Retour sur Startupfest-2016

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Pour faire le plein d’idées, Startupfest 2016 avec Sylvie Gendreau, Les marathons créatifs—Les Cahiers de l’imaginaire

Vous vous intéressez à l’entrepreunariat et à la créativité ? Vous connaissez certainement l’événement incontournable organisé par l’équipe de Philippe Telio, Startupfest. Si vous ne le connaissez pas encore, découvrez  l’entrepreneur dynamique : Philippe Telio, un homme de passion et d’action.

Si vous êtes preneurs  pour quelques bons conseils pour la Visualisation des données ou sur la passion… vous apprécierez les conseils de l’expert Noah Illinsky  et de l’entrepreneur en série, Jonathan Bixby dans le billet : S’entraider pour Entreprendre Vous découvrirez aussi les grands gagnants du Startupfest 2016.

Et finalement, si vous êtes amateurs d’innovations rapides ou de hackathon, découvrez l’esprit du Hackerfest… pour faire le plein d’idées.

Suivez les événements les plus créatifs de Montréal, sur le blog Marathons créatifs des Cahiers de l’imaginaire.

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Sylvie dirige les Cahiers de l’imaginaire et enseigne la créativité et l’innovation aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

 

 

 

 

Quills de Doug Wright mis en scène par Robert Lepage et Jean-Pierre Cloutier

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Courez -vous à la librairie dès que le livre d’un auteur que vous aimez est publié ? Moi, c’est Robert Lepage qui me fait courir. Pas une seule fois, je suis sortie d’une mise en scène signée Robert Lepage sans me plonger dans une profonde réflexion. Il a l’art de nous amener à un autre niveau de réflexion, de provoquer une metacognition. Robert Lepage nous apprend à penser en nous divertissant, à nous poser encore plus de questions. Il nous fait voir et comprendre les choses de l’intérieur.

Cette fois, avec la pièce Quills de Doug Wright, l’artiste nous surprend avec une représentation plus classique où les effets spéciaux dominent moins que dans la plupart de ses pièces. Du grand théâtre servi par un texte traduit avec justesse, voire créativité, par Jean-Pierre Cloutier, le co-metteur en scène. Tous ceux qui aiment les mots et le langage ne peuvent qu’apprécier une telle mise en scène. Entouré de cinq excellents comédiens qui se démultiplient en plusieurs personnages, Robert Lepage incarne un sublime et sulfureux Marquis de Sade.

Un auteur qui n’a pas fini de titiller nos imaginaires. L’année dernière, c’était l’exposition organisée par le Musée d’Orsay à Paris, dont le président est l’ancien directeur du Musée des Beaux-Arts de Montréal, Guy Cogeval, un historien de l’art du XIXe siècle, notamment des Nabis et d’Édouard Vuillard, qui le mettait en vedette.

L’idée de l’historienne de l’art Annie Lebrun, grande spécialiste de Sade, a tout de suite conquis Guy Cogeval. Il est intéressant de comprendre que Sade n’invente rien, il est plutôt le reflet d’une époque, explique la commissaire. Le choix des œuvres de la collection permanente du XIXe Siècle du Musée d’Orsay que l’historienne a mis en dialogue avec des citations de Sade et d’autres auteurs de la même époque est éloquent à cet égard. Les artistes sont doués pour montrer ce qui se cache dans nos inconscients : le désir, la férocité du désir, sa singularité, l’extrême, le bizarre, le monstrueux… Toutes ces pulsions qui font partie de la nature humaine et qu’il est difficile d’admettre au grand jour.

Le récit de Quills se déroule en France, sous Napoléon 1er, dans l’asile de Charenton. Le célèbre auteur libertin, le Marquis de Sade, à la réputation sulfureuse, a croupi dans les prisons de Vincennes et de Bastille — sur les soixante-quatorze années que dura sa vie, il passera un total de vingt-sept ans en prison ou en asile de fous.

Le marquis est interné dans le paisible asile du Val-de-Marne en Normandie pour un long séjour. L’abbé de Coulmier, régisseur de l’asile, est convaincu que la pratique des arts dont le théâtre peut aider les dégénérés à apprivoiser leur folie. Il pense que Sade qui explore les interdits de l’être humain, par sa plume pourrait être réhabilité.

