Les histoires arrivent à ceux qui savent les raconter.

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Photo : Pierre Guité. Les histoires arrivent à ceux qui savent les raconter. Par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif, Les Cahiers de l’imaginaire.

D’entrée de jeu, Jerome Bruner cite Henry James : « Stories happen to people who know how to tell them. » En d’autres mots, à ceux qui savent les raconter, les bonnes histoires prennent corps dans la réalité.

Si l’on applique cette formule à notre propre existence : raconter sa vie, c’est la construire.

À première vue, cette hypothèse peut sembler irrationnelle, mais elle met de l’avant une propriété très importante de l’intellect humain : sa propension à constamment construire et inventer des mondes. Ainsi, le récit de soi, l’autobiographie véritable serait non pas la somme ou le registre de ce que nous avons vécu, mais l’interprétation et la réinterprétation constantes de ce que nous sommes en train de vivre. Le récit de soi deviendrait ainsi un exercice permanent visant à consolider et à donner un sens à tout ce que nous sommes en train de vivre.

La vie —et le récit qu’on en fait— donneraient lieu à un échange permanent en vertu duquel la vie s’inspirerait du récit, et le récit s’inspirerait à son tour de la vie.

De fait, lorsque quelqu’un vous raconte sa vie, il s’agit toujours d’une construction mentale, d’une histoire, et non d’un compte rendu clair, précis et objectif d’un ensemble d’événements passés. L’autobiographie n’est jamais objective, elle est toujours truffée d’erreurs, pleine de tentatives de justifications.

Plus encore, le récit de notre vie, qu’il soit raconté ou gardé secret, structure et « construit » notre existence. Les processus que nous utilisons consciemment ou inconsciemment, que ces processus soient cognitifs ou linguistiques (selon qu »il s’agit d’un récit oral ou écrit), ont le pouvoir de structurer nos expériences perceptuelles, d’organiser notre mémoire, ainsi que de planifier et de faire se produire les événements de notre vie quotidienne. Ultimement nous finissons par devenir ce que nous racontons que nous sommes.


1. SOURCE

Bruner, Jerome. Life as Narrative. Social Research, Vol 71, No 3, Fall 2004, p. 691.+

 

 

 

 

Pourquoi les humains se racontent des histoires ?

Un conte, dans sa forme originelle, est d’abord et avant tout un pacte entre un conteur et son auditoire. Celui à qui on raconte, ou celui qui lit un conte doit accepter que l’univers imaginaire dans lequel il pénètre ait ses règles propres. Dans un conte, n’importe quoi ou n’importe qui peut, à tout moment, révéler sa part de magie. Tout est propice à ce que de nouvelles idées puissent éclore.

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Dessin : Frederico Felllini. Pourquoi les humains se racontent des histoires ? par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

Pour réussir un conte, il faut un conteur qui maîtrise l’art de raconter et un auditoire attentif. Raconter est une aventure orale et collective.

Au coeur même de la trame narrative de tout conte se trouve un héros ou une héroïne. Invariablement, il ou elle se trouve confrontée à une énigme qui doit être résolue, une quête à mener, un voyage urgent à entreprendre. Le voyage est toujours semé d’embûches. Même si les obstacles sont souvent redoutables, le héros peut toujours compter sur une aide. Cette aide surnaturelle peut revêtir de multiples formes : un anneau, une potion magique, un don qui est accordé au héros et qui lui permet de vaincre un adversaire et de franchir une nouvelle étape dans sa quête.

Les contes ont traditionnellement joué un rôle actif sur le plan social. Ils sont des passeurs d’enseignement. Les contes s’adressent à leur auditoire en paraboles. L’auditeur ou le lecteur vit par procuration ce qui lui manque, ce qui est absent de sa vie ou ce qui pourrait être rectifié par une attitude mieux adaptée ou un comportement différent. En ce sens, la création de contes peut être un tremplin idéal pour développer sa créativité au sein d’un groupe. En entraînant une équipe hors de sa routine habituelle, ils provoquent un effet de divergence. À partir de la mise en situation d’un récit qui tente d’élucider ou de jeter un éclairage nouveau sur un problème auquel le groupe est confronté, celui-ci est amené à repérer les lacunes dans le comportement des membres de l’équipe, ou à identifier des idées nouvelles qui pourraient être éventuellement incorporées dans le processus d’innovation du groupe.

Comme dans le cas du brainwriting, un esprit d’ouverture est impératif. Les contes et les conteurs se sont toujours adaptés à leur auditoire selon l’époque et le lieu. C’est l’une des raisons pour lesquelles les contes continuent de nous émouvoir. Nous y prenons toujours plaisir. La structure d’un conte — quête, passage, conflits à répétition, succès ou victoires, souvent partielles et jamais totales — renvoie à la manière même dont nos vies sont structurées. Ils agissent comme un miroir, nous renvoyant une image de nous-mêmes sous un angle différent. « Ils font écho à quelque chose de nous », comme le souligne François Flahault. L’histoire de la pensée humaine est marquée par le passage du récit, le récit magique et fabuleux, à la pensée rationnelle. Les traces de ce passage sont toujours inscrites en nous. C’est une part de notre héritage. Nous sommes fait d’ombres, d’émotions, d’irrationnel et d’invisible. Une plongée dans cette part de nous mêmes, nous permet de revenir à la pensée rationnelle avec un regard neuf.

La construction de contes peut donc nous aider pour réussir des projets de co-création et d’innovation.

Vivez une expérience unique de ‘Team Building’, en participant à la préparation de La Nuit Blanche des robots. Si vous êtes un groupe d’au moins huit personnes, nous pouvons organiser un atelier de co-création dont vous souviendrez longtemps. Contactez-nous.


Références :

Flahault, François. La Pensée des contes. Anthropos, Paris, 2001.
Piffault, Olivier. Il était une fois… les contes de fées. Seuil / Bibliothèque de France. 2001.