert la présence d’autrui, que la pensée s’étiole à l’ombre du calcul des affaires et des procédures, le rationalisme technico-économique contemporain a produit ses propres monstres qui lui empruntent volontiers ses moyens de puissance. Les peuples de France, d’Europe et du monde, en se nommant « Je suis Charlie », en s’unissant contre 
la violence criminelle, tentent de sauver leur dignité de penser, leur liberté de vivre. Puissions-nous parvenir une fois encore à rendre vivante la parole de Zweig : « C’est en vain que l’autorité pense avoir vaincu la pensée libre parce qu’elle l’a enchaînée. »
FRANCE-ATTACKS-CHARLIE-HEBDO-MEDIA-FRONTPAGE

5 millions d’exemplaires se sont envolés en une journée ! Charlie Hebdo qui était près du dépôt de bilan voit ses abonnements monter en flêche. Cela sera un apport d’oxygène. Plusieurs ont enfin compris que la liberté d’expression a un prix et qu’il faut soutenir les créateurs qui y participent. Les belles paroles ne sufisent pas. Il faut agir.
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