Ce volet de l’histoire est basé sur ce qui s’est vraiment passé. « Dans l’enceinte de l’hospice, on érige une scène et un parterre, prêt à accueillir près de 200 spectateurs. Et pour mettre en musique son étrange thérapie, l’abbé de Coulmier enrôle son prisonnier le marquis de Sade, qui obtient l’autorisation d’installer sa maîtresse Marie-Constance Quesnet à l’asile dès 1804. Il peut enfin réaliser son rêve d’enfant : devenir dramaturge. (1)

Les saynètes, qu’on dit mièvres, n’ont pas été publiées dans les premières éditions de l’œuvre de Sade. Cette forme d’art-thérapie lui permet de se mettre en scène entouré d’attardés mentaux. Ces représentations connaissent un succès immédiat. L’intelligentsia parisienne afflue.

« Tout Paris y courut pendant plusieurs années. Les aliénés présents étaient l’objet de l’attention, de la curiosité d’un public léger, inconséquent et quelquefois méchant. […] Après le lever du rideau, une intrigue d’amour se développait en présence d’une femme hystérique et folle, toutes ses facultés affectives étaient mises en émoi… », relatera en 1835 le psychiatre français Jean Etienne Dominique Esquirol dans Mémoire historique et statistique de la Maison royale de Charenton.

Dès 1808, ces loufoqueries scéniques ne sont pas du goût du docteur Royer-Collard, fraîchement nommé à l’hospice… c’est à ce moment que commence Quills, l’œuvre controversée sur la censure de Doug Wright.

En fait, pas un mot de la pièce n’est écrit par le Marquis de Sade, c’est l’œuvre du dramaturge texan, librettiste et scénariste de talent. Sa pièce a remporté le prix Kesselring 1995 pour la Meilleure nouvelle pièce américaine du National Arts Club, et a mérité à Wright le Village Voice Obie Award 1996 pour réalisations dramaturgiques exceptionnelles.

Dans l’entrevue qu’il accorde à Joëlle Bond, Robert Lepage explique : « Quills est avant tout une prise de position sur la censure, qui est née du contexte dans lequel Doug Wright évoluait dans les années 90 aux États-Unis. Il y avait à l’époque un genre de retour de la droite, qui s’exprimait à travers les décisions politiques de gens comme le sénateur Jesse Helms, qui a, notamment, co-écrit la loi Helms-Burton renforçant l’embargo contre Cuba. Au même moment, certains artistes en art visuel exploraient la sexualité à travers un art qui jouait avec les limites de la décence. Ils étaient des cibles de choix pour Helms et les autres politiciens « reaganiens » de la sorte, qui les exposaient pour discréditer le soutien financier à l’art. Doug Wright s’est servi de l’histoire de Sade pour dénoncer cette forme de censure, même si, dans la pièce, tout est extrapolé, bien sûr. C’est une pièce sur la liberté d’expression, mais aussi sur les responsabilités qu’elle présuppose. » (2)

Rejoignant la commissaire d’Une exposition, un regard : « Sade. Attaquer le soleil », Jean-Pierre Cloutier ajoute : « Pour moi, même si l’action se déroule à l’époque de la Révolution Française, où l’imaginaire sexuel a, en quelque sorte, explosé dans la littérature, je me rends compte que notre rapport à la sexualité n’a peut-être pas autant évolué qu’on voulait le croire, finalement. Même si on en parle beaucoup, on bouffonne sur le sujet, on s’en sert pour vendre, on la déforme… mais je me demande si on arrive à en parler avec autant de sincérité que le marquis. Il dénonçait quelque chose qui fait partie de la nature humaine, que certaines personnes pratiquaient déjà depuis longtemps, mais il était le premier à amener cela dans l’espace public. J’aime aussi cette vision de la personnalité artistique qui est présentée dans la pièce comme étant une pulsion vive et incontrôlable. Même si le marquis est conscient de l’impact de son écriture, il ne pouvait nier sa nature profonde. »

Voilà ce qui a interpellé les deux metteurs en scène dans le choix de cette pièce présentée au Trident à Québec et à l’Usine C à Montréal. Finalement, ce ne serait toutefois pas du Robert Lepage sans une utilisation créative d’effets scéniques originaux et technologiques.

Inspiré du cinéma, le co-metteur en scène Jean-Pierre Cloutier explique leurs choix : « À l’origine, la pièce se déroule dans deux lieux seulement, soit le bureau et la cellule. Si le cinéma m’a influencé dans mes choix scénographiques, c’est parce que j’avais le souhait de faire voyager le spectateur dans tous les recoins possibles de l’asile de Charenton, comme on pourrait le faire au cinéma. Nous avons travaillé un univers visuel inspiré des glockenspiels, ces petites horloges allemandes qui représentent une foule de petites saynètes dans un tout petit espace. Comme on parle de censure, d’hypocrisie, de perception, de folie, on avait envie d’entraîner le public dans cette chute où les personnages perdent le nord. Les palais de glace et les labyrinthes de miroirs ont aussi été une grande source d’inspiration pour nous. »

Les jeux de miroirs fonctionnent à merveille dans ce palais des glaces ré-inventé sur la scène de l’Usine C. C’est à se demander comment les comédiens réussissent à garder leurs repères, pour un texte aussi exigeant, dans cette mouvance labyrinthique où les reflets dont ceux des spectateurs dans la salle rappellent des imaginaires en constante ébullition.

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Bravo à Robert Lepage et Jean-Pierre Cloutier pour toutes ces trouvailles créatives et aux comédiens Érika Gagnon, Pierre-Olivier Grondin, Jean-Sébastien Ouellet, Mary-Lee Picknell. Vivement le prochain projet d’Ex Machina, formidable laboratoire vivant. Le Québec et le Canada ont vraiment de la chance d’avoir de tels artistes.

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En 1994, quand Robert Lepage a proposé à ses collaborateurs de trouver une identité à son prochain groupe de travail, il a posé une condition : le mot théâtre ne devait pas faire partie du nom de la nouvelle compagnie.

Ex Machina est donc une compagnie multidisciplinaire qui réunit des comédiens, des auteurs, des scénographes, des techniciens, des chanteurs d’opéra, des marionnettistes, des infographistes, des cadreurs vidéo, des contorsionnistes, des acrobates et des musiciens.

Les créateurs d’Ex Machina croient qu’il faut mêler les arts de la scène, comme la danse, le chant lyrique et la musique, avec les arts d’enregistrement, comme le cinéma, la vidéo et le multimédia. Qu’il faut provoquer des rencontres entre scientifiques et auteurs dramatiques, entre peintres de décors et architectes, entre artistes étrangers et québécois.

Source : http://lacaserne.net/index2.php/exmachina/

Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité  aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Pour stimuler votre créativité, abonnez-vous à son blog, Votre laboratoire créatif.

Références :
http://lacaserne.net/index2.php/theatre/
http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/au-musee-dorsay/presentation-generale/article/sade-41230.html?cHash=d3cf9cb3ab
https://fr.wikipedia.org/wiki/Donatien_Alphonse_Fran%C3%A7ois_de_Sade
(1) http://www.leparisien.fr/informations/la-derniere-folie-de-sade-14-06-2014-3921107.php#xtref=https%3A%2F%2Fwww.google.ca%2F
(2) Programme de la pièce Quills, 16 mars au 9 avril 2016 à l’Usine C

La créativité et le cerveau

Partager ses idées avec d’autres, dans le cadre d’une session de brainstorming par exemple, peut être une excellente façon de stimuler sa créativité en autant qu’on respecte les règles pour que chacun puisse s’exprimer. Rappelez-vous le post Tempête d’idées qui propose une marche à suivre pour mettre toutes les chances de son côté pour obtenir de meilleurs résultats.

La pratique ‘officielle’ du brainstorming (remue-méninges en français) a été popularisée par le publicitaire américain Alex F. Osborn qui était frustré par l’incapacité de ses employés de trouver des idées créatives pour les campagnes de publicité de leurs clients. Il développa une méthode qu’il décrit une première fois, dans un livre publié en 1948, Your Creative Power. L’intérêt suscité et les résultats obtenus l’ont encouragé à poursuivre et approfondir la méthode dans un deuxième livre, publié cinq ans plus tard, Applied Imagination. Ce n’est donc pas d’hier que la méthode de brainstorming est utilisée pour faire émerger des idées. La différence est que désormais ces approches sont de plus en plus populaires et utiles dans tous les domaines d’activités.

Les techniques pour stimuler la pensée créative sont nombreuses, je publierai un tableau d’ici quelques semaines pour vous les présenter de manière plus exhaustive. Mais voici déjà un schéma qui en présente quelques-unes associées au brainstorming.

Remarquez qu’une personne seule peut aussi avoir recours à ces techniques même si la notion de brainstorming est associée à plusieurs personnes.. Ces pratiques sont une façon d’exercer son cerveau à jouer avec les mots, les images et les idées. C’est comme un sport, plus on le pratique, plus le muscle se développe, plus on devient habile.

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Il peut aussi être utile de se rappeler quelques règles de base pour réussir une séance de brainstorming. Personnellement, je préfère diviser les groupes en petits cercles de cinq  personnes, d’autres préféreront des groupes plus nombreux.

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Mais que se passe-t-il dans notre cerveau lorsque notre créativité est stimulée pendant une session de brainstorming ?

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Des études d’imagerie par résonance magnétique ont été menées en Autriche pendant des séances de brainstorming. Les résultats démontrent une augmentation de l’activité cérébrale dans différentes zones : la carrefour temporo-pariétal de l’hémisphère droit, le cortex préfrontal, ainsi que le cortex cingalaise postérieur.

Ces régions du cerveau jouent un rôle important dans la compréhension du langage, la mémoire et les processus de l’attention. La stimulation cognitive dynamiserait de façon particulière les processus de l’attention et la compréhension selon un mécanisme ascendant, débutant par l’observation et  remontant vers la sphère sémantique.

Une autre étude menée cette fois-ci aux Pays-Bas montre que la pensée divergente qui est à la base du brainstorming augmente le degré de connectivité du cerveau des adolescents et qu’un entraînement de quelques semaines crée un effet significatif et durable que les chercheurs ont observé même dans un cerveau à l’état de repos.

La créativité n’est donc pas l’apanage de quelques rares individus qui en seraient pourvus à la naissance. Les techniques de stimulation, tel le brainstorming, fonctionnent. On peut accroître notre créativité et l’entraîner, tout comme pour la pratique d’un sport. Les effets de cet entraînement sur le cerveau sont maintenant confirmés scientifiquement même si on ne comprend pas encore tous les mécanismes en jeu. Dans un monde comme le nôtre, en constante mutation, être plus créatif nous permet de trouver des solutions nouvelles et de nous adapter plus facilement.

Logo carre tumblr (5) Sylvie dirige des laboratoires créatifs et enseigne la créativité aux doctorants de l’École Polytechnique de Montréal. Elle est la directrice artistique de la Nuit des robots qui se déroulera à Montréal le 27 février 2016. Abonnez-vous à son blog pour suivre le dévoilement des activités pour les ateliers de création de contes, Votre laboratoire créatif

Références :

  1. Cousijn, Janna et all. The Relation between Resting State Connectivity and
    Creativity in Adolescents before and after Training. PLOS ONE. http://www.plosone.org. 1 September 2014, Volume 9, Issue 9.
  2. Fink, Andreas and all. Enhancing creativity by means of cognitive stimulation: Evidence from an fMRI study. NeuroImage 52 (2010) 1687–1695.
  3. Gundy, Arthur B. 101 Activities for Teaching Creativity and Problem Solving. Pfeiffer, 2005.

 

Apprendre de la nature

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Dessin : Pierre Guité. Apprendre de la nature par Sylvie Gendreau

Chaud, le climat ?

Ceux qui ont des enfants et des petits-enfants s’inquiètent. Quelle planète laisserons-nous à ceux qui suivront ? Les experts sont formels. Il est minuit moins deux. Notre espèce est en danger.

Deux clans s’affrontent depuis trop longtemps : les alarmistes et les climato-sceptiques. Le sage Hubert Reeves nous dit, faites preuve de jugement. Un groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)1, regroupant des scientifiques chevronnés, affirme qu’après leurs observations et de nombreuses recherches, ils sont certains à 98 pour cent que nos activités industrielles sont la cause du réchauffement climatique. Choisir son clan ne devrait donc pas être trop difficile !

Si ce sont nos activités qui sont responsables des problèmes de réchauffement climatique, nous devrions percevoir le problème comme un défi créatif à relever par nous tous. En tant que généticien, David Suzuki a été parmi les premiers à attirer notre attention sur l’impact de nos comportements sur l’environnement. Il ne s’est pas contenté d’une carrière de scientifique ou de communicateur, il s’est engagé, en 1990, en créant avec le Dr Tara Curtis sa fondation1 suite au succès retentissant de sa série radiophonique, It’s a matter of survival. Aujourd’hui, la Fondation David Suzuki est reconnue mondialement pour son importante contribution. L’effort de sensibilisation et de mobilisation du public qui semblait toutefois rester lettre morte auprès des chefs d’État et de certains dirigeants d’entreprises, un échec mal vécu par les scientifiques, les environnementalistes et les militants qui ne comprenaient pas cet entêtement face à un enjeu aussi vital pour la survie de notre espèce.

À Montréal, ce lundi  30 novembre alors que les chefs d’état étaient réunis à la conférence COP21 à Paris, c’est un grand-père plein d’espoir qui s’est adressé à l’auditoire. Il est minuit moins deux, il est vrai, mais il faut garder courage et la force d’agir. Si on continue de faire passer l’Économie avant l’Écologie, notre espèce disparaîtra comme d’autres avant la nôtre. Rien d’extraordinaire à cela. La planète peut très bien se passer de nous comme le dit Hubert Reeves. Par contre, nous, sans la nature, nous ne ferons pas long feu. Sans eau, sans oxygène, sans nourriture pour nous tous, on ne survivra pas. L’équation est simple.

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David Suzuki s’est dit plein d’espoir parce qu’il pense que la majorité des hommes politiques ont enfin compris qu’il restait très peu de temps pour sauver notre espèce. Il a même lancé un avertissement aux scientifiques de faire attention de ne pas dire qu’il est trop tard, car de tels propos incitent à baisser les bras alors que nous n’avons pas une seconde à perdre.

Si on place la créativité au premier plan : Les villes peuvent se transformer en forces écologiques plutôt qu’en sources de pollution. David Suzuki y voit d’immenses opportunités. Si elle n’est pas verte, une ville ne peut se qualifier d’intelligente. Nous avons pensé les villes pour les voitures alors qu’une ville devrait être conçue pour les piétons. On y gagnerait non seulement pour l’environnement, mais aussi pour la santé publique. Les bienfaits de la marche sont considérables tant pour notre santé physique que notre santé mentale. Nous sommes faits pour marcher et respirer de l’air pur.

Quant aux technologies, elles devraient toutes — sans exception — être vertes.  À lui seul, ce défi urgent représente du travail pour tous les ingénieurs de la planète.

Comme le dit pertinemment David Suzuki, soyons humbles. Demandons conseil à la nature. Le biomimétisme est une voie porteuse en science. Observons la nature qui a une sagesse qui parfois nous échappe. Sur ces sujets, voyez comment la nature nous inspire en art, lire les posts : Achitecture animale : Une merveille ! et L’intelligence des plantes.

La conférence COP21 de Paris se termine… souhaitons que cette conférence aura des avancées véritables malgré tous ceux qui en doutent. Et rappelons-nous surtout que chacun de nous est responsable de ce monde. Soyons créatifs pour trouver des solutions !

Architecture animale : Une Merveille !

Les oiseaux tisserands sont de remarquables constructeurs de nids. La famille des tisserands comprend de nombreuses sous-familles dont les capacités architecturales varient beaucoup. Les plus habiles sont les tisserins qui ont à peu près la taille des moineaux ou des merles.

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Architecture animale par Kar von Frisch, Prix Nobel

Les tisserins se divisent en soixante-dix espèces différentes dont la majorité vit en Afrique et en Asie. Leurs nids sont accrochés aux arbres, comme des fruits. Ils sont à la fois solides et esthétiques.

Le nid est doté d’une entrée latérale et d’un toit qui protège du soleil et de la pluie. Parfois, l’entrée est prolongée par un tube qui constitue une protection contre les serpents arboricoles. Les matériaux qui servent à construire le nid dépendent de la disponibilité des ressources environnantes. Dans tous les cas, il s’agit de rubans minces, flexibles et résistants à la traction : des tiges d’herbe, des feuilles de palmier, etc.

Leur art est fondé, comme leur nom l’indique, sur le tissage et la réalisation de noeuds parfois complexes. Une fois le ruban dans son bec, le tisserin l’enroule autour et à l’extrémité d’une branche en forme de V. Les extrémités du V seront ensuite réunies par un tressage (tel qu’illustré à gauche de l’image). Un anneau est ainsi formé et il sera progressivement élargi. Il finira par former un nid dans lequel se trouvera une chambre à couver ainsi qu’une antichambre dont l’extrémité formera un tube de vol.

Le tisserin est un véritable artisan vannier (à droite de l’image). Il a des contraintes additionnelles qui rendent son travail encore plus remarquable. Il ne dispose pas comme le vannier de rubans aussi longs, il doit donc sans cesse relier les extrémités des rubans qui viennent d’être tissés avec de nouveaux rubans. Avec son bec, il doit continuellement faire des noeuds en s’aidant parfois de ses pattes pour maintenir les éléments en place. Il n’hésite pas à faire appel à toutes sortes de noeuds, selon les contraintes qui se présentent. Le mode le plus simple est le lacet autour d’une tige. Mais le tisserin peut aussi avoir recours à des noeuds en forme de spirales ou d’entortillements.

En tout temps, les noeuds ne doivent pas être trop serrés, car le mâle responsable de sa construction doit être en mesure de défaire ce qu’il vient de si patiemment tisser. En effet, la femelle peut faire la difficile et ignorer le nid que le mâle lui propose. Le cas échéant, le mâle se verra obliger de tout défaire et de recommencer.

Chez les tisserins, l’habileté croît avec l’âge. Les nids ne se ressemblent pas. Ils donnent lieu à des créations individuelles, distinctes. Il allient esthétisme et stabilité structurale. Ils sont à la fois beaux et utiles, solides et élastiques.

Le travail du tisserin est un appel à la créativité. Il incarne à la fois ce qui nous émerveille dans tout travail de création réussi : une économie de moyens, une dextérité dans l’utilisation des outils, une efficacité et un esthétisme dans la réalisation de l’ouvrage. Le travail du tisserin donne envie de faire de même et d’exercer nos talents de création que nous partageons manifestement avec nos cousins du monde des vivants.

À cet égard, l’art des tisserins dont il est fait mention, n’est qu’un des nombreux exemples fournis par l’ouvrage de Karl Von Frisch. Son livre Architecture Animale, présente aussi les réalisations architecturales des poissons, des insectes ou des mammifères. Passionnant.

Source :
Von Frisch, Karl. Architecture animale. Albin Michel, Paris, 1974.

L’intelligence des plantes

Comment définir l’intelligence ? Du point de vue étymologique, être intelligent signifierait comprendre, percevoir. L’intelligence se réfère aussi à la capacité de traiter de l’information pour atteindre un objectif. Elle peut être aussi définie comme la faculté d’adaptation. Vus sous cet angle, les humains ne seraient pas les seuls à être intelligents. D’autres organismes vivants, telles les plantes, adoptent eux aussi des comportements intelligents qui mettent en jeu les attributs clés qui viennent d’être mentionnés : perception, échanges et traitement de l’information dans un but précis.
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Dessin : Pierre Guité. L’intelligence des plantes par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

Chez les plantes, la communication inter-espèces fait appel à plus de 20 sens différents. Les fèves, par exemple, font appel à des signaux sonores et repèrent leur tuteur par echolocalisation1 (Mabey).

Les plantes peuvent aussi avoir recours au sens de la vue. Certaines espèces de vignes ont la capacité de modifier la forme et la couleur de leurs feuilles pour se fondre avec celles de l’arbre sur lequel elles sont en train de grimper.

Les plantes sont aussi capables de sensations tactiles. Lorsqu’on les touche, les feuilles du mimosa apprennent à se replier. En présence d’un danger, elles enregistrent cette information et la mémorisent dix fois plus longtemps qu’une abeille.

La capacité d’écoute des plantes peut être très développée. Une étude récente menée par le professeur Appel de l’Université du Missouri montre que les vibrations causées par des insectes herbivores en train de manger des feuilles peuvent chez certaines plantes (Arabidopsis thaliana) générer des réactions chimiques de défense. Ces plantes sont en mesure de distinguer les bruits de mastication et ceux provoqués par le vent ou par le chant d’un insecte. Les sons vibratoires sont transmis rapidement à l’intérieur même d’une plante, ou d’une plante à une autre.

Les plantes ne se contentent pas d’enregistrer des informations, de les mémoriser et de les traiter, elles échangent également ces données avec leurs congénères et elles s’en servent aussi pour interagir avec leur environnement. Leur mode de communication est principalement chimique. Elles fabriquent et émettent de nombreuses substances volatiles différentes (Amitabha). Certaines molécules peuvent servir de moyens de communication avec d’autres plantes. D’autres déclenchent des réactions de défense contre des prédateurs afin de prévenir d’éventuelles attaques ou de mener elles-mêmes l’assaut contre des agresseurs. À l’inverse, d’autres molécules ont pour fonction d’attirer les insectes pollinisateurs. Des centaines de substances constituent ainsi un alphabet chimique complexe et créent plusieurs systèmes de communication : plantes – insectes, plantes – plantes, plantes – bactéries.

Les plantes ne possèdent pas de cerveau. Il n’en demeure pas moins qu’elles se comportent de manière intelligente. Il faut éviter de faire preuve de cérébrocentrisme. L’intelligence n’est pas l’apanage de l’humain. Les plantes sont elles aussi capables de réagir et de solutionner un problème. Elles aussi peuvent apprendre, s’adapter à leur environnement et évoluer.

Encore une fois, force est de constater que pour mieux vivre ensemble et sauver notre espère, nous avons tout à apprendre de la nature : sagesse, humilité, communication, intelligence collective et créativité.


  1. « L’écholocalisation, ou écholocation, consiste à envoyer des sons et à écouter leur écho pour localiser, et dans une moindre mesure identifier, les éléments d’un environnement. Elle est utilisée par certains animaux, notamment des chauves-souris et des cétacés, et artificiellement avec le sonar…  Le naturaliste italien Lazzaro Spallanzani publie en 1794 ses travaux sur les chauves-souris : il ferme leurs yeux avec des boules de glu ou les brûle avec des aiguilles chauffées au rouge, mais elles continuent à se déplacer facilement. Il montre ainsi qu’elles voient par leurs oreilles2. Les premières expériences de détection par radars ayant lieu dans les années 1920 conduisent certains naturalistes à faire l’analogie du système de localisation des obstacles des chauves-souris avec ce mode de détection. Le zoologiste Donald Griffin, travaillant avec le neuroscientifique Robert Galambos sur ces systèmes de localisation depuis les années 1930, invente le terme écholocation dans un article scientifique publié en 1944 dans lequel il explique que les radars utiliseraient — il ne connaît pas exactement leur fonctionnement couvert par le secret militaire — des ondes électromagnétiques comme les personnes aveugles qui localisent les objets par l’écho de leurs pas, de leurs cannes ou comme les chauves-souris qui utilisent des ondes ultra-sonores3. » Wikipédia
  2.  L’écholocalisation chez les chauves-souris [archive].
  3. D. R. Griffin, « Echolocation in blind men, bats and radar », Science, no 100,‎ 1944, p. 589–590.

SOURCES :
Appel, H.M. and all. Plants respond to leaf vibrations caused by insect herbivore chewing. Oecologia (2014) 175:1257–1266.

Das, Amitabha and all. Plant volatiles as method of communication. Plant Biotechnol Rep (2013) 7:9–26.

Gagliano. Monica and all. Experience teaches plants to learn faster and forget slower in environments where it matters.Oecologia (2014) 175:63–72.

Mabey, Richard. How plants think. The Guardian. Friday 16 October 2015.

Dessiner pour mieux penser.

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Fusain sur papier, performance de l’artiste Heather Hansen, Dessiner pour mieux penser par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif 

Chaque trait possède un caractère distinct. Chaque ligne est une signature. La variation de la pression sur le crayon, le stylo ou la plume est l’équivalent visuel de l’intonation que l’on donne à son dessin. Comme l’explique, le professeur Kit White, des traits d’une même épaisseur pour le contour d’un personnage va aplatir l’image. L’effilage ou la rupture d’une ligne dans une courbe peut accentuer le point culminant ou adoucir la rondeur de la courbe. Même une ligne provisoire sera lue comme telle. Pour votre prochain dessin, donnez une intention à chaque trait afin qu’il réponde à un objectif précis. Essayez d’utiliser seulement les traits dont vous avez besoin. Inspirez-vous de Shulz, le père de Peanuts, lisez le post Charlie Brown et ses copains dans Votre laboratoire créatif pour apprendre à aller à l’essentiel. Ce conseil ne vaut-il pas autant pour le dessin que la vie en général ?

Réf: WHITE KIT, 101 Things to Learn In Art School, The MIT PRESS, 2